Au Rwanda, portraits de réconciliation

Afrique Connection | 07 / 04 / 2014 à 08:48

Comment peut-on vivre avec son voisin qui a tué votre mari, votre fils, votre fille, votre femme, et parfois toute votre famille ? Comment peut-on se regarder en face après tant d’horreurs ? Comment parvient-on à pardonner tout cela, et vivre en bons voisins comme si de rien n’était ? A quelques semaines de la commémoration du 20e anniversaire du génocide qui a fait plus de 800 000 morts, un photographe du New York Times Magazine est allé dans le sud du Rwanda pour trouver la réponse aux questions que le monde entier se pose. Pour réaliser l’effort qui a été consenti par les bourreaux et leurs victimes. Bref, comment est-on passé d’un environnement de haine généralisée à une réconciliation. C’est un reportage poignant, avec à l’appui des photos qui témoignent du chemin qui a été parcouru en 20 ans. Pour vous faire partager ce reportage, Afrique Connecion a essayé de traduire les dialogues qui illustrent les photos.

 

Deux décennies après le génocide qui a fait prés d’un million de morts, le photographe Pieter Hugo est allé, le mois dernier, dans le sud du Rwanda. Il a fait des portraits de survivants du génocide. Ce sont des photos inédites.  Ici, on voit une femme poser sa main sur l'épaule de l'homme qui a tué son père et ses frères. Là, une autre avec l’homme qui a pillé ses biens et dont le père a aidé à assassiner son mari et ses enfants. Dans beaucoup de ces photos, il y a peu de chaleur évidente entre les deux acteurs ; et pourtant ils sont là, ensemble. Dans chaque cas, l'auteur est un Hutu qui a bénéficié du pardon du survivant tutsi.

Les personnes qui ont accepté d'être photographiés font partie d'un programme national de réconciliation : elles travaillent en étroite collaboration avec l'AMI (Association Modeste et Innocent), une organisation à but non lucratif. Dans le programme de l'AMI, de petits groupes d’Hutus et de Tutsis sont encadrés pendant plusieurs mois, aboutissant à la demande formelle de l'auteur pour le pardon. Si le pardon est accordé par la victime, le bourreau et sa famille offrent des cadeaux en échange. C’est généralement du sorgho, de la bière, de la banane. L'accord entre les deux parties est scellé dans une ambiance de chant et de danse.

Les photos sur les pages suivantes sont une petite sélection qui sera présentée sur écran géant à La Haye, à partir de ce mois. C’est une collection commandée par Creative Cour, un organisme artistique créé sur place dans le cadre de « Rwanda 20 ans », un programme explorant le thème du pardon. Les images seront éventuellement présentées à des monuments et des églises au Rwanda.

Pendant les séances de photos, les relations entre les victimes et les bourreaux varient en selon les couples, confie le photographe Hugo. Certains couples se sont facilement mis montrés ensemble devant l’objectif, racontant des potins. Par contre, d'autres, alors qu’ils étaient d’accord, étaient un peu sur leur garde, avaient des appréhensions. « Il y a clairement des degrés différents dans le pardon», a déclaré Hugo. « Dans les photographies, la distance ou la proximité que vous voyez est assez parlante. »

Dans les entretiens réalisés par l'AMI et Creative Cour dans le cadre de ce projet, les sujets ont porté sur le processus qui a abouti au pardon.  « Ces gens ne peuvent pas aller ailleurs – Ils sont condamnés à faire la paix», a expliqué Hugo. «Le pardon ne résulte pas d’un sentiment de bienveillance, mais plutôt d'un instinct de survie.» 

 

SINZIKIRAMUKA, L'AGRESSEUR : «Je lui ai demandé pardon parce que son frère a été tué en ma présence. Il m'a demandé pourquoi j'ai plaidé coupable, et je lui ai répondu que je l'ai fait en tant que quelqu'un qui a été témoin de ce crime, mais qui n'a pu sauver personne. C’était un ordre de la part des autorités. Je lui ai révélé qui étaient les tueurs, et ces derniers sont venus lui demander pardon. »

KARORERO, SURVIVANT: «Parfois, la justice ne donne pas une réponse satisfaisante à quelqu'un – certains cas sont soumis à la corruption. Mais quand il s'agit d’un pardon volontairement accordé, on est soulagé pour de bon. Quand quelqu'un est plein de colère, il peut perdre son esprit. Moi, quand je lui ai accordé le pardon, je me suis senti apaisé. »

 

KARENZI: « Je n’avais pas la conscience tranquille, et quand je la voyais j’avais très honte. Après avoir été formé sur l'unité et la réconciliation, je suis allé à sa maison et demandé pardon. Ensuite, je lui ai serré la main. Jusqu'à présent, nous sommes en bons termes ".

