« J’avais gardé au fond de moi beaucoup de secrets, il fallait donc que je restitue ma vérité »

Afrique Connection | 22 / 04 / 2014 à 10:23

Ahmad Allam-Mi

 

Pour Afrique Connection, le diplomate revient sur le sens de son livre publié aux éditions L’Harmattan.  

Pourquoi avoir écrit ce livre qui est un condensé de secrets diplomatiques ?  

Ma carrière de diplomate tchadien couvre une période couvre une période un peu délicate, difficile, complexe, terrible, et même sombre de l'histoire du Tchad. J'étais un acteur, et je me suis dit que j'avais quand même des comptes à rendre au peuple tchadien, par rapport à ce que j'ai fait. C'est la raison pour laquelle que j'ai donc écrit ce livre. C'était peut-être une façon pour moi de me défouler, parce que j'avais gardé au fond de moi beaucoup de secrets. Et quand je vois çà et là des gens parler du Tchad et dire n'importe quoi, et que je ne pouvais pas leur contredire, ça me choquait. J'avais le sentiment qu'il y avait une déformation de la réalité qu'il fallait quelque part que je restitue la vérité, en tout cas ma vérité.

Concrètement, avez-vous restitué dans ce livre tous les secrets que vous avez pu glaner au cours de cette période ?

J'ai restitué tout ce que j'ai noté, évidemment en élaguant certaines parties sans intérêt. Mais, en respectant l'esprit et la lettre, j'ai repris l'essentiel de tout ce que j'ai entendu, tout ce que j'ai lu, les documents que j'avais entre mes mains. J'ai essayé d'être le plus objectif possible. Ça ne veut pas dire que je ne serai pas contestable, puisque je n'avais qu'un aspect de la chose. La réalité du Tchad est certainement beaucoup plus complexe. Il y a d'autres acteurs qui écriront, qui me contrediront. Ils sont justement là pour ça, pour permettre aux Tchadiens d'être le plus possible de la vérité, par rapport à cette période.

Pourquoi n'avez-vous pas pris en compte la période allant de 1990 à nos jours ?

C'est parce qu'à partir de 1990 il y a une nouvelle situation au Tchad, mais aussi, je suis toujours en activité. Donc, ne serait-ce que par loyauté vis-à-vis du régime en place, mais aussi compte tenu des circonstances, j'ai aussi l'obligation de réserve, de ne pas parler en tant que diplomate en activité. C'est ce qui m'a amené à ne rien dire sur la période allant de 1990. En plus, cette période-là ne ressemble pas à celle où j'étais en première ligne. J'étais à Paris, au centre de tout, où tout se passait. Je voyais tout, j'étais mieux outillé. Alors que maintenant, j'ai des responsabilités particulières, précises. Je veux dire que ne suis pas au fait de tous les évènements qui se sont passés depuis 1990 au Tchad. Je n'ai pas des éléments complets pour me permettre d'écrire quelque chose d'objectif sur cette période. Et, je répète, il n'est pas opportun, en tant que diplomate en activité, d'écrire sur cette période. Si j'ai la chance d'avoir une certaine longévité, un jour, j'écrirai mes mémoires sur cette période. Mais ça ne sera pas de la même manière que dans ce premier livre.
Il est vrai que j'ai vécu des moments intenses par rapport à la situation au Darfour, en Centrafrique, à nos relations avec le Soudan, etc., mais ce n'était pas suffisant pour vraiment restituer la réalité comme j'ai pu le faire pour la période précédente.

Étant donné que vous êtes à la retraite diplomatique dans votre pays, vous auriez pourtant pu inclure dans votre livre cette période récente. Vous ne voulez pas avoir des histoires avec le régime actuel à Ndjamena ?

Non, je n'ai rien de particulier qui pourrait compromettre N'Djamena. Non, je n'ai pas peur. Je ne crois pas que je pourrais avoir des histoires avec N'Djamena. Mais, comme je vous l'ai dis, si je n'ai pas pris en compte cette période, c'est tout simplement parce que je n'ai pas tous les éléments d'appréciation qui pourraient me permettre à être objectif.

Malgré tout, vous ne craignez pas pour votre sécurité avec ce livre qui met sur la place publique pleins de détails qui concernent d'autres personnalités ?

Non ! 25 ans après, je crois que les gens seront plus compréhensifs et plus tolérants. Je crois qu'ils comprendront la nécessité pour moi d'avoir fait ce que j'ai fait, et pour eux également, d'avoir dit ce qu'ils ont dit. Chacun d'eux était son rôle, et moi dans le mien. Nous étions tous convaincus de la cause que nous défendions. J'espère ne pas avoir déformé leurs propos, et je ne le crois pas. Pour tout cela, je n'ai pas de crainte pour ma sécurité.

T D

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