un PCA dénonce ses conditions précaires dans son service et à l'apr

Mamadou Cissokho à l'attention de Macky Sall: « Je trouve un peu déplorable qu'on nomme des gens et qu'il n'ait pas un suivi derrière »

Afrique Connection | 03 / 02 / 2018 à 11:09

Que ceux qui dans l'APR- France se déchirent depuis quelques années pour se faire remarquer afin d'être nommés quelque part se le tiennent pour dit : les nominations tous azimuts du Président Macky Sall n'accouchent pas forcément le bonheur pour les intéressés. Au contraire, elles peuvent même être une source de déchéance sociale. C'est en tout cas en substance la lecture qu'on peut avoir au sortir de l'interview que Mamadou Cissokho a accordé, à Dakar, à Afrique Connection. Après avoir été nommé en 2013 Président du Conseil d'Administration (PCA) du Centre national de Qualification Professionnelle (CNQP), ce cadre qui fut adjoint à Mamadou Talla « Thiouks » à la section APR de Mantes-La-Jolie (celui-ci est aujourd'hui son ministre de tutelle) a abandonné son confort professionnel à la Mairie de Paris pour rentrer servir son pays. Mais, même s'il ne regrette pas son choix, ce qu'il vit aujourd'hui est très loin de ce ce qu'il pouvait s'imaginer. Entretien sans langue de bois.

 

Vous êtes PCA du Centre national de Qualification Professionnelle (CNQP), et faites partie de ces nombreux Sénégalais de la diaspora à avoir été nommé par le Président Macky Sall depuis son accession au pouvoir en 2012. Pouvez-vous vous présenter plus amplement à nos lecteurs ?

Effectivement je suis un produit de la diaspora. Je viens de la région parisienne, plus précisément de Mantes-La-Jolie. J'ai vécu une trentaine d'années en France. Je suis un fonctionnaire en disponibilité de la mairie de Paris. Après plusieurs expériences dans le privé, j'ai passé le concours de la mairie de Paris en 2008. Nous étions 843 candidats pour 7 postes. J'ai été reçu en me classant 3e. Les trois premiers avaient le choix du poste. Moi j'ai choisi d'aller à la DPE (Direction de la protection de l'environnement). J'ai fais ce choix parce qu'à l'époque il y avait les inondations au Sénégal. Je me disais donc que cela me servirait pour pouvoir à terme faire quelque chose pour mon pays. 

« Les gens ne savent pas que je suis un PCA à qui on n'a pas donné les moyens pour pouvoir s'impliquer politiquement » 

Et politiquement, quel fut votre parcours dans la diaspora ?

Avant je ne militais dans aucun parti politique sénégalais. Je militais uniquement au Parti socialiste français. Mais à l'époque où Macky Sall était Premier ministre du Sénégal, je disais toujours que jle jour où il créera son parti politique je m'engagerai politiquement auprès de lui. Le bon Dieu m'a entendu. Il a créé son parti, l'Alliance pour la République (APR), en décembre 2008, et j'y ai adhéré tout de suite. J'étais membre de la CCR-France (les cadres), et coordonnateur-adjoint de la section APR de Mantes-La-Jolie, l'une des plus grandes sections du parti en France. Tous les quatre mois je venais au Sénégal. C'est moi qui ai implanté l'APR à Kédougou et massifié le parti. Et après j'y ai accueilli le président Macky Sall.

Qu'est-ce qui vous a motivé de planquer votre confort professionnel à la mairie de Paris et de rentrer au Sénégal ?

Tout Africain de la diaspora aimerait un jour rentrer servir son pays. Moi aussi j'ai toujours eu cette ambition de m'impliquer dans le développement de mon pays. L'occasion m'a été donné quand le Président Macky Sall est arrivé au pouvoir. En mars 2013, lors du Conseil ministériel décentralisé à Matam, le Président de la République m'a nommé Président du Conseil d'Administration (PCA) Centre national de Qualification Professionnelle (CNQP). Depuis, je suis installé au Sénégal.