NYIRAMANA: "Il a tué mon père et mes trois frères. Il commit ces meurtres avec d'autres personnes, mais il est le seul à venir me demander pardon. Avec d’autres délinquants sortis de prison, il m’ont aidé à construire une maison avec un toit couvert. J'avais peur de lui. Mais maintenant que je lui ai pardonné, les choses sont devenues normales, et dans mon esprit je me sens paisible ».

 

MUDAHERANWA: «Je brûlé sa maison. Je l'ai attaqué dans le but de la tuer elle et ses enfants, mais Dieu les a protégés, et ils se sont échappés. Quand je suis sorti de prison, j’avais envie de courir et de me cacher quand je la voyais. Ensuite, AMI a commencé à nous dispenser des formations. J'ai décidé de lui demander pardon. Pour avoir de bonnes relations avec la personne à qui vous avez fait de mauvaises actions, il faut demander pardon. Nous remercions Dieu. »

MUKANYANDWI: "Avant, je le haïssais. Mais quand il est venu chez moi et s'est agenouillé devant moi et a demandé pardon, j'ai été ému par sa sincérité. Maintenant, si je l’appelle à l'aide, il vient me sauver. A chaque fois que je fais face à une situation délicate, je l'appelle en aide. »

 

NZABAMWITA: «J’ai endommagé et pillé ses biens. J'ai passé neuf ans et demi en prison. J’ai été éduqué à discerner le bien du mal avant d'être libéré. Et quand je suis rentré, j'ai pensé qu'il serait bon d'aborder la personne à qui j'ai fait de mauvaises choses et demander son pardon. Je lui ai dit que je me tenais près d'elle, avec tous les moyens à ma disposition. Mon propre père a été impliqué dans le meurtre de ses enfants. Quand j'ai appris que mes parents avaient agi méchamment, j’ai sincèrement demandé son pardon, pour ce crime aussi. »

KAMPUNDU: «Des hommes traquaient mon mari. Ils l’ont retrouvé un jour dans sa cachette, ils l’ont tué. C’était un mardi. Le mardi suivant, ils sont revenus pour tuer mes deux fils. Alors que j'espérais que mes filles, elles,  allaient être sauvées, ils les ont retrouvées dans le village de mon mari : elles ont toutes tuées. Je n'étais pas en mesure de les retirer de trou dans lequel ils les ont jetées. Je me suis alors agenouillé aux abords, puis j'ai prié pour elles, avec mon jeune frère. Ensuite, nous avons rempli le trou de sable.

Si j’ai pardonné tout ça, c’est parce que quoi qu’il en soit je n'aurais jamais pu retrouver mes enfants que j’ai perdus. A l’époque, je ne pouvais pas imaginer que j’ai aurais pu vivre seule, sans ma famille. Dans ma tête, je me demandais si je tombais malade qui s’occuperait de moi, et si j’avais des difficultés, à qui allais-je demander de l’aide. Malgré tout ça, j’ai préférer pardonner les bourreaux de ma famille. »

 

HABYARIMANA: «Lors que le Président Kagamé a déclaré que les prisonniers qui plaideraient coupable et demanderaient  pardon seraient libérés, j’étais parmi les premiers à le faire. Mère Mukabutera Césarée ne pouvait pas imaginer que j’étais impliqué dans les meurtres de ses enfants, mais je lui ai dit ce qui s'est passé. Quand elle m'a accordé le pardon, toutes les méchancetés qui étaient en moi ont subitement disparu. »

MUKABUTERA: « Beaucoup d'entre nous a connu les maux de la guerre à plusieurs reprises. Je me suis dis que cela ne servais à rien de venger votre bien-aimé, car cela ne vous le ramènerait jamais. Nous avons fini par intégrer que nous sommes tous des Rwandais, même s’il nous a fallu du temps pour cela. Le génocide est dû à la mauvaise gouvernance qui a monté des voisins, des frères, des sœurs, les uns contre les autres. Maintenant, quand vous acceptez et vous pardonnez, la personne que vous avez pardonnée devient un bon voisin. On se sent ainsi en sécurité, plus serien, et regarde vers l’avenir ».

