Paris : un policier mis en examen après la mort d'Amadou Koumé dans un commissariat

Afrique Connection | 05 / 04 / 2017 à 03:50

Un gardien de la paix est poursuivi pour «coups mortels» sur un homme interpellé dans des conditions difficiles à Paris en 2015.

Amadou Koumé avait 33 ans. Ce père de famille originaire de Saint-Quentin (Aisne) est mort dans la nuit du 5 au 6 mars 2015 au commissariat du Xe arrondissement de Paris, après une interpellation difficile dans un bar du secteur de la gare du Nord. Après plusieurs péripéties judiciaires, le policier de la brigade anticriminalité (BAC) qui a procédé à une manœuvre d'étranglement pour le maîtriser a été mis en examen le 28 mars pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

«C'est une véritable avancée dans le dossier», se réjouit Me Eddy Arneton, l'avocat des proches de la victime, qui a relancé la procédure après un premier classement sans suite. 

Le soir du drame, Amadou Koumé ne jouit manifestement pas de toutes ses facultés mentales. «J'ai vu qu'il n'allait pas bien parce qu'il n'arrêtait pas de dire : Ils veulent me tuer», a expliqué le videur du bar où Amadou s'est rendu vers 23h30. La police est alertée. Le premier équipage arrive à 00h06. Les trois policiers voient que ce client récalcitrant et paranoïaque relève de l'infirmerie psychiatrique. Mais devant sa résistance et sa force physique, ils appellent des renforts.

Saint-Quentin (Aisne), mai 2015. Manifestation en mémoire d’Amadou Koumé, 33 ans (en haut à droite), mort lors d’une interpellation policière à Paris. Photo CITIZENSIDE/MANNONE CADORET ET DR

 

 

Étranglements

Trois équipes de la BAC vont successivement se présenter. «Je suis parti derrière l'individu pour pratiquer un étranglement arrière. [...] J'ai réussi à faire venir en arrière M. Koumé qui s'est retrouvé en position assise», a témoigné devant l'inspection générale de la police nationale (IGPN) le gardien de la paix qui vient d'être mis en examen. Mais le Picard continue à se débattre. «J'ai retourné M. Koumé sur le ventre et j'ai pratiqué de nouveau un étranglement arrière», poursuit-il.

Amadou Koumé est finalement maîtrisé, les chevilles entravées. Mais il va rester quatre minutes allongé sur le sol et menotté dans le dos alors que la doctrine préconise de limiter au maximum cette position. Il est ensuite porté vers un fourgon où il est, selon les témoignages, allongé sur le ventre ou sur le côté. A l'arrivée au commissariat, les policiers constatent qu'il a fait un malaise. Les pompiers sont alertés, mais il est trop tard. Le décès est prononcé à 2h10. Les légistes concluent qu'il a succombé à un œdème pulmonaire majeur qui «résulte de l'association d'une asphyxie mécanique par traumatisme cervical et laryngé et d'une intoxication à la cocaïne.»

Devant la juge, le policier de la BAC, déjà sanctionné d'un blâme pour usage disproportionné de la force, a considéré qu'il n'avait aucune part de responsabilité dans ce décès. «A aucun moment je n'ai étranglé Amadou Koumé. [...] Il n'y a pas eu de pression exercée sur sa gorge», a-t-il insisté.

«Tous les témoignages attestent qu'il n'y a eu aucune violence policière et que l'action était légitime, ajoute son avocate, Me Vannina Versini. Cette mise en examen est totalement injustifiée.»

Le Parisien

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