L'exilé Bah Oury brocarde, accuse, pousse Cellou Dalein Diallo sur la touche de l'UFDG, et appelle les Guinéens à se révolter et « balayer » le Président Alpha Condé

Afrique Connection | 02 / 03 / 2014 à 12:59

En exil en France depuis avoir été soupçonné d'avoir planifié l'attaque contre la résidence présidentielle, en 2011, Bah Oury, le vice- président du principal parti d'opposition, l'Union des forces démocratique de Guinée (UFDG), a eu des termes très durs, hier à Paris, à l'endroit du Président Alpha Condé et, surtout, du président de son propre parti, Cellou Dalein Guinée. Les deux hommes sont mis dans le même sac. C'était en marge du lancement de l'Organisation républicaine de l'opposition extra- parlementaire (OREP) qu'il vient de lancer avec d'autres opposants guinéens au pouvoir de Conakry.

 

LE BAROMETRE DE BAH OURY

« Il y a un rideau qui est tiré sur les élections législatives. Par exemple, certains se disent que notre score est honorable : 37 députés. Mais, lorsque vous prenez des zones comme Pita, Mamou, Dalaba, et Labé, il va de soi nécessairement que le candidat de l'UFDG gagne. S'ils se contentent donc de cela, ils ferment les yeux sur la réalité qui est la plus fondamentale. Le score national de chaque parti politique, c'est ça le vrai baromètre pour savoir est-ce que le fichier est crédible ou pas. Et le score national, c'est-à-dire la liste à la proportionnelle, donne la majorité au RPG- Arc- en- Ciel avec l'ordre de 52 % si ma mémoire est fidèle. C'est pour vous dire que, pour toute élection nationale, la base de référence sera 52 % pour le RPG- Arc- en- Ciel, et le reste pour l'opposition. Les élections présidentielles de 2015 sont d'ores et déjà gagnées par Monsieur Alpha Condé. Donc, que des gens ne viennent pas vous vendre des illusions sous prétexte qu'il est possible de gagner la présidentielle de 2015. Que ce soit une candidature unique ou des candidatures multiples, le processus électoral ferme la porte à toute alternance politique en Guinée. M. Alpha Condé se succédera à lui-même si ce processus se confirme (...) »

POURQUOI LA CREATION DE L'OREP, ALORS QUE l'UFDG EST MEMBRE DE L'OPPOSITION PARLEMENTAIRE ?
« C'est à cause de la continuité de la mal-gouvernance en Guinée. On s'était révoltés en 2005, 2006, 2007, parce que le système Conté avait montré des limites. Et les Guinéens en avaient marre de la mal- gouvernance, de la pauvreté, et de l'abandon de leur pays. Combien de personnes sont mortes pour s'être opposées à la mal-  gouvernance de Lansana Conté ? (...) Je rappelle que le RPG d'Alpha Condé aussi était dans ce combat-là. Mais, aujourd'hui, la pauvreté s'est accentuée davantage qu'elle ne l'était sous Lansana Conté (...) En 2007, au moment de la crise majeure, 52 % de la population vivaient en dessus du seuil de la pauvreté, aujourd'hui ce seuil est entre 57 et 58 %. C'est pour vous dire que le niveau de pauvreté s'est accentué. Les maladies, les épidémies, n'en parlons pas. Chaque année, si ce n'est pas le choléra, c'est la rougeole ou autre chose. Il y a aussi le pouvoir d'achat qui est en berne. Les Guinéens sont habitués à cela (...)