 

NTAMBARA: « J'ai participé à l'assassinat du fils de cette femme. Nous sommes maintenant membres d'un même groupe d’unité et de réconciliation. Nous partageons tout; si elle a besoin de boire de l'eau, je vais lui en chercher. Il n'y a pas de suspicion entre nous, ni le jour ni la nuit. Je faisais souvent des cauchemars rappelant qui me replongent dans les tristes événements que j'ai vécu, mais maintenant je dors tranquillement. Et quand nous sommes ensemble, nous sommes comme frère et sœur, aucune suspicion entre nous. »

MUKAMUSONI: "Il a tué mon enfant, puis il est venu me demander pardon. Je lui ai tout de suite pardonné parce qu'il ne l’a pas fait de son propre gré, il était hanté par le diable. Je suis heureux qu’il m’avoue son crime. C’est mieux que de garder ça dans son cœur. Avant que je ne lui pardonne, il ne pouvait pas regarder en face. Je le traitais comme mon ennemi. Mais maintenant, je préfère le traiter comme mon propre enfant. »

 

NDAHIMANA: « Le jour où j'ai demandé pardon, je me suis senti soulagé et apaisé. J'avais perdu mon humanité en raison du crime que j'ai commis, mais maintenant je suis comme tout être humain. »

MUNGANYINKA: «Après avoir été chassé de mon village par Dominique et d’autres pilleurs, je suis devenu sans abri. Plus tard, quand il m’a demandé pardon, j'ai dit: «Je n'ai rien pour nourrir mes enfants. Allez-vous nous aider ? Allez-vous construire une maison pour eux? La semaine suivante, Dominique est revenu avec quelques survivants et d'anciens prisonniers qui ont commis le génocide. Ils étaient plus 50 personnes. Ils ont reconstruit ma maison. Depuis lors, j'ai commencé à me sentir mieux. J'étais comme un bâton sec; maintenant je sens la douceur, l’apaisement dans mon cœur, et je partage cette paix avec mes voisins. »

 

NSABIMANA: "J'ai participé à la destruction de sa maison parce que nous pensions que son propriétaire était mort. En effet, on détruisait systématiquement les maisons abandonnées ou dont les propriétaires sont mort, pour en faire du bois de chauffe. Son pardon m'a prouvé qu'elle est une personne de bon cœur ».

MUKARWAMBARI: «Si vous n’êtes pas têtu, la vie devient facile pour vous. Quand quelqu'un vient vous voir sans haine, malgré les choses horribles se sont passées, c’est parce qu’il a l’espoir que vous allez bien l’accueillir. Le pardon est égal à la miséricorde. »

The New York Times Magazine (Traduction Afrique Connection)

Au Rwanda, portraits de réconciliation

Afrique Connection | 07 / 04 / 2014 à 20:48

Comment peut-on vivre avec son voisin qui a tué votre mari, votre fils, votre fille, votre femme, et parfois toute votre famille ? Comment peut-on se regarder en face après tant d’horreurs ? Comment parvient-on à pardonner tout cela, et vivre en bons voisins comme si de rien n’était ? A quelques semaines de la commémoration du 20e anniversaire du génocide qui a fait plus de 800 000 morts, un photographe du New York Times Magazine est allé dans le sud du Rwanda pour trouver la réponse aux questions que le monde entier se pose. Pour réaliser l’effort qui a été consenti par les bourreaux et leurs victimes. Bref, comment est-on passé d’un environnement de haine généralisée à une réconciliation. C’est un reportage poignant, avec à l’appui des photos qui témoignent du chemin qui a été parcouru en 20 ans. Pour vous faire partager ce reportage, Afrique Connecion a essayé de traduire les dialogues qui illustrent les photos.

 

Deux décennies après le génocide qui a fait prés d’un million de morts, le photographe Pieter Hugo est allé, le mois dernier, dans le sud du Rwanda. Il a fait des portraits de survivants du génocide. Ce sont des photos inédites.  Ici, on voit une femme poser sa main sur l'épaule de l'homme qui a tué son père et ses frères. Là, une autre avec l’homme qui a pillé ses biens et dont le père a aidé à assassiner son mari et ses enfants. Dans beaucoup de ces photos, il y a peu de chaleur évidente entre les deux acteurs ; et pourtant ils sont là, ensemble. Dans chaque cas, l'auteur est un Hutu qui a bénéficié du pardon du survivant tutsi.

Les personnes qui ont accepté d'être photographiés font partie d'un programme national de réconciliation : elles travaillent en étroite collaboration avec l'AMI (Association Modeste et Innocent), une organisation à but non lucratif. Dans le programme de l'AMI, de petits groupes d’Hutus et de Tutsis sont encadrés pendant plusieurs mois, aboutissant à la demande formelle de l'auteur pour le pardon. Si le pardon est accordé par la victime, le bourreau et sa famille offrent des cadeaux en échange. C’est généralement du sorgho, de la bière, de la banane. L'accord entre les deux parties est scellé dans une ambiance de chant et de danse.