Vue de l'extérieur, on peut croire que le PCA que vous êtes baigne dans le bonheur, mais il semblerait que votre situation n'est pas tout a fait rose...

Effectivement ! La majeure partie des gens ne savent pas qu’il y a plusieurs catégories de PCA. Avant il y en avait quatre. Maintenant il y en a trois. Partout, que ce soit dans la diaspora ou à Kédougou, les gens disent voilà le PCA . Ce qu'ils ne savent pas, c'est que je suis un PCA à qui on n'a pas donné les moyens pour pouvoir s'impliquer politiquement. C'est le Directeur général qui dirige. Le PCA que je suis est juste limité à son salaire, il n' a pas d'autres moyens. Et quand on veut développer son pays, on doit être dans les conditions de pouvoir le faire.

Concrètement, quelles sont ces conditions qui vous manquent pour pouvoir vous impliquer pleinement sur le terrain politique ?

Je puis juste vous dire qu'en ce qui me concerne les choses ne sont pas faciles en tant que PCA. C'est l'occasion d'interpeller le Président de la République. Je pense que ce serait utile qu'il appelle de temps en temps les gens de la diaspora qu'il a nommés pour s'enquérir de leurs conditions de travail, échanger avec eux sur leur vision du développement. À défaut du président de la République, le ministre tutelle peut le faire à sa place. Je trouve un peu déplorable qu'on nomme des gens et qu'il n'ait pas un suivi derrière. Parce que si ces gens ont accepté de rentrer au pays c'est parce qu'ils sont vraiment déterminés à le servir. 

« À l'APR, on ne considère pas ceux qui se sont saignés à blanc pour le parti depuis le départ (…) C'est un maque de considération, à la limite un manque de respect»

Vous voulez dire qu'on nomme les gens et on les laisse en rade, sans même s'assurer qu'ils sont dans les conditions optimales d'accomplir leurs fonctions et les aider dans le cadre de leurs activités politique ?

Effectivement ! Sur le plan politique surtout, il y a un manquement quelque part. Puisqu'à l'APR on ne considère pas ceux qui se sont saignés à blanc pour le parti depuis le départ. Ces derniers sont un peu mis à l'écart au profits d'autres, ce qui est déplorable. C'est en tout cas le constat que moi et pleins d'autres font. Dans le parti, on responsabilise les nouveaux arrivants au détriment de ceux qui se sont battus pour implanter le parti au début quand ce n'était pas facile. Peut-être c'est dû au fait que le parti n'est pas structuré. Prendre quelqu'un qui n'a même pas adhéré au parti ou qui vient juste d'y adhérer et le mettre mettre au-dessus de celui-là qui a tout donné, qui a tout abandonné pour le parti...C'est un maque de considération, à la limite un manque de respect.

Et votre famille, est-elle restée en France ? Comment vit-elle votre situation ?

Mon épouse et mes enfants m'avaient rejoint quand je me suis installé au Sénégal. Mais, finalement, vu que les conditions ne sont pas réunies ici, ils ont dû retourner en France. Pour un bon père de famille, ce n'est pas facile de vivre loin de sa famille. Mais je suis obligé de rester parce que je me suis engagé à accompagner le Président de la République jusqu'au bout.

Un responsable de l'APR nous disait qu'on nomme les gens juste pour les calmer, ajoutant qu'en réalité « nous sommes au pouvoir mais nous n'avons pas le pouvoir ». C'est aussi votre sentiment  et votre cas? 

On peut l'interpréter en partie comme ça. Car dans beaucoup de secteurs, il y a effectivement des personnes nommées qui sont là juste pour la forme. Ces personnes veulent vraiment s'impliquer davantage administrativement et politiquement, mais si on ne leur donne pas les moyens ils ne pourront le faire.

