A Paris, le cadeau d'anniversaire de ses amis à Laurent Gbagbo

Afrique Connection | 02 / 06 / 2014 à 12:11

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Paris, samedi 31 mai 2014. Jacqueline Chamois, l’ex-épouse française de Laurent Gbagbo, et les amis de l'ancien Président ivoirien emprisonné à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye depuis trois ans, lors du lancement de leur association qui œuvre pour sa libération et sa réhabilitation. | Afrique Connection

Autour de son ex-épouse française, Jacqueline Chamois les amis de l'ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo, emprisonné à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye depuis trois ans, ont procédé officiellement, samedi à Paris, au lancement de leur association qui œuvre pour sa libération et la réhabilitation de son image. Au-delà des témoignages des amis de longue date de Gbagbo, l'évènement était plein de symboles.

Pour un symbole, ils n'auraient pas pu trouver mieux. Le 19 février 1984, alors qu'il était en exil en France depuis deux ans, Laurent Gbagbo se voyait interdire d'animer une conférence dans une salle de l'AGECA à Paris, sur la responsabilité des Ivoiriens sur les affaires publiques. Motif : « risque d'atteinte aux bonnes relations diplomatiques de la France ». Ironie de l'histoire, trente ans après, c'est dans cette même salle du 11e arrondissement de la capitale française, que ses amis ont officiellement lancé, samedi, leur association qui œuvre pour sa libération de la prison de La Haye, dans laquelle l'ancien Président ivoirien est détenu depuis trois ans. Quand Guy Labertit, un de ses plus fidèles amis, a rappelé cette anecdote, ce symbole, une vieille photo à peine lisible à l'appui, l'émotion était lisible sur son visage, sa voix tremblotante.

Symbole dans le lieu, mais aussi symbole dans le temps. Le lancement de l'association présidée par Raphaël Dagbo coïncide avec le jour du 69e anniversaire de Laurent Gbagbo.


Au cours de la cérémonie, les amis de Laurent Gbagbo se sont relayés à la tribune pour témoigner le parcours du politique, mais surtout de l'homme et de son œuvre intellectuelle, en s'évertuant à mettre en exergue ses « côtés peu soulignés » quand le nom et l'action Gbagbo sont généralement évoqués. Le but étant de « restituer la véritable dimension historique et humaniste de l'homme », comme le dira le représentant du porte-parole de Gbagbo, Koné Katinan.

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C'est Guy Labertit, l'ancien « Monsieur Afrique » du Parti socialiste français (Ps), qui fut le premier à s'y coller. « Il m'a passé le témoin de la politique. Les gens ont souvent avancé que derrière Gbagbo il y a le Ps. Je récuse tout cela. C'est Laurent Gbagbo qui a été mon mentor en politique », a-t-il dans un premier temps révélé. « Laurent Gbagbo est un des rares, sinon le seul chef d'État africain, à avoir écrit avant de faire, à avoir écrit avant d'agir », a-t-il ensuite précisé, avant, sous les applaudissements de la salle, avant de faire état de son « humanisme », et d'insister « cette propension que Laurent Gbagbo a de pardonner ceux qui l'ont offensé ou qui l'ont fait du mal. » Lebertit de conclure : « C'est une énorme frustration, une énorme douleur de voir qu'il est le seul chef de l'État africain qui se retrouve à devoir rendre des comptes à la Cour pénale internationale ».

« Fais attention ! Tous les matins, si tu te lèves il faut appeler le Président Chirac, sinon tu vas avoir des problèmes. » Abdoulaye Wade, ancien Président du Sénégal

Dans la foulée, un autre ami « par procuration intellectuelle » celui-là, l'universitaire et essayiste camerounais, André-Juilen Mbem, renchérit : « Au-delà de Laurent Gbagbo, c'est l'espoir d'une autre Afrique que nous défendons, parce qu'il est le premier à l'avoir incarné. » Il rappellera ensuite la production intellectuelle de l'ancien Président ivoirien.

Ce fut ensuite le tour de Clotilde Ohouochi, l'ancienne ministre ivoirienne des Affaires sociales et de la Solidarité nationale de témoigner sur son compagnonnage politique avec son mentor. Elle s'est notamment livrée à quelques détails sur le rôle de « messager de Chirac » et d'avertisseur que Wade jouait auprès de Gbagbo, au début des années 2000. Elle rapporte : « Je me rappelle, un jour, le Président Gbagbo nous a dits que le Président Chirac a mandaté le Président Abdoulaye Wade du Sénégal pour lui dire de faire attention. Le Président Wade appelait régulièrement pour lui dire : « fais attention. Tous les matins si tu te lèves il faut appeler le Président Chirac, sinon tu vas avoir des problèmes. » Le président Gbagbo lui répond: « la Côte d'ivoire, c'est la Côte d'Ivoire, et c'est moi le Président de la République. Le Sénégal, c'est le Sénégal, et c'est vous le Président du Sénégal. Faites ce qui est bien pour les Sénégalais, et moi je fais ce qui est bien pour les Ivoiriens. »

« C'est un pouvoir qui a été légitimé par la puissance coloniale. Et c'est dans le fourgon de la puissance coloniale que ce Monsieur est arrivé au pouvoir » Albert Bourgi, un des plus fidèles amis de Gbagbo

Le témoignage du Professeur Albert Bourgi, fidèle parmi les fidèles, fut l'un des moments forts de la rencontre. À la tribune, ce dernier a une nouvelle fois fustigé une Cour pénale internationale (Cpi) qui ne serait, martèle t-il, qu'un outil à la solde des puissances occidentales. Mais, prédit, Bourgi, « la vérité triomphera un jour ». « La Côte d'Ivoire réelle ne baissera jamais les bras. Il n'y a que des titres de journaux et des photos, il n'y rien à l'intérieur qui indique qu'aujourd'hui la Côte d'Ivoire est dirigée par un pouvoir légitime. C'est un pouvoir qui n'est pas légitime. Personne ne peut dire qu'il est légitime. C'est un pouvoir qui a été légitimé par la puissance coloniale. Et c'est dans le fourgon de la puissance coloniale que ce Monsieur est arrivé au pouvoir », a-t-il martelé devant les applaudissements des amis de Gbagbo et partisans de son parti, le Front populaire ivoirien (Fpi), a-t-il insisté.


Son compatriote et ami sénégalais, le président du Parti de l'indépendance et du travail (Pit), Amath Dansokho, était l'invité surprise de la rencontre. Pour lui, « c'est un miracle que Laurent soit encore en vie. » Car, souligne t-il, « il est évident que quand on observe les évènements comme ils se sont déroulés, ici même en France, la décision avait été prise de ne jamais lui permettre, même avec un soutien populaire incontestable, à Laurent de diriger la Côte d'Ivoire. C'est dès l'origine qu'ils s'y sont opposé. »

À la fin des témoignages, un gâteau a été coupé et dégusté en son honneur, et des bougies soufflées.

À deux semaines de l'audience de confirmation à la CPI des charges sur Laurent Gbagbo, ses amis et sympathisants ont ainsi décidé de maintenir la pression en vue d'obtenir sa libération.

Thierno DIALLO

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