Génocide rwandais: la France doit "regarder la vérité en face", selon Kigali

Afrique Connection | 06 / 04 / 2014 à 05:22

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Louise Mushikiwabo a estimé "injustifiée" la décision française d'annuler sa participation lundi aux cérémonies marquant le 20e anniversaire du génocide. REUTERS/Francois Lenoir

La France doit "regarder la vérité en face" concernant son rôle dans le génocide de 1994 au Rwanda, a estimé ce dimanche la ministre rwandaise des Affaires étrangères. La France refuse de participer aux commémorations du vingtième anniversaire.

Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, a estimé "injustifiée" la décision française d'annuler sa participation lundi aux cérémonies marquant le 20e anniversaire du génocide. Paris a pris cette décision en réponse aux propos du président rwandais Paul Kagame qui a accusé dans une interview la France d'avoir joué un "rôle direct dans la préparation du génocide" et d'avoir participé "à son exécution même". 

"Pour que nos deux pays commencent réellement à s'entendre, nous allons devoir regarder la vérité en face, la vérité est difficile, il est compréhensible qu'il soit très difficile d'accepter la vérité d'être proche de quelqu'un associé au génocide", a déclaré Mme Mushikiwabo qui s'exprimait à Kigali lors d'un forum international au Parlement. "Il est impossible pour nos deux pays d'avancer, si la condition est que le Rwanda doive oublier son histoire pour s'entendre avec la France (...) Nous ne pouvons avancer au détriment de la vérité historique du génocide", a-t-elle poursuivi. 

Mme Mushikiwabo a ensuite estimé devant la presse que les propos de M. Kagame dans l'hebdomaire Jeune Afrique paru dimanche, n'était "ni nouveaux, ni surprenants". "Ce que je dis c'est que la réaction (française) à un commentaire qui a été fait plusieurs fois auparavant par le président (...) est une réaction excessive", a-t-elle expliqué aux journalistes. "C'est malheureux parce que l'histoire est l'histoire", a poursuivi la ministre, estimant que "le peuple français en général ne devrait pas être tenu dans l'ignorance de ce que certains responsables français ont fait" au Rwanda. 

La décision de Paris d'annuler sa participation aux commémorations officielles des 20 ans du génocide au Rwanda marque un nouveau coup d'arrêt à la normalisation des relations entre les deux pays, empoisonnées par le soupçon malgré la réconciliation officielle de 2010. 

La France était en 1994 une alliée du régime extrémiste hutu à l'origine du génocide qui a fait environ 800.000 morts, essentiellement dans la minorité tutsi, entre avril et juillet, et le rôle des autorités françaises de l'époque reste controversé. 

Dans cette interview à Jeune Afrique, parue la veille du lancement des commémorations officielles, M. Kagame accuse notamment des soldats français d'avoir été non seulement "complices" mais aussi "acteurs" des massacres. 

Une accusation "ignominieuse"

L'ancien ministre Paul Quilès (PS), qui dirigea la mission parlementaire d'enquête sur le Rwanda, a qualifié dimanche d'"ignominieuse" cette accusation. "Les victimes et la mémoire du génocide terrible du Rwanda méritent mieux que cette accusation ignominieuse", a déclaré l'ancien ministre de la Défense sur RTL. "Je pense que M. Kagame est actuellement en difficulté au plan international et il essaie de détourner l'attention et ce n'est pas bien", selon M. Quilès qui a pointé "un régime autoritaire" à Kigali. 

"Paul Kagame a été impliqué dans des opérations extrêmement graves qui ont fait des centaines de milliers de morts dans l'est du Congo et il y a eu des assassinats qu'il a quasiment revendiqués", a-t-il accusé. "Il faut revenir à l'Histoire", a lui aussi recommandé M. Quilès pour qui "la France a été le seul pays à cette époque à demander une intervention internationale". "De l'avis de l'Union africaine", l'opération française Turquoise "a sauvé au moins 15.000 Tutsis". 

"L'histoire s'écrit à partir de faits, pas de ce type d'imputations inadmissibles", a-t-il asséné. 

Comme on lui demandait si la France avait raison de se retirer des cérémonies au Rwanda, il a tranché: "Je pense que M. Kagame ne comprend que les rapport de forces, c'est lui qui gâche cette commémoration". 

lexpress.fr

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