DÉLIT DE FACIÈS

UN PROF DE FAC SÉNÉGALAIS ARRÊTÉ ET ENFERMÉ À ROISSY ALORS QU'IL A LES PAPIERS EN RÈGLE

Afrique Connection | 05 / 10 / 2018 à 08:48

En s'envolant vers Paris le 17 septembre dernier, ce professeur-chercheur sénégalais ne se doutait pas un seul instant qu'il allait y connaître une mésaventure. Karamoko Kallouga Demba avait des papiers en règles, mais il sera arrêté par la police et sera conduit directement à la zone d'attente de Roissy pour préparer son rapatriement.

Karamoko Kallouga Demba, professeur de droit à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, se souviendra toute sa vie de sa semaine dans les filets de la police aux frontières françaises. Enseignant à la faculté de droit à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, Karamoko Kallouga Demba a débarqué à Paris le 17 septembre dernier pour mener des recherches. C'est dans le cadre d'un voyage d'études d’études d’un mois organisé par sa faculté. Mais les choses ne sont pas bien passées à son arrivée à l'aéroport de Roissy. Monsieur Demba a été arrêté puis envoyé à la zone d’attente de Roissy, cette prison pour sans-papiersau pied des pistes de l’aéroport.

« Je me suis senti humilié », lâche l’universitaire, interrogé par le site Street Press. « Ça ressemble à du racisme (…) C’est une façon de ne pas respecter les hommes africains que nous sommes », ajoute t-il.

D'après notre confrère qui a révélé l'information, l’homme dispose pourtant de tous les documents nécessaires à son entrée sur le territoire français. « Dans sa poche, 500 euros en liquide et un visa délivré par l’ambassade de France au Sénégal, un mois plus tôt. Dans ses valises, un relevé de comptes pour justifier de fonds suffisants pour vivre en France (3.500 euros), une lettre de mission signée de la main du recteur de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, pour un voyage d’études de deux mois et un billet retour… », écrit Street Press.

Malgré tout cela, à la douane, le dossier de Monsieur Kallouga Demba coince. « Dans ma demande de visa, j’avais indiqué que je passerai les premiers jours de mon séjour chez ma sœur, en banlieue parisienne, avant d’être logé à la Cité (…) Le douanier a demandé une attestation de ma sœur, que je n’avais pas. Puis il m’a dit que je n’avais pas l’argent nécessaire pour assurer ma subsistance lors de mon voyage d’études. » explique le chercheur.

Voici la suite du récit de notre confrère:

« L’officier Philippe P. interroge ensuite le prof de fac sur les raisons de son voyage. « J’ai dit que je faisais un voyage d’études, que je passerai la plus grande partie de mon temps à la bibliothèque Cujas, où je consulterai des ouvrages ». Ce dernier appelle la bibliothèque pour savoir s’il est convié par l’institution, qui dépend de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ce qu’elle dément, puisque l’accès est libre. Il n’est donc pas nécessaire d’être invité. L’officier lui demande ensuite si des professeurs de droit français le connaissent : 

« Je lui réponds que notre labo est en contact avec plusieurs chercheurs français, dont je donne les noms. Je précise que je ne les connais pas personnellement. »

L’OPJ contacte l’un d’eux, qui sans surprise explique ne pas connaître l’universitaire. À aucun moment, le policier ne contacte ni l’université Cheikh Anta Diop, ni l’ambassade de France au Sénégal, explique Monsieur Demba : 

« J’ai senti que ça ressemblait à un règlement de comptes. »

Les policiers ne croient pas à ses explications. Et le soupçonnent de vouloir émigrer illégalement sur le territoire. « Son chef est arrivé. Il m’a demandé : “C’est quoi ton histoire ?”. J’ai répondu que j’étais enseignant, que j’avais un travail. » « Je crois plutôt que tu en cherches un ici », aurait-il rétorqué.

Karamoko est placé en zone d’attente. On lui confisque ses effets personnels. Dans un procès-verbal que StreetPress a pu consulter, la police indique que les raisons du voyage de Karamoko ne sont pas suffisamment claires, et qu’il n’a pas assez d’argent pour pénétrer sur le territoire français. Ce que l’intéressé conteste. Dans le PV, l’homme est présenté comme étudiant : 

« Je leur ai dit que ce n’était pas vrai. Ils m’ont dit soit vous signez, et vous pouvez appeler votre famille. Soit on vous remet dans l’avion. »

En zone d’attente, la situation du juriste ne s’améliore pas. Alors que plusieurs universitaires français se démènent pour le faire sortir, le consulat du Sénégal à Paris s’en mêle. Une délégation a même visité l’homme à Roissy. Mais la police française campe sur ses positions. « Ils m’ont dit que ça ne changeait rien. Qu’ils avaient une liberté d’appréciation et que je ne pouvais toujours pas rentrer en France » : 

« Ils m’ont assuré qu’un vol partait. Que si je ne montais pas dans l’avion, j’irai au procès. »
Le 21 septembre, Karamoko Demba se présente devant le juge des libertés et de la détention. Il conteste son enfermement. Le juge tranche en faveur du prof, comme le montre une ordonnance du 21 septembre : 
« La prolongation du maintien [en détention] de Monsieur Demba ne constitue pas une mesure restrictive de liberté proportionnée aux objectifs de contrôle aux frontières. »

En clair, les pandores ont fait du zèle. L’avocate de Karomoko se confond en excuse. « Au nom du peuple français », se souvient-il. L’homme est libéré dans la foulée. »

Cheikh SARR, Afrique Connection (avec Street Press)

 

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