Dans votre cas, votre ministre de tutelle, en l'occurrence Mamadou Talla, le ministre de la Formation professionnelle, est-il conscient de votre situation ?

Oui il est bien au courant. Je l'ai rencontré et je lui ai expliqué ma situation. D'ailleurs, à un moment donné le Président de la République avait donné des instructions par rapport à ça mais il n'y a jamais eu de suite. Je reste toujours à l'écoute.

Quel sentiment vous anime aujourd'hui ?

Ce sont des situations qui font que les gens sont vexés, parce qu'on ne les considère pas politiquement dans leurs localités respectives. On responsabilise des nouveaux à leur place, on ne les associe pas…

« Non, je ne regrette pas... S'il fallait le refaire, je le ferai »

Avec le recul, regrettez-vous aujourd'hui d'avoir abandonné votre confort parisien pour rentrer servir votre pays pour finalement ne pas bien être traité ?

Non, je ne regrette pas. Parce que si on vous choisit sur 14 millions de Sénégalais pour vous nommer à un poste de responsabilité, c'est déjà une marque de reconnaissance, de confiance. S'il fallait le refaire, je le ferai. Je me suis engagé auprès du Président pour l'accompagner. C'est quelqu'un qui a une vision, et ça se voit ce qu'il est en train de faire sur le terrain. Les changements et réalisations sont perceptibles jusque dans les profondeurs du Sénégal. C'est quelqu'un qui mérite d'être accompagné pour qu'il puisse conduire le pays très loin.

Si vous avez la chance de rencontrer le Président Macky Sall que lui diriez-vous ?

Je lui expliquerai ma situation personnelle, professionnelle et politique. 

Sur le plan politique, ce serait par exemple les problèmes de fonctionnement à l'APR ?

Oui sur le fonctionnement du parti. Le parti ne fonctionneme pas. Il n'est pas structuré. Ce ne sont pas ceux qui doivent décider dans le parti qui le font, mais c'est d'autres. Ce qui est dommage. C'est frustrant d'éloigner ceux qui étaient là au départ au profit d'autres.

"J'ai été lésé quelque part: je ne suis ni  ni conseiller municipal, ni conseiller départemental, alors que c'est moi qui ai amené le parti à Kédougou"

Quelle est la situation de l'APR au niveau de Kédougou ?

J'ai amené l'APR à Kédougou en décembre 2008 au moment où personne ne croyait à ce parti. J'ai massifié le parti, je l'ai ouvert à tout le monde comme me l'avait demandé le président Macky Sall. Mais aujourd'hui, nous sommes arrivés à une situation où tout le monde est responsable. Et au bout de quelques mois, les gens qui viennent d'arriver se proclament chef du parti. Nous sommes cinq à six responsables à revendiquer la direction du parti à Kédougou. Au lieu d'être unies pour accompagner le Président, des personnes ne pensent qu'à se positionner. Moi j'ai même été lésé quelque part: je ne suis ni  ni conseiller municipal, ni conseiller départemental, alors que c'est moi qui ai amené le parti à Kédougou. Malgré tout je reste dans le parti, je me bats pour sa massification, aujourd'hui j'accompagne le Président pour qu'il puisse obtenir un deuxième mandat afin de pouvoir continuer ce qu'il est en train de faire pour le Sénégal.

Quel est le risque de cette débandade à l'APR Kédougou sur la présidentielle de l'année prochaine ? 

Il faut dire que le risque est quand même minime. Parce que dans la région de Kédougou on est à 80 % ou plus pour le Président de la République. Il va donc passer haut la main au premier tour, pour ce qui concerne la région de Kédougou. Après les guerres de positionnement vont sûrement reprendre. Mais je répète que moi je suis fier de venir au Sénégal pour accompagner le Président Macky Sall, travailler pour mon pays.

Propos recueillis à Dakar par Thierno DIALLO, Afrique Connection

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