L'objectif de l'OREP est double. C'est pour changer la gouvernance du pays. Il faut changer, il faut renvoyer Alpha Condé du pouvoir en Guinée. Mais en même temps, il y a l'autre volet. Il faut construite le socle démocratique sur lequel nos valeurs vont se reposer. Cela veut dire, en même temps qu'il faut lutter contre Alpha Condé, en même temps ceux qui aiment la Guinée doivent penser à reconstruire une alternative pour que demain, la Guinée ne soit pas celle d'aujourd'hui. Donc il faut marcher sur ses deux jambes, comme le disent les Chinois. C'est-à-dire en même temps se battre pour changer, en même temps se battre pour préparer ce qui va remplacer ce qui existe déjà. Et de ce point de vue, chaque Guinéen est interpellé. Il y en a ceux qui se battent à mains nues, ceux qui ont leur intelligence, et ceux qui ont leurs compétences, ceux qui ont leur expertise. Il faut qu'ils se mettent au service de leur pays. Bien entendu, tout cela doit être construit pour que ça ne soit pas isolé, parce que c'est cela qui peut constituer un socle collectif sur lequel demain, quel que soit le gouvernement qui sera en place, il sera obligé de marcher sur une direction déterminée par le peuple (...) »

 «ON DOIT POURSIUVRE ALPHA CONDE POUR NON ASSISTANCE A UN PEUPLE EN DANGER »
« C'est une vaste escroquerie contre la population guinéenne qui est en train d'être opérée. Si un pays n'a pas des ressources en devises, il va de soi qu'il soit obligé de recourir au marché pour acquérir ces devises lui permettant d'importer les denrées dont sa population a besoin. Mais si ce pays dispose d'une manne financière importante en devises parce qu'on a eu les 700 millions de dollars de Rio Tinto, on a eu les 150 millions dollars de l'Angola, on a eu récemment 90 millions dollars d'Abudabi- cela veut dire que ce pays dispose de ressources financières en devises lui permettant, en fonction des besoins de ses populations, de prendre des décisions stratégiques d'améliorer le pouvoir d'achat des populations (...) Pourquoi le litre du carburant est à 6000 francs en Sierra- Leone et à 10 000 francs en Guinée ? Pourquoi une décision politique n'interviendrait pas pour allouer les montants de devises à un cours qui, nécessairement, permettrait à l'Etat de dire « j'ai les devises, j'alloue la quantité de devises nécessaires pour importer le carburant à un cours que moi-même je vais définir. » A partir de ce moment-là donc, vous faites baisser le cours sur cette denrée essentielle qui aura des influences sur tout le reste du processus économique. Ça augmenterait le pouvoir d'achat des travailleurs, puisqu'ils verront qu'ils ont plus de possibilités de dépenser (...)

Mais si ces devises ont été déjà transférées dans des paradis fiscaux avec des noms d'emprunt, il va de soi que ces devises ne se retrouvent plus entre les mains des gestionnaires de la Banque centrale ou du Trésor. C'est pour vous dire que ceci explique cela. La corruption des dirigeants est le principal facteur qui met tous les Guinéens dans une situation de déséquilibre et de pauvreté maximale. Il donc nécessaire que les Guinéens se disent qu'ils ne peuvent plus supporter cet état de fait. Pour quelles raisons, quelqu'un à qui on a confié la gestion du pays nous rend pauvres, alors qu'eux (les gens du pouvoir, NDLR) sont entrain d'accumuler des dizaines, voire des centaines de millions de dollars dans leurs comptes ?

Regardez la situation de la ville de Fria. Quand j'y pense, ça m'écœure. La ville va disparaître. Ceux qui sont bien informés savent que Rissal a donné beaucoup d'argent à Alpha Condé et fils. De ce point de vue, Alpha Condé doit être traduit en justice pour non assistance à un peuple en danger et pour abus de biens sociaux, de telle sorte qu'il met en jeu la sécurité et la survie de tout un peuple dans une situation désespérée (...) »

« ON NE PEUT PAS DIRE QUE TOUT LE MAL GUINEEN C'EST ALPHA CONDE ET LAISSER LES AUTRES »
La faute n'incombe pas seulement à Alpha Condé. Celui qui ne voit pas qu'il y a une limite qui lui est tracée, a tendance à dépasser cette limite. De ce point de vue, la gouvernance d'Alpha Condé, avec ses résultats d'aujourd'hui, sont directement influencés par la nature et le comportement de l'opposition. On ne peut pas dire que tout le mal c'est Alpha Condé et laisser le reste, parc que une vraie opposition doit fixer, à ceux qui sont au pouvoir, les limites à ne pas dépasser (...) Donc, laisser Alpha Condé lorsqu'il viole la loi, c'est de ne pas l'aider, mais c'est de l'encourager à la violer davantage. Donc aussi bien, la gouvernance d'Alpha Condé est coupable, aussi bien, de l'autre côté aussi, collectivement, nous sommes coupables si nous n'avons pas posé suffisamment fortes les limites au pouvoir en place pour qu'il ne les transgresse pas (...)

