C'est son histoire

Seydou, 23 ans, étudiant, Nanterre: «De retour au Mali, je me suis senti étranger dans mon pays»

Afrique Connection | 08 / 08 / 2018 à 03:47

Voici est l