Le conseil constitutionnel valide son son ticket, il tend la main à son opposition

Au Sénégal, le Président Macky Sall a tronqué son treillis de conquérant contre un boubou de pèlerin. Pour combien de temps?

Afrique Connection | 06 / 03 / 2019 à 10:48

Elle a pris fin il y a juste douze jours. Mais elle semble déjà loin, très loin derrière nous, cette tendue campagne où les candidats de l'opposition et celui de la majorité sortante ne se sont fait aucun cadeau.

Après la publication des résultats provisoires la semaine dernière, par la commission nationale de recensement des votes, le conseil constitutionnel a validé la réélection du Président sortant, Macky Sall, mardi après-midi. Il débute son second mandat que le 2 avril 2019, celui amorcé il y a sept ans n'étant pas encore terminé. Mais déjà, le Président sénégalais a annoncé les couleurs.  

Hier, deux heures seulement après la confirmation de sa victoire, Macky Sall a tenu un discours rassembleur, dans les salle des banquets du palais de la République. Fini le conquérant qui répliquait aux attaques de ses adversaires pendant la campagne quand ils ne les piquait pas en premier. Fini le candidat qui a avalé des milliers et des milliers de kilomètre pendant trois semaines avec un discours sans concession à l'endroit de ses challengers. Place au vainqueur qui prend de la hauteur, qui tronque son treillis de combattant et sa casquette de militaire combatif, son accoutrement beige- maron, contre un boubou blanc signe de paix.  

Après avoir écrasé ses adversaires qui ont crié à la "manipulation du fichier" et à la "fraude", Macky Sall a tenu un discours de haute facture. Un discours inclusif. 

"Je sais que ce qui nous rassemble, notre commun vouloir de vie commune, est assurément plus fort que ce qui nous sépare"

"Le scrutin du 24 février a consacré le triomphe du peuple sénégalais. A mes yeux, il n’y a eu ni vainqueur ni vaincu. Et à présent que la campagne électorale est définitivement terminée, je considère qu’il n’y a plus d’électeurs ou de camps marqués par des couleurs et démarquées par des lignes partisanes. Je vois un seul camp : celui du Sénégal. Je vois des sénégalaises et des sénégalais qui, ayant librement exercé leur devoir citoyen, nourrissent le désir ardent de rester unis par un destin commun, au sein d’une seule nation. Je vois un seul peuple, animé par un seul but et une seule foi. 

Je serai, par conséquent, le Président de toutes les sénégalaises et de tous les sénégalais ; parce que c’est la charge qui m’incombe en vertu de la Constitution. Je sais que la flamme patriotique brûle en chacun de nous. Et je sais que ce qui nous rassemble, notre commun vouloir de vie commune, est assurément plus fort que ce qui nous sépare.

La nation sénégalaise est forte parce que des liens indéfectibles, de parenté, d’amitié et de bon voisinage nous unissent les uns aux autres pour former une Nation indivisible. Nous avons, tous et toutes, le même amour, la même fierté et le même engagement patriotique pour notre pays", a déclaré le chef de l’État face à la presse nationale et internationale, et en présence des membres de son gouvernement et de la grande coalition de la majorité présidentielle.

Macky Sall de ponctuer son discours de dix minutes par un retentissant appel au dialogue lancé en direction de son opposition.

"Je tends la main à toutes et à tous, pour engager un dialogue ouvert et constructif, dans l’intérêt supérieur de la Nation"

"Seul le travail nous fera avancer ; surtout que la tâche est grandiose, passionnante et ardue. Elle nous engage toutes et tous. Nul ne peut y arriver tout seul. C’est ensemble que nous réussirons. C’est ensemble que nous pourrons labourer le champ de tous les possibles, conquérir de nouveaux horizons, consolider nos acquis et relever les défis devant nous. A cette fin, mon rôle, c’est de nous rassembler autour des idéaux que nous partageons.

C’est pourquoi je tends la main à toutes et à tous, pour engager un dialogue ouvert et constructif, dans l’intérêt supérieur de la Nation. Je ferai des propositions dans ce sens, après ma prestation de serment le 2 avril 2019. Je convie à ce dialogue républicain toutes les forces vives de la Nation, sans exclusive ; dialogue auquel mes prédécesseurs, les Présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade pourraient apporter leur contribution. Ainsi, mes chers compatriotes, nous continuerons à bâtir ensemble le Sénégal de nos rêves : un pays paisible et stable ; un pays uni et convivial pour tous ses enfants ; un pays prospère et solidaire : le Sénégal de tous, le Sénégal pour tous !"

Reste à savoir maintenant quel contenu sera donné à ce "dialogue". En tout cas, la réussite de ce dialogue et l'adhésion sans arrières pensées de toute la classe politique dépendra de la pertinence de son contenu que le Président Sall  dévoilera le 2 avril à l'occasion de son investiture. Il dépendra aussi en grande partie de la sincérité des acteurs politiques de tous bords. 

Dans tous les cas, après la pédale douce des quatre candidats malheureux qui n'ont pas cédé à la tentation de violences post- élecotrales, malgré les pressions de jeunes apprentis politiques dans le pays et dans la diaspora, la posture inclusive du vainqueur Macky Sall est venue définitivement éloigner le Sénégal du spectre d'une crise socio- politique sans précédent;  détouner le pays de  la dangereuse voie sur laquelle il semblait se diriger inexorablement pendant la pré-campagne et surtout la campagne. Aujourd'hui, tout va bien est-on tenté de croire. Mais pour combien de temps?

Thierno DIALLo, Afrique Connection

 

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