Au Mozambique, une rumeur fait état du passage de Salah Abdeslam à Maputo

Afrique Connection | 01 / 04 / 2016 à 09:00

L’homme le plus recherché d’Europe, logisticien présumé des attentats du 13 novembre, a-t-il séjourné au Mozambique à l’été 2015 ? L’hypothèse est improbable, mais elle a ses défenseurs en Afrique australe. Elle fait même la « une » des grands titres de Maputo. Des employés d’un restaurant de la capitale mozambicaine auraient en effet identifié Salah Abdeslam sur les images diffusées au moment de son arrestation, vendredi 18 mars.

La rumeur est partie d’un post publié sur Facebook par un certain Paulo Araujo. Il se trouvait au Dolce Vita, établissement très couru de l’avenue Julius-Nyerere, à Maputo, lorsque le Français a été interpellé à Bruxelles. « Presque tous les employés du restaurant l’ont reconnu », a-t-il écrit sur sa page. Interrogé plus tard par Le Monde Afrique, Paulo Araujo maintient : « D’après les serveurs, ce type est souvent venu ici et restait assis avec son ordinateur. Il achetait des coupons Internet, passait des appels sur Skype et buvait du thé vert. Le gérant, que je connais bien, a confirmé. »

Corridor pour les criminels transnationaux

Les employés du bar ont beau être revenus sur leurs premières déclarations, la rumeur n’a cessé d’enfler. Des blogs ont repris telle quelle la publication de Paulo Araujo, puis des journaux plus sérieux leur ont emboîté le pas en s’appuyant sur des sources diplomatiques évasives. Du côté de l’ambassade deFrance, on temporise. « Aucune piste n’est à négliger », explique Dietmar Petrausch, le premier conseiller.

Il a fallu attendre le 29 mars pour que la police mozambicaine tente de mettre fin aux spéculations. « Il n’y a aucun indice qui montre que cet individu serait entré sur le territoire national, y serait resté et en serait sorti », a déclaré un porte-parole lors dela réunion d’information hebdomadaire des forces de l’ordre. « Il n’existe à ce jour aucune notification internationale de la part d’Interpol qui aurait entrepris au Mozambique d’éclaircir cettehistoire », a-t-il ajouté.

Toutefois, si la police affirme avoir vérifié les registres migratoires, « un officiel a admis que leur système n’était pas très fiable », fait remarquer un diplomate en poste à Maputo.« Les fichiers d’entrées et de sorties ne sont pas tous connectés entre eux, il y a beaucoup de défaillances, beaucoup de faux passeports. »

Le responsable d’une ONG locale, autre habitué du Dolce Vita, et préférant garder l’anonymat, a affirmé au Monde Afrique sesouvenir que pendant une période de deux à trois semaines l’été dernier, « il y avait un groupe de trois ou quatre jeunes, la vingtaine, d’apparence moyen-orientale, qui parlait une langue ressemblant à de l’arabe ».

« Ils n’avaient pas l’air de touristes ni d’hommes d’affaires,poursuit-il. Ils étaient en jogging, assez “fashion”. Ils entraient et sortaient constamment de l’immeuble [situé juste au-dessus du restaurant], en portant des sacs de sport. Ils étaient toujours sur la terrasse du restaurant, derrière leurs ordinateurs. Ils n’avaient pas l’air de particulièrement s’amuser ou de se relaxer. »

Le doute subsiste donc. Les dates pourraient correspondre : Abdeslam aurait pu être vu à Maputo en juin ou juillet 2015, puisqu’on a retrouvé sa trace à bord d’un ferry reliant l’Italie à laGrèce le 1er août. De plus, il est de notoriété publique que le Mozambique sert de corridor aux réseaux criminels transnationaux, notamment aux trafiquants de drogue, de bois, d’ivoire et d’organes humains. Le pays « s’est transformé ces dernières années en destination de choix pour servir de cachette aux magnats et aux mafieux déguisés en investisseurs », fait même remarquer l’hebdomadaire Publico, qui a fait lundi sa « une » sur Salah Abdeslam.

Multitude de zones d’ombre

Mais que serait allé faire le terroriste présumé dans un Etat qui n’est jamais véritablement apparu sur la carte de l’islamisme mondialisé ? Impossible de le dire. Tout juste peut-on releverque le nord du Mozambique, où la communauté musulmane est historiquement la plus présente, n’est qu’à quelques centaines de kilomètres de Dar es-Salaam et de Zanzibar, en Tanzanie, déjà ciblés par des attaques terroristes. « Les frontières sont poreuses et le pays serait un terreau idéal pour servir de base arrière aux activités de l’Etat islamique », observe une source renseignée sur la communauté musulmane.

Le 25 décembre 2015, 7,3 millions de dollars d’argent liquide ont d’ailleurs été saisis par la police sud-africaine à la frontière mozambicaine. Des billets dissimulés dans le compartiment secret d’un pick-up conduit par deux Mozambicains d’origine pakistanaise. D’après le porte-parole de la police spéciale, l’argent aurait pu être destiné à financer les activités terroristes de l’organisation Etat islamique. Les autorités mozambicaines ont divulgué par la suite que les hommes appréhendés étaient à eux deux détenteurs d’une quinzaine de passeports. Ils sont toujours en attente de jugement.

L’un des détenus, Assane Momade, n’est autre que le beau-frère de l’imam de la mosquée Masjid Taqwa de Maputo, principalement fréquentée par des Mozambicains originaires d’Asie du Sud-Ouest. Dans la foulée de cette arrestation, la police de la capitale s’est intéressée aux activités de cet imam, selon l’hebdomadaire Savana. Les autorités américaines ont également demandé au gouvernement de surveiller les jeunes Mozambicains qui partent étudier en Arabie saoudite et auSoudan par l’intermédiaire des mosquées et des madrasas.

Le Monde.fr

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