Les photos sur les pages suivantes sont une petite sélection qui sera présentée sur écran géant à La Haye, à partir de ce mois. C’est une collection commandée par Creative Cour, un organisme artistique créé sur place dans le cadre de « Rwanda 20 ans », un programme explorant le thème du pardon. Les images seront éventuellement présentées à des monuments et des églises au Rwanda.

Pendant les séances de photos, les relations entre les victimes et les bourreaux varient en selon les couples, confie le photographe Hugo. Certains couples se sont facilement mis montrés ensemble devant l’objectif, racontant des potins. Par contre, d'autres, alors qu’ils étaient d’accord, étaient un peu sur leur garde, avaient des appréhensions. « Il y a clairement des degrés différents dans le pardon», a déclaré Hugo. « Dans les photographies, la distance ou la proximité que vous voyez est assez parlante. »

Dans les entretiens réalisés par l'AMI et Creative Cour dans le cadre de ce projet, les sujets ont porté sur le processus qui a abouti au pardon.  « Ces gens ne peuvent pas aller ailleurs – Ils sont condamnés à faire la paix», a expliqué Hugo. «Le pardon ne résulte pas d’un sentiment de bienveillance, mais plutôt d'un instinct de survie.» 

 

SINZIKIRAMUKA, L'AGRESSEUR : «Je lui ai demandé pardon parce que son frère a été tué en ma présence. Il m'a demandé pourquoi j'ai plaidé coupable, et je lui ai répondu que je l'ai fait en tant que quelqu'un qui a été témoin de ce crime, mais qui n'a pu sauver personne. C’était un ordre de la part des autorités. Je lui ai révélé qui étaient les tueurs, et ces derniers sont venus lui demander pardon. »

KARORERO, SURVIVANT: «Parfois, la justice ne donne pas une réponse satisfaisante à quelqu'un – certains cas sont soumis à la corruption. Mais quand il s'agit d’un pardon volontairement accordé, on est soulagé pour de bon. Quand quelqu'un est plein de colère, il peut perdre son esprit. Moi, quand je lui ai accordé le pardon, je me suis senti apaisé. »

 

KARENZI: « Je n’avais pas la conscience tranquille, et quand je la voyais j’avais très honte. Après avoir été formé sur l'unité et la réconciliation, je suis allé à sa maison et demandé pardon. Ensuite, je lui ai serré la main. Jusqu'à présent, nous sommes en bons termes ".

NYIRAMANA: "Il a tué mon père et mes trois frères. Il commit ces meurtres avec d'autres personnes, mais il est le seul à venir me demander pardon. Avec d’autres délinquants sortis de prison, il m’ont aidé à construire une maison avec un toit couvert. J'avais peur de lui. Mais maintenant que je lui ai pardonné, les choses sont devenues normales, et dans mon esprit je me sens paisible ».

 

MUDAHERANWA: «Je brûlé sa maison. Je l'ai attaqué dans le but de la tuer elle et ses enfants, mais Dieu les a protégés, et ils se sont échappés. Quand je suis sorti de prison, j’avais envie de courir et de me cacher quand je la voyais. Ensuite, AMI a commencé à nous dispenser des formations. J'ai décidé de lui demander pardon. Pour avoir de bonnes relations avec la personne à qui vous avez fait de mauvaises actions, il faut demander pardon. Nous remercions Dieu. »

MUKANYANDWI: "Avant, je le haïssais. Mais quand il est venu chez moi et s'est agenouillé devant moi et a demandé pardon, j'ai été ému par sa sincérité. Maintenant, si je l’appelle à l'aide, il vient me sauver. A chaque fois que je fais face à une situation délicate, je l'appelle en aide. »

 

NZABAMWITA: «J’ai endommagé et pillé ses biens. J'ai passé neuf ans et demi en prison. J’ai été éduqué à discerner le bien du mal avant d'être libéré. Et quand je suis rentré, j'ai pensé qu'il serait bon d'aborder la personne à qui j'ai fait de mauvaises choses et demander son pardon. Je lui ai dit que je me tenais près d'elle, avec tous les moyens à ma disposition. Mon propre père a été impliqué dans le meurtre de ses enfants. Quand j'ai appris que mes parents avaient agi méchamment, j’ai sincèrement demandé son pardon, pour ce crime aussi. »

KAMPUNDU: «Des hommes traquaient mon mari. Ils l’ont retrouvé un jour dans sa cachette, ils l’ont tué. C’était un mardi. Le mardi suivant, ils sont revenus pour tuer mes deux fils. Alors que j'espérais que mes filles, elles,  allaient être sauvées, ils les ont retrouvées dans le village de mon mari : elles ont toutes tuées. Je n'étais pas en mesure de les retirer de trou dans lequel ils les ont jetées. Je me suis alors agenouillé aux abords, puis j'ai prié pour elles, avec mon jeune frère. Ensuite, nous avons rempli le trou de sable.

