Omar Kanté, conseiller municipal : « Sédhiou a toujours été bouillant politiquement, mais côté réalisations il n’y a toujours rien »

Afrique Connection | 02 / 05 / 2016 à 06:45

En séjour à Paris dans le cadre du Salon international de l’agriculture, El Hadj Omar Kanté, conseiller municipal, et tout nouveau correspondant du médiateur de la République à Sédhiou (sud du Sénégal), a bien voulu répondre aux questions d’Afrique Conection. Activités professionnelles, stand-by politique, foire itinérante d’intégration commerciale, développement de Sédhiou et ses initiatives pour cette ville…il n’a élagué aucune question. Entretien.

A quel titre avez-vous assisté au Salon international de l’agriculture à Paris ?

J’y ai assisté en tant que visiteur professionnel. Au fait, Je suis coordonnateur d’un bureau d’études au niveau de la Casamance, dont le siège est à Dakar. Nous avons reçu une invitation du Conseil sénégalais des chargeurs pour venir assister à ce Salon.

Notre bureau d’étude (cabinet IDEV, NDLR) a été créé en 1986 par des ingénieurs sénégalais, son Directeur général est Mamadou DAFFE. Nous sommes spécialisés dans les aménagements hydro-agricoles, les études socio-économiques, et l’accompagnement des collectivités locales. 

Avec la dynamique actuelle au Sénégal en matière d’autosuffisance en riz, notre cabinet est beaucoup sollicité dans les aménagements hydro-agricoles. Pour cela, nous avons besoin d’un certain nombre de matériel. Je suis donc venu en chercher au niveau du Salon. Nous avons pu trouver un fournisseur, mais il ne se trouve pas au salon.

En parallèle, comme nous organisons des activités pareilles en Casamance, à savoir la Foire itinérante d’intégration commerciale, on n’en a profité pour faire de la prospection auprès notamment des Sénégalais venus participer à la Sia.

« Après, il faut changer de paradigme au lieu de continuer à faire de la politique 12 mois sur 12 ; il faut travailler en attendant les prochaines échéances électorales.»

Il y a actuellement une grande dynamique de développement de la région de Sédhiou à travers notamment des structures mis en place dans le cadre des politiques de décentralisation. Quel rôle joue votre cabinet dans ce sens ?

Notre directeur de général avait très tôt compris qu’il fallait décentraliser les activités de notre cabinet sur l’ensemble du pays. La première antenne qui a été ouverte qui a été ouverte à Ziguinchor couvre les trois régions de la Casamance et les régions de Tambacounda et de Kédougou. Notre cabinet participe donc dans beaucoup de projets d’aménagement hydro-agricoles dans cette partie du pays, principalement à Sédhiou où nous sommes en train de dérouler un projet pour l’aménagement de dix hectares de vallée. Avec le PPDC (Projet Pôle de Développement de la Casamance) nous avons également des vallées à aménager. Tout cela entre dans le cadre de l’autosuffisance alimentaire.

Sur le plan politique, vous-vous êtes fait distingué pendant les locales de 2009 et la présidentielle de 2012, mais on ne vous entend presque plus alors que tous les Sédhiois savent que vous avez de la politique dans votre ADN. Vous reculez pour mieux sauter ?

(rires) Je suis toujours là. Moi j’ai ai un credo : la politique ce n’est pas un métier. C’est sur les échéances électorales que je m’investis vraiment en mon corps et âme pour dire ce que j’ai à dire. Après, il faut changer de paradigme au lieu de continuer à faire de la politique 12 mois sur 12 ; il faut travailler en attendant les prochaines échéances électorales. Moi, c’est comme ça que je fonctionne. Je ne fais pas de bruit continuellement, j’ai juste des convictions politiques que je défende en temps et en heure. Je pense que Sédhiou aussi à un rôle très important à jouer sur l’échiquier national. C’est vrai que de loin on ne m’entend peut-être pas actuellement, mais je vous assure que je suis le terrain à Sédhiou. Et chemin faisant, je suis nommé récemment correspondant régional du médiateur de la République à Sedhiou .

Si on vous suit, vous fustigez cette tendance, chez les Sénégalais généralement, de faire de la politique un métier, de vivre que pour la politique et par la politique ?

La politique n’est pas un métier. Prenons le cas des occidentaux. J’ai récemment vu un reportage sur un maire d’une commune qui est éleveur. Il ne s’occupe que de ses vaches, mais les populations ont reconnu cette personne une capacité de prendre en charge leurs besoins. Il a donc été maire de sa commune.

C’est pour vous dire qu’on doit s’investir dans son travail avant tout, et le moment venu s’investir aussi politiquement. En tout cas, moi c’est comme ça que je vois les choses.