On ne peut pas donner un mandat à quelqu'un un mandat et dire, on va l'essayer. Non ! Quelqu'un qui vous a menti, quelqu'un qui vous a trahi, balayez-le. Que ce soit Alpha Condé ou que d'autres, il faut être implacable parce qu'il s'agit de la vie de centaines de milliers de personnes et de l'avenir de tout un pays (...) Si tout le monde tapait sur la table lorsque la loi est violée, est-ce qu'un chef d'Etat allait violer la loi ? Il allait être strict. Il faut baliser de telle sorte que, quel que soit la personne, il sera obligé de respecter la loi et les citoyens (...)

2007 a été une tentative inachevée, je souhaite que 2014 soit une tentative réussie pour avoir le changement démocratique (...) »

SUR L'UNITE DE L'OPPOSITION
« Je vais le dire sous forme d'une boutade. Est-ce qu'il faut accepter l'unité des quarante voleurs au détriment de ceux qui sont spoliés ? (il fait allusion à la fable Ali Baba et les quarante voleurs, NDLR). Ou, faut-il être avec ceux qui sont spoliés et leur aider à défendre leurs droits ? Autrement dit, ce n'est pas l'unité de l'opposition qui est fondamentale, c'est l'acceptation par la majorité de la population guinéenne d'un projet de société et politique alternatif, et que les gens s'en emparent comme étant le leur pour changer. À partir de ce moment-là, l'unité se fera autour des valeurs qui rassemblent l'écrasante majorité des citoyens guinéens. C'est ça qui est fondamental (...)

Parce qu'il ne peut jamais y avoir d'unité. Il faut nécessairement la diversité, des oppositions par rapport à chaque question (...) Ce qui est le plus important, dans le moment actuel, c'est de rassembler la majorité autour d'un but bien précis. Et à l'OREP, nous- nous engageons dans cette voie (...) »

POURQUOI BAH OURY NE QUITTE PAS TOUT SIMPLEMENT l'UFDG ?
« C'est parce que je suis le fondateur de l'UFDG. Pour l'unité, j'ai accepté, avec mes amis, d'accueillir le doyen Bah Mamadou et Cellou Dalein Diallo. Mais je ne pensais pas, je l'avoue, qu'au moment où je suis en première ligne dans le combat contre Alpha Condé, au moment où je suis exilé, et au moment où d'autres sont incarcérés, que des gens qui sont dans le même parti que moi me combattent (...) Dans tous les pays du monde, lorsqu'il y a des divergences entre des membres d'un même groupe, et qu'un des membres du même groupe est dans le collimateur du pouvoir, on tait les divergences et on exprime sa solidarité vis-à-vis de ceux qui sont combattus. C'est ça la règle. Mais aujourd'hui, je suis désolé de vous dire, il y en a certaines personnes qui n'ont pas leur place dans l'UFDG. Ils ont amené la lutte politique dans une impasse (...)

Des jeunes sont morts pour s'être opposés à Waymark (l'opérateur technique retenu par le pouvoir pour procéder à la révision du fichier électoral en vue des dernières législatives de 2013, NDLR). Jean-Marie Doré a déclaré, il y a moins de deux semaines, que Cellou Dalein est le seul à avoir décidé d'accepter Waymark, et donc il a trahi. Donc, Cellou Dalein doit s'expliquer sur cette grave accusation. Et les militants de l'UFDG ont le droit de dire à Cellou Dalein, si cette accusation est vraie, qu'il n'a plus la légitimité de parler et d'agir au nom de l'UFDG. Je ne peux pas combattre Alpha Condé, si je suis complaisant avec celui qui est dans le même parti que moi, mais il fait les mêmes bêtises et les mêmes fautes qu'Alpha Condé. C'est une question de cohérence, d'éthique. L'unité, l'unité, l'unité, par rapport à quoi ? L'unité, c'est par rapport à la cause du pays, à l'avancée de la démocratie et de l'intérêt du peuple de Guinée en entier. L'unité, ce n'est pas une entente de larrons pour se partager le gâteau (...)