Si j’ai pardonné tout ça, c’est parce que quoi qu’il en soit je n'aurais jamais pu retrouver mes enfants que j’ai perdus. A l’époque, je ne pouvais pas imaginer que j’ai aurais pu vivre seule, sans ma famille. Dans ma tête, je me demandais si je tombais malade qui s’occuperait de moi, et si j’avais des difficultés, à qui allais-je demander de l’aide. Malgré tout ça, j’ai préférer pardonner les bourreaux de ma famille. »

 

HABYARIMANA: «Lors que le Président Kagamé a déclaré que les prisonniers qui plaideraient coupable et demanderaient  pardon seraient libérés, j’étais parmi les premiers à le faire. Mère Mukabutera Césarée ne pouvait pas imaginer que j’étais impliqué dans les meurtres de ses enfants, mais je lui ai dit ce qui s'est passé. Quand elle m'a accordé le pardon, toutes les méchancetés qui étaient en moi ont subitement disparu. »

MUKABUTERA: « Beaucoup d'entre nous a connu les maux de la guerre à plusieurs reprises. Je me suis dis que cela ne servais à rien de venger votre bien-aimé, car cela ne vous le ramènerait jamais. Nous avons fini par intégrer que nous sommes tous des Rwandais, même s’il nous a fallu du temps pour cela. Le génocide est dû à la mauvaise gouvernance qui a monté des voisins, des frères, des sœurs, les uns contre les autres. Maintenant, quand vous acceptez et vous pardonnez, la personne que vous avez pardonnée devient un bon voisin. On se sent ainsi en sécurité, plus serien, et regarde vers l’avenir ».

 

NTAMBARA: « J'ai participé à l'assassinat du fils de cette femme. Nous sommes maintenant membres d'un même groupe d’unité et de réconciliation. Nous partageons tout; si elle a besoin de boire de l'eau, je vais lui en chercher. Il n'y a pas de suspicion entre nous, ni le jour ni la nuit. Je faisais souvent des cauchemars rappelant qui me replongent dans les tristes événements que j'ai vécu, mais maintenant je dors tranquillement. Et quand nous sommes ensemble, nous sommes comme frère et sœur, aucune suspicion entre nous. »

MUKAMUSONI: "Il a tué mon enfant, puis il est venu me demander pardon. Je lui ai tout de suite pardonné parce qu'il ne l’a pas fait de son propre gré, il était hanté par le diable. Je suis heureux qu’il m’avoue son crime. C’est mieux que de garder ça dans son cœur. Avant que je ne lui pardonne, il ne pouvait pas regarder en face. Je le traitais comme mon ennemi. Mais maintenant, je préfère le traiter comme mon propre enfant. »

 

NDAHIMANA: « Le jour où j'ai demandé pardon, je me suis senti soulagé et apaisé. J'avais perdu mon humanité en raison du crime que j'ai commis, mais maintenant je suis comme tout être humain. »

MUNGANYINKA: «Après avoir été chassé de mon village par Dominique et d’autres pilleurs, je suis devenu sans abri. Plus tard, quand il m’a demandé pardon, j'ai dit: «Je n'ai rien pour nourrir mes enfants. Allez-vous nous aider ? Allez-vous construire une maison pour eux? La semaine suivante, Dominique est revenu avec quelques survivants et d'anciens prisonniers qui ont commis le génocide. Ils étaient plus 50 personnes. Ils ont reconstruit ma maison. Depuis lors, j'ai commencé à me sentir mieux. J'étais comme un bâton sec; maintenant je sens la douceur, l’apaisement dans mon cœur, et je partage cette paix avec mes voisins. »

 

NSABIMANA: "J'ai participé à la destruction de sa maison parce que nous pensions que son propriétaire était mort. En effet, on détruisait systématiquement les maisons abandonnées ou dont les propriétaires sont mort, pour en faire du bois de chauffe. Son pardon m'a prouvé qu'elle est une personne de bon cœur ».

MUKARWAMBARI: «Si vous n’êtes pas têtu, la vie devient facile pour vous. Quand quelqu'un vient vous voir sans haine, malgré les choses horribles se sont passées, c’est parce qu’il a l’espoir que vous allez bien l’accueillir. Le pardon est égal à la miséricorde. »

The New York Times Magazine (Traduction Afrique Connection)

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