Revenons sur la Foire itinérante d’intégration commerciale que vous avez évoquée plus haut. Comment est née cette initiative ? Et comment se définit son concept ?

Au fait je suis parti du postulat que beaucoup de choses se font ailleurs mais pourquoi pas à Sédhiou ; alors que nous avons les mêmes les compétences, nous avons beaucoup de potentialités ailleurs. Je faisais des techno- foires, le salon international des technologies et des PME, à Zigunichor. A un moment donc je me suis dit que je vais essayer de foire itinérante qui fait le tour de la Casamance d’un bout à l’autre. Le but c’est de montrer aux gens que la Casamance c’est n’est pas la crise. La crise est dépassée maintenant. Les gens n’ont qu’à revenir travailler, exploiter les potentialités de la région.

On a initié cette foire il y a trois ans. Les gens viennent du Bénin, du Burkina Faso, du togo, ainsi que de toute la sous-région. Depuis l’année dernière, on a même la présence des marocains et les commerçant qui sont au niveau de Dakar et des autres ville du pays.

La première fois, quand ils sont arrivés, ils disaient qu’ils pensaient qu’en Casamance c’est la guerre. Voilà le tableau qui est peint de la Casamance. Mais la réalité est tout autre. Le projet est parti comme ça. On fait des sites à Ziguinchor, Cap Skring, Sédhiou, Kolda, etc. On fait le tour de la Casamance avec une foule d’exposants, presqu’une centaine, avec qui on scionne les localités. Ils viennent, ils installent les stands durant une dizaine de jours

« Vous savez, les populations n’ont pas la possibilité d’aller jusqu’à Dakar pour chercher des produits, donc quand on leur ramène ces produits chez eux c’est une forcément bonne chose »

Comment les populations locales accueillent-elles cette initiative ?

Vous savez, les populations n’ont pas la possibilité d’aller jusqu’à Dakar pour chercher des produits, donc quand on leur ramène ces produits chez eux c’est une forcément bonne chose. Généralement, on pense que l’économie est morose à Sédhiou. Et pourtant pendant la foire on voit toute une économie tourner. Même les vendeurs de thiaf (cacahuètes grillées, NDLR), les vendeurs d’eau y trouvent leur compte donc. Dans tous les villages environnant , des femmes viennent vendre du kouthia (feuille d’oseille, NDLR) au niveau du marché, en rentrant ,elles font un tour à la foire pour faire leurs achats.

Parallèlement, il y a aussi des animations culturelles qui se font en marge de la foire.


Parmi vos initiatives à l’endroit de Sédhiou, il y a également le premier bébé de l’année…

Effectivement, depuis trois ans aussi, chaque 31 décembre nous célébrons la naissance du 1ere bébé de l’année. Les populations ont adhéré à l’idée. Cette année nous avons reçu un soutien important, avec l’appui du maire, Mr Abdoulaye Diop, que nous remercions au passage.   

Généralement on entend dire que Sédhiou est une ville arriérée. Malgré la régionalisation, les choses tardent à se mettre en place, et l’économie à décoller. En tant que conseiller municipal, qu’est-ce qu’il faut d’après vous pour lancer le développement de Sédhiou et sa région ?

Il suffit juste d’une volonté politique. Personne ne peut développer de l’argent de sa poche. C’est l’Etat et ses partenaires au développement qui peuvent venir appuyer nos collectivités locales.

«  C’est ce manque d’infrastructures qui est préjudiciable à Sédhiou, et qui fait que les gens sont tournées vers Ziguinchor et Kolda. »

Le conseil des ministres qui s’est tenu à Sédhiou a promis a réalisation des infrastructures socio- économiques. C’est vrai que ça tarde, mais nous avons espoir que les choses vont se concrétiser. Sédhiou est la ville la plus facile à aménager, c’est une pente, donc on n’a pas de problèmes de stagnation d’eau de pluies. Il ne devrait pas y avoir de difficultés à mettre en œuvre des infrastructures routiers. C’est ce manque d’infrastructures qui est préjudiciable à Sédhiou, et qui fait que les gens sont tournées vers Ziguinchor et Kolda. Le jour où nous aurons aussi des infrastructures, Sédhiou va tout de suite se développer.

En même temps, cela fait des décennies que les Sédhiois entendent les mêmes promesses…

Evidemment, c’est toujours la même volonté politique qui est en cause. L’Etat doit penser à réaliser ces infrastructures, ça y va de l’intérêt de tout le monde. Sédhiou a toujours été très bouillant politiquement, mais après c’est souvent le désert. Et quand on entend que Sédhiou a toujours été bouillant politiquement et que côté réalisations il n’y a toujours rien, ça porte vraiment beaucoup de choses à dire. Avec le Président Macky Sall ça va peut-être changer. Je reste en tout cas optimiste.

Propos recueillis à Paris par Thierno DIALLO

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