Pape Diouf, ancien président de l'OM, après les propos racistes de Sagnol

« J’appelle tous les joueurs africains à boycotter une journée de championnat de France de Ligue 1 »

Afrique Connection | 05 / 11 / 2014 à 05:47

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Pape Diouf, ancien président de l'Olimpique de Marseille

Face à l’indifférence quasi générale du cynique monde du football français qui a été constatée après les propos racistes et inadmissibles de Willy Sagnol, Pape Diouf a pris sa plume pour dénoncer l’inacceptable. Mieux, l’ancien président de l’OM appelle, dans une tribune au "Monde", tous les joueurs issus d'Afrique à boycotter une journée de championnat de Ligue 1.

Pape Diouf toutes griffes dehors. L’ancien président de l’Olympique de Marseille se sent offensé après les propos non moins offensant de l’entraîneur de Bordeaux, Willy Sagnol. Ce dernier, dans un entretien avec les lecteurs du journal Sud-ouest, avait déclaré ceci :

« L’avantage du joueur typique africain, c'est un joueur pas cher quand on le prend, prêt au combat généralement, qu'on peut qualifier de puissant sur un terrain. Mais le foot ce n'est pas que ça. Le foot c'est aussi de la technique, de l'intelligence, de la discipline. » « Tant que je serai entraîneur des Girondins, il y aura beaucoup moins de joueurs africains qui rejoindront les rangs de Bordeaux parce que je n’ai pas envie de me retrouver avec 12 gars qui se barrent tous les deux ans », avait-il ajouté.

La réponse de Pape Diouf au Girondin est tout aussi cinglante. Et c’est à travers une tribune publiée dans le quotidien "Le Monde "daté de ce mercredi qu’il a exprimé sa colère.

« Dans la France d'aujourd'hui, la parole dite libérée et l'attitude de plus en plus désinvolte ou franchement provocante sont les prétextes nouveaux autour desquels les refoulés et les embusqués de l'idéologie brune s'agitent et jettent le masque. En quoi, par conséquent, la sortie de Willy Sagnol étonne-t-elle ? », attaque le Marseillais.

« De toue façon, Sagnol n'a à redouter aucune sanction »

« Cette sortie est inscrite dans l'ordre normal de l'époque. Et de toute façon, Sagnol n'a à redouter aucune sanction ni administrative ni morale », poursuit-il, en référence au fait que les propos de Sagnol, non seulement ils ne semblent déranger personne dans le monde politique et sportif, mais des personnalités du milieu n’ont pas hésité à prendre la défense de son auteur.

A ce propos, Diouf écrit : « Le misérable communiqué de soutien des Girondins de Bordeaux – petit bréviaire d'un cynisme certain – dénote une singulière et nauséabonde complicité entre un club et son entraîneur. Tout comme sont complices et disqualifiant les propos disculpant de M. Thierry Braillard, le secrétaire d'Etat aux sports qui, lui, retient sans sciller « une simple maladresse ».

Et le premier président noir d’un club de football en Europe de se désoler face à cette situation bien étonnante où on taille au coupable le costume de la victime : « Hélas, le diable n'est jamais très loin. Car, par ailleurs, il est illusoire d'attendre du « clergé » du  football une réaction à la mesure de ce qu'il convient bien d'appeler une insulte subie par une frange importante de ceux qui font aussi la compétition en France. Sans doute, tous les joueurs africains ou africains d'origine, ces félins – connotation animale –, n'ont pas gagné au lycée le premier prix de version latine ou grecque, mais ils sont loin d'être les seuls à être dans ce cas »

« Ces joueurs doivent-ils continuer à faire la sourde oreille, à courber l'échine »

Face à cette situation, Pape Diouf appelle ainsi les joueurs d’origine africaine à se défendre d’eux-mêmes : « Ces joueurs doivent-ils continuer à faire la sourde oreille, à courber l'échine ou doivent-ils, au contraire, en  finir avec cette routine qui, à la fin de leur carrière, les exclut de toute forme de responsabilité et donc de présence au sein des instances ? De cette routine, qui, à l'examen, se révèle prise dans un réseau de turpitudes et de similitudes, reliant entre elles cette affaire et celle des quotas ? (allusion faite au sélectionneur des Bleus Laurent Blanc, qui s’était avait évoqué une possibilité de quotas de joueurs noirs en équipe de France, NDLR).

Pour ce faire, l’ancien président de l’OM conclue en lançant cet appel : « une seule manière de casser cette routine : que tous les joueurs issus d'Afrique se donnent le mot et décident de ne pas prendre part à une prochaine journée de championnat. L'impression sera merveilleuse et instructive. »

Aux joueurs africains de saisir la balle au rebond

La balle est dans le camp des nombreux talents africains du championnat de France qui, chaque week-end, sur les terrains de France et de Navarre, démontreront qu’ils n’ont pas que leur « puissance physique » à faire valoir.

Quant à Willy Sagnol, il serait peut-être très instruit d’ouvrir le cahier de l’histoire du football français pour se résoudre à l’évidence. Puisque, manifestement, il ne l’a jamais fait !

Jean OLOHOU

 

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