"Pourquoi j'ai pas mangé mon père" : le navet totalement indigeste de Debbouze

Afrique Connection | 08 / 04 / 2015 à 07:56

Extrait de "Pourquoi j'ai pas mangé mon père"

Extrait de "Pourquoi j'ai pas mangé mon père" (Capture d'écran)

Insipide, sans charme et gesticulant : le film d'animation de Jamel Debbouze, adapté du best-seller de Roy Lewis, est mauvais.

Tout ça pour ça ! Sept ans de production, huit scénaristes, plus de 30 millions d’euros de budget et, à l’arrivée, ce truc hystérique et insipide.

Le changement de titre dit bien la nature de l’entreprise. Ajouter une négation et une faute de français à "Pourquoi j’ai mangé mon père", c’est gommer l’ironie loufoque du best-seller de Roy Lewis pour mettre sa notoriété au service exclusif de Jamel et de ses sempiternelles approximations de langage. Le comique du film se résume à un salmigondis assourdissant de néologismes, jeux de mots ratés et borborygmes. "C’est pour les enfants", nous répondrait l’intéressé. Les enfants ne méritent pas ça.

Edouard est le rejeton malingre de Siméon, le roi des Simiens. Banni par les siens à sa naissance, il perd l’usage d’une main en échappant de peu à la mort avant d’être recueilli par Ian, un grand couillon issu d’une caste inférieure. Devenu grand, Edouard renoue avec sa tribu et découvre un peuple rongé par la peur et l’immobilisme dont il va bouleverser les coutumes et croyances.

Artistiquement foiré

Du roman d’origine, Jamel et ses auteurs n’ont repris que les grandes lignes : le contexte préhistorique, les anachronismes, l’opposition progressistes-réactionnaires. Pour en faire quoi ? Un autoportrait de la star ! Jamel/Edouard part mal dans la vie, mais on ne la lui fait pas. Il découvre le feu, séduit la plus belle des primates (sa femme, Mélissa Theuriau), invente la marche bipède, le baiser, le débat démocratique. Il est le pré-homme providentiel qui fait fi des Zemmour de mauvais augure et remet la pré-humanité sur le droit chemin du progrès.

Mégalo, Jamel ? C’est pour rire. Seulement ce n’est pas drôle, ou si peu. Les penchants infantiles et consensuels de l’humoriste ont eu raison de sa folie et de son impertinence. Manger son père, c’est pas bien. Le courage et la tolérance, c’est mieux. Comprenez-le, il faut des millions d’entrées pour amortir un tel budget. Le film a été tourné en performance capture, technique qui permet de fusionner le jeu d’acteurs réels et des personnages créés en animation numérique. Techniquement, c’est carré. Artistiquement, c’est foiré. Aucun charme, aucune poésie. Deux, trois gags surnagent, on a à peine le temps de les apprécier.

Ça s’agite, ça va vite, on reconnaît en Vladimir, le chambellan de Siméon, les traits et la voix de Louis de Funès (c’est un imitateur), on compte les classiques de Barry White et de Stevie Wonder qui s’enchaînent sur la bande-son. Elle finit quand, cette bande-annonce ? Sous son vernis technologique (la 3D ne sert à rien), ses semblants de personnages et ses épuisantes gesticulations, "Pourquoi j’ai pas mangé mon père" cache un piètre one-man-show.

Le Nouvel Observateur

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