J'ai largement ma place dans l'UFDG, malgré que quelques personnes estiment que, pour le moment, ils peuvent s'approprier le nom, la direction du parti. Mais ce n'est que passager (...) »

CANDIDATURE DE l'UFDG A LA PRESIDENTIELLE DE 2015
« Un processus nécessite qu'il ait une consultation démocratique pour savoir qui doit être candidat et qui ne doit pas l'être. Mais si je viens et je dis que je suis candidat pour 2015, c'est une auto-proclamation, une insulte à l'institution politique. C'est l'expression d'une volonté dictatoriale. Avec ça, il n'y a pas d'avenir de changement, c'est la répétition de ce que nous avons connu. Donc, avant de dire, je suis candidat, vous exprimez d'abord le souhait en disant : « Si les militants me donnent confiance, je souhaiterais être candidat ». C'est ça la règle. Vous savez, le langage permet de définir quel le schéma mental qui fonctionne dans la tête (...)

Si nous ne faisons pas attention, si nous bloquons le processus de changement qui doit émerger de la base, en lui faisant miroiter les élections de 2015, on fait le jeu d'Alpha Condé. Une vraie opposition doit dire : « Cette gouvernance actuelle ne peut plus continuer, il faut la changer. Et le départ d'Alpha Condé est une nécessité, et maintenant (...)

Il y a des gens qui disent il faut discuter et s'entendre avec Cellou Dalein Diallo (...) Ces gens-là –(Cellou Dalein et son clan dans l'UFDG, NDLR) n'ont plus la légitimité de parler et d'agir au nom de l'UFDG, parce qu'ayant sacrifié les valeurs cardinales qui fondent l'existence de ce parti. Dans ce contexte, organiser un congrès où ce sont ces quarterons qui ne représentent absolument rien qui vont se retrouver par les grâces du prince à Conakry pour dire que nous avons décidé ceci et cela, ça n'engagera pas l'UFDG. Et c'est la raison pour laquelle si demain, vous entendez que Bah Oury et Cellou Dalein se retrouvent, c'est par rapport à un point unique et essentiel : c'est permettre à l'UFDG, en tant que parti politique, de se donner les moyens de traverser une période tumultueuse pour l'acceptation d'une feuille de route qui permettrait d'organiser dans des conditions équitables et acceptables un congrès en bonne et due forme qui prend en charge l'essentiel de ce parti et de l'avenir du pays. Nous avons en commun le fait d'être de l'UFDG. Je ne peux pas leur enlever cela. Mais je ne peux pas accepter que ceux qui sont avec moi soient marginalisés et éjectés (...) Si des gens pareils gouvernent la Guinée, ils feront pire qu'Alpha Condé. Et quitter l'UFDG, ce serait leur faciliter la tâche. Le combat se fera donc à l'intérieur de l'UFDG, autour des valeurs pour faire émerger une identité démocratique du parti (...)

À titre personnel, je dois du respect à Cellou Dalein Diallo parce que c'est l'oncle de mon épouse. Mais, en ce qui concerne les choix politiques, nous n'avons pas les mêmes visions (...) Si vous voulez que la Guinée soit gouvernée à la mode Sékou Touré, Lansana Conté et Alpha Condé, il va de soi que le choix est facile et aisé. Mais si vous voulez qu'elle soit gouvernée de façon moderne, avec des institutions politiques et stables, qui respectent la pluralité, les citoyens quelque soit leur positionnement régional, ethnique ou autre, il va de soi qu'il faut voir qui choisir (...) »

Propos rassemblés par Thierno DIALLO

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