JÉRUSALEM: TRUMP EMBRASE LE PROCHE-ORIENT ET EMBARRASSE LE MONDE

Afrique Connection | 07 / 12 / 2017 à 10:15

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Donald Trump brandit la déclaration solennelle selon laquelle les Etats-Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d'Israël. 

Depuis l'avènement de Trump à la Maison Blanche, le monde redoutait ce cataclysme. Il avait bien raison. Car le président américain, sans surprise finalement, a surgi là où tout le monde l'attendait : la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

 

C'est une décision grave, parce que Jerusalem est un dossier épineux, ultra-sensible qui, depuis 70 ans, suggère d'être manié avec beaucoup de précautions. C'est une décision grave, parce qu'elle est unilatérale. C'est aussi une décision historique, parce que , jamais avant Trump, un président américain n'avait soutenu l'ami Israël jusqu'à lui reconnaître le droit d'ériger la très litigieuse Jerusalem comme capitale.

« L’heure est venue pour les États-Unis de  reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Alors que les présidents précédents avaient fait cette promesse de campagne, ils ont échoué à l’honorer. Aujourd’hui, je l’honore », a martelé Donald Trump dans d’une brève allocution.

Le Hamas, en guise de réponse, affûte déjà ses armes pour renouer avec l’intifada

Depuis la naissance d’Israël en 1948, Jérusalem est au cœur de l’imbroglio géopolitique entre Israéliens et Palestiniens. La ville a été divisée à l’issue de la première guerre israélo-arabe, en 1948. Mais elle sera réunifiée par force, en 1967, à la fin de la guerre de 1967.

Aujourd'hui encore, son statut est au cœur des discussions de paix au Proche Orient. Israël la revendique comme capitale. La Palestine, de son côté, exige un partage de la ville : elle revendique la partie est pour en faire sa capitale. Mais Israël a toujours exclu cette option.

Mercredi, Donald Trump a beau s'efforcer d'afficher une posture conciliante en soutenant par exemple que « les États-Unis restent déterminés à aider à faciliter un accord de paix acceptable pour les deux parties », le mal est déjà fait.

« Nulles et non avenues », «Injustifié», « irresponsable », « une violation du droit international et de la charte des Nations unies »

 

Car en Palestine, le Hamas, en guise de réponse, affûte déjà ses armes pour renouer avec l’intifada.

 

Partout ailleurs, chez les voisins du Proche-Orient, mais aussi dans le monde, la décision unilatérale de Donald Trump fait jaser.

 

L’Arabie saoudite fustige une posture « injustifiée et irresponsable », alors que l'Iran parle carrément de « provocation » qui va « pousser à des comportements plus radicaux et à davantage de colère et de violence ».

Le gouvernement de Jordanie, pays gardien des lieux saints musulmans à Jérusalem, a dénoncé « une violation du droit international et de la charte des Nations unies », précisant que le statut de Jérusalem doit être décidé via des négociations, et considère toutes les mesures unilatérales visant à imposer des réalités nouvelles sur le terrain comme nulles et non avenues ».

La Turquie condamne une décision « irresponsable » « contraire au droit international et aux résolutions de l’ONU ».

«Je veux être clair : il n’y a pas d’alternative à une solution à deux États. Il n’y a pas de plan B » (SG ONU)

L'ONU est l'une des premières voix à se faire entendre. « Je me suis toujours opposé aux mesures unilatérales susceptibles de compromettre le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Le statut de Jérusalem est un problème qui doit être résolu à travers des négociations directes entre les deux parties, sur la base des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale de l’ONU, et en prenant en compte les préoccupations légitimes des Palestiniens et des Israéliens. Dans ce moment de grande inquiétude, je veux être clair : il n’y a pas d’alternative à une solution à deux États. Il n’y a pas de plan B. », a martelé avec fermeté le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

En Europe, la décision du président américain fait également enrager.

« C’est une décision regrettable, que la France n’approuve pas et qui contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU », a souligné pour sa part le Président français Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse à Alger.

« Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute la communauté internationale, le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l’égide des Nations unies. », a t-il insisté.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que le gouvernement ne soutent pas non plus la décision de Donald Trump. Pour elle aussi, le statut de Jérusalem « ne peut être négocié que dans le cadre d’une solution de deux États ».

D'autres leaders auropéens comme Theresa May, la première ministre britannique, Paolo Gentiloni , le chef du gouvernement italien, ont levé de la voix pour désapprouver la posture unilatérale du président américain.

« Une décision qui ne fera qu'accroître les tensions dans la région et au-delà » Commission UA)

En Afrique aussi, c'est l'indignation.

L'Union africaine a réitéré sa solidarité avec le peuple palestinien et son soutien à sa quête  d’un État indépendant ayant Jérusalem-Est comme capitale. C'est pourquoi la commission de l'UA regrette « une décision qui ne fera qu'accroître les tensions dans la région et au-delà ».

Le Maroc, qui est à la tête du comité Al Qods -Jérusalem en arabe- au sein de  l'Organisation de coopération islamique, a convoqué le chargé d'affaires américain à Rabat pour lui exprimer sa profonde inquiétude. 

Le Maroc « réitère son plein soutien aux Palestiniens pour qu'ils recouvrent leurs droits légitimes », selon un communiqué.

D'après des réactions recueillies par notre confrère RFI,, la Tunisie dénonce une « atteinte primordiale au statut juridique et historique de la ville et une violation des décisions de l'ONU ». Et l'Algérie, elle « en appelle à la nation arabe, la umma islamique, et à la communauté internationale, à se mobiliser pour le respect des droits nationaux des Palestiniens et du statut international de la ville sainte ».

Au Sénégal, le collectif Solidarité Sénégal Palestine qui milite pour une solution à deux Etats, condamne aussi « fermement » la décision du président américain.

La Ligue arabe (samedi) et l'OCI (le 13 décembre) convoquent chacun de son côté une réunion d'urgence.

Bref, en reconnaissant unilatéralement Jerusalem comme capitale d'Israel, Donald Trump vient sans doute de lancer un nouvel épisode de la longue et timultueuse histoire Israelo-Palestinenne. Sa grave décision  risque à nouveau d'embraser tout le Proche-Orient. Mais, déjà, elle embarrasse le monde entier.  

Thierno DIALLO, Afrique Connection  

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