une note interne explosive des camarades d'amath dansokho en France sème le doute dans la majorité

EXCLUSIF/ Le PIT-France crache du feu sur son candidat Macky SALL, le "disqualifie" et balance: il "s’apprête à rééditer le hold-up électoral orchestré aux dernières législatives"

Afrique Connection | 02 / 10 / 2018 à 11:47

Alors qu'elle est officiellement membre de la coalition Benno Bokk Yakaar France, et qu'à ce titre elle prend part aux activités de la déclinaison française de la mouvance présidentielle au Sénégal (le PIT France a notamment été représenté à la conférence de presse de BBY à Paris mi-septembre), la coordination du Parti de l'Indépendance et du Travail (PIT) n'adhère pourtant plus au projet du Président et candidat de la coalition Macky SALL. Les camarades d'Amath Dansokho en France dressent un tableau sombre de la gouvernance de Macky SALL qu'il juge aujourd'hui « disqualifié pour mener à bien les réformes dont le pays a besoin. » Le coordonnateur Sète DIOP et ses camarades appellent ainsi la direction centrale de leur parti à Dakar à « cesser de participer à cette forfaiture ». Tout en tirant sur la sonnette d'alarme sur les conséquences d'un "hold-up" électoral que Macky Sall serait en train de préparer.

 

C'est une posture bien paradoxale et étrange que la coordination du Parti de l'Indépendance et du Travail du Sénégal (PIT) en France adopte actuellement. Elle est officiellement membre de la coalition présidentielle, Benno Bokk Yakaar. Mais en même temps elle fustige le bilan du Président Macky SALL, sans aller avec le dos de la cuillère.

 

« Ce septennat du président Macky SALL, un rendez-vous manqué avec le peuple »

 

Réunie en Assemblée générale le 27 juillet 2018 et le 2 septembre 2018, la coordination France du PIT-Sénégal avait procédé à de larges et profonds échanges sur la situation politique, économique et sociale nationale.

« Il ressort que les prochaines échéances électorales et notamment l’élection présidentielle du 24 février 2019 marqueront un tournant décisif pour l’avenir de notre pays et qu’il est du devoir de notre parti de créer les conditions pour que le choix des Sénégalais se fasse dans la transparence et en pleine connaissance des enjeux », a justifié le PIT France dans le préambule d'une note interne intitulée « contribution au débat » et adressée à la direction centrale de Dakar en vue du Bureau politique et du Comité central qui devaient se tenir les 29 et 30 septembre.

Dans cette note interne explosive datée le 24 septembre et qu'Afrique Connection a pu se procurer, les camarades du Secrétaire général national, Samba Sy, ne sont pas allés de main morte. Leurs propos à l'endroit de leur allié et candidat Macky SALL sont parfois même plus sévères et durs qu'une frange de l'opposition. Secteur par secteur, leur diagnostic est sans concession : tout est noir.

Au plan politique, institutionnel et diplomatique, le PIT France écrit : 

« On peut dire du septennat du président Macky Sall à la tête de l’État sénégalais aura été celui d’un rendez-vous manqué avec le peuple. Alors qu’il a fait une campagne électorale sur le thème de la rupture avec les pratiques despotiques, néo-patrimonialistes, claniques de son prédécesseur Abdoulaye Wade, il a déçu l’ensemble des Sénégalais par sa propension à marcher sur les traces de celui qui a été son mentor. Sa promesse d’une République restaurée dans ses fondements comme le souhaitait le peuple des Assises nationales a fait long feu!

Le pays attend toujours la mise en œuvre des conclusions des assises nationales notamment l’adoption d’une constitution consacrant de véritables corps de contrôle de l’État pour mettre fin à la prédation et la spoliation des ressources. À la place nous assistons à une reddition sélective des comptes, l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

Au plan des libertés politiques et démocratiques nous sommes revenus aux années de plomb de l’ère senghorienne (1963-1974) avec l’embastillement de nombreux opposants, des procès pour ceux qui refusent d’intégrer la coalition présidentielle.

Sous un fallacieux prétexte de «rationaliser» les candidatures aux élections, Macky Sall a fait voter une loi scélérate dite de «parrainage citoyen» qui fait le lit d’une ploutocratie.

Le train de vie de l’État est une source de prédation avec les Agences, ministères et conseillers à foison, les fonds politiques non contrôlés, etc. De institutions sont crées à tour de bras pour satisfaire une clientèle politique dont la particularité est d’avoir servi tous les régimes qui se sont succédés au Sénégal depuis un demi-siècle. »

"La présidence de Macky Sall a donné un regain de vigueur au vieux système françafricain..."

Toujours dans ce même chapitre, le PIT-France martèle que la « question casamançaise n’a pas connu d’évolution, confinant la région méridionale dans une situation de ni paix ni guerre qui empêche de se projeter dans l’avenir. »

Sète Diop et ses camarades de continuer :

« La présidence de Macky Sall a donné un regain de vigueur au vieux système françafricain qui fonctionne à grand renfort de marchés de gré à gré, d’utilisation de l’Agence Française de Développement et des C2D comme moyens d’assurer des marchés aux grandes entreprises françaises et de projets très onéreux comme le TER qui sont loin des priorités des populations.

Le gouvernement privilégie des dépenses de prestige à coups de centaines de milliards dont il écarte les entreprises nationales de leurs réalisations, condamnant le développement du tissu industriel national. Des dépenses financées en grande partie par des emprunts qui livrent le pays aux mains des marchés financiers.

D’importants gisements de pétrole et de gaz viennent d’être découverts au large du pays et la spoliation continue de plus belle, entre l’immixtion présumée de la famille du Président et des contrats signés en violation même du code minier et l’absence d’effort de maîtrise par le pays des outils de l’exploitation de ce pétrole. Il en est ainsi depuis toujours avec les mines de fer, d’or, de zircon dont recèle le pays.

Pendant ce temps l’école, l’éducation, la formation, la santé sont en pleine voie de privatisation faute d’investissement de l’État sur ces véritables ressorts du développement économique et social du pays. Combien sont les anciens travailleurs d’entreprises ayant fermé dont les droits ont été reconnus par les tribunaux. »

"Cette économie extravertie génère une croissance sans réel développement endogène"

Au plan économique et social et la politique macroéconomique, le PIT France souligne que le régime de Macky Sall n’a pas mis fin aux politiques dictées par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international... 

Depuis le milieu des années 80, le Sénégal est sous la coupe réglé des institutions de Brettons Woods (Banque mondiale, Fonds monétaire international). Elles imposent des politiques néo-libérales inspirées du Consensus de Washington.

« Que ces politiques aient pour nom Ajustement structurel, stratégie de croissance accélérée, initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), Plan Sénégal Émergent (PSE) elles ont en commun d’être fondées sur le postulat que les forces du marché sont les mieux à même de favoriser la croissance économique qui elle-même est confondue avec le développement », est-il souligné.

Pour le PIT- France, « le Sénégal peine à diversifier son économie dont la base reste étroite et fortement dépendante des produits de base. Cette économie extravertie génère une croissance sans réel développement endogène. Un phénomène aggravé par le Franc CFA qui prive le pays de sa souveraineté monétaire, asphyxie l’économie et favorise la fuite des capitaux. »

Et de poursuivre, sur le point relatif à la politique sociale et la lutte contre la pauvreté et de l’emploi :

« La situation des jeunes et de l’emploi est inquiétante. Au Sénégal, environ 35% des jeunes de 15 à 34 ans participent au marché du travail avec des disparités importantes entre les hommes et les femmes. 

« Le président Macky Sall est disqualifié pour mener à bien les réformes dont le pays a besoin. »

En conclusion de sa contribution, la Coordination de France du PIT-Sénégal livre ce constat : « Le président Macky Sall est disqualifié pour mener à bien les réformes dont le pays a besoin. »

Parce que, justifie t-elle, les Sénégalais rejettent en majorité les politiques libérales autant de Wade que de ces «enfants» biologiques ou spirituels comme en témoigne le hold-up électoral orchestré aux dernières législatives et que Macky Sall s’apprête à rééditer en février prochain. »

« Ce sera alors un précédent qui risque d’installer le pays dans une instabilité », prévient le PIT France à l'attention de la direction centrale de Dakar.

« Le PIT-Sénégal doit cesser de participer à cette forfaiture et œuvrer en conformité avec son histoire au rassemblement des forces de progrès pour proposer aux Sénégalais un accord minimum de gouvernement », insistent Sète Diop et ses camarades de France, sous forme de sentence.

Ce n'est pas la première fois que la coordination PIT en France rame à contre-courant de la position de la Direction centrale à Dakar. Déjà, elle avait saisi la direction sous le même format épistolaire pour marquer sa désapprobation vis à vis du projet de loi sur parrainage dont il avait demandé le retrait.

Le PIT-France « demande à la direction du parti d’user de son influence au sein du gouvernement et de la coalition Benno Bok Yakkar pour qu’un terme soit mis à cette tentative de changer la nature de notre démocratie », était-il souligné dans cette résolution d'avril dernier, à propos du parrainage. Inutile de dire que leur résolution est restée sans effet, puisque le chef de file du PIT Samba Sy et toute la direction ont soutenu le projet de loi et battent aujourd'hui campagne pour recueillir le maximum de signatures à leur candidat Macky SALL...un candidat que leurs camarades de France, eux, au même moment, vouent aux gémonies et « disqualifient».

Thierno DIALLO, Afrique Connection

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