formation du nouveau gouvernement

Voulant être ministre, Mme Mbacké prise en flagrant délit de pression sur Macky Sall (ou de déclaration de candidature)

Afrique Connection | 05 / 04 / 2019 à 08:32

C'est ce qu'on appelle mettre de la pression sans en donner l'air. Faire passer des messages codées à un décideur, par sa base, ses proches, sans se mouiller soi-même.

C'est une méthode subtile à laquelle ont souvent recourt des hommes et femmes en quête d'une promotion politique. Parfois ça marche. Parfois ça se retourne contre l'auteur. 

Alors, de quoi s'agit-il? Mardi 2 avril, après avoir assisté à la cérémonie d'investiture du Président Macky Sall à Diamniadio, plusieurs responsables de l'APR en France et élus de la diaspora se sont retrouvés le soir à Ndindi (Touba). Le prétexte: assister au Kazu Rajab, qui célèbre la naissance de Serigne Fallou Mbacké. Ils répondaient à l'invitation de leur camarade, Mme Sokhna Awa Mbacké, responsable des femmes du parti de Macky Sall en France. 

Le député de la diaspora Demba Sow, l''Ambassadeur itinérant Amadou Talla Daff, le coordonnateur de l'APR-France, Ameth Sarr, Cheikh Agne, Hady Thiam, Adama Kalela Ndiaye, Abdoulaye Mbodj, Astou Fall, Fatoumata Ngaidé, sont entre autres les responsables politiques de l'APR en France qui étaient sur place autour de la vice-consul du Sénégal à Paris et d'autres membres de sa famille.

Mme Mbacké avait un message à faire passer...dans la perspective de la formation du nouveau gouvernement

Un journaliste de Dakaractu était aussi là pour la circonstance. Car, selon toute vraisemblance, Mme Mbacké avait un message à faire passer...dans la perspective de la formation du nouveau gouvernement : c'est un secret de polichinelle que Mme Mbacké rêve de devenir ministre depuis plusieurs années. « Elle le mérite, il faut pas qu'on l'oublie », a plaidé devant l'assistance, Hady Thiam, une des voix porteuses du « souhait » de Mme Mbacké.

Mardi donc, pour remettre au goût du jour cette ambition, plusieurs intervenants sont montés au créneau devant l’assemblée religieuse et la caméra du journaliste pour faire un élogieux témoignage sur Mme Mbacké. Et, surtout, plaider pour son entrée dans le nouveau gouvernement pour lequel les consultations devraient débuter ce samedi. C'est en tout cas ce que laisse entendre la vice-consul de Paris dans un compte rendu vidéo de dakaractu. Mais dans le reportage en question, on entend que la voix de Mme Mbacké, pas celles des autres qui auraient émis le souhait de la voir nommée ministre. Toujours est-il que Mme Mbacké a fait constater leur « souhait ».

"Qu'Allah exhausse donc leur souhait..."

«Tout ce qui adviendrait, je prie Dieu que ce soit ça qui est mieux pour moi et ma famille. Mais tout ce qui n'est pas mieux pour moi, ma famille et mes amis, je prie Dieu qu'il ne le fasse pas. Je ne suis pas pressée. Mais, eux, ont juste exprimé leur souhait. Les hommes et les femmes me le souhaitent (être nommée ministre). J'ai écouté les hommes, j'ai écouté les femmes. Ils ne font que dire ce qui est dans le fond de leur cœur (…) Qu'Allah exhausse donc leur souhait si c'est ça qui est mieux pour moi et mieux pour eux », déclare t-elle.

La manœuvre est subtile. La mise en scène évidente. Le timing, pas innocent. Une bien curieuse façon de déclarer sa candidature à un poste ministériel? Ou un moyen de mettre la pression sur le Président Macky Sall? Chacun se fera sa propre idée.  

C'est une manœuvre qui est monnaie courante chez les politiques certes. Mais dans le contexte des résultats mitigés de la majorité en France, conjugué à la situation politique personnelle de la vice-consul de Paris, rien n'indique qu'elle a réussi son coup. Bien au contraire. 

En effet, au même titre que Ameth Sarr et son clan, Mme Mbacké est tout autant redevable du score étriqué (50%) de Macky Sall en France, en sa qualité de responsable du mouvement des femmes APR de France; un mouvement qu'elle n'a jamais réussi à unifier. Pire, ces dernières années, elle avait pratiquement boudé les activités, en misant sans doute sur son invulnérabilité supposée vis à vis de Macky Sall. Ce dernier a effet systématiquement refusé de céder aux coups de boutoir des différents courants rebelles qui se succédé dans le mouvement des femmes APR France depuis 2009.

Mme Mbaké semble faire du « coucou, je suis là ». Cela suffira t-il ?

Ce n'est qu'à la faveur de la campagne présidentielle qu'elle a refait surface, à la surprise générale.

Bref, en organisant cette séance de tapage dans l’œil de Macky Sall (ou de pression sur lui), en marge d'un événement religieux, Mme Mbacké semble faire du « coucou, je suis là ». Cela suffira t-il ? Ne s'est-elle pas réveillée trop tard ?

Pour rappel, en 2013, Mme Mbacké, sur instruction persistante de Macky Sall, avait été consultée par la toute nouvelle Premier ministre, Mimy Touré. Elle sera recalée après l'entretien. Une couleuvre que Mme Mbacké a mis du temps à avaler.

Aura t-elle plus de chance qu'en 2013 ? Réponse ce samedi. Dimanche tout au plus. 

Thierno Diallo, Afrique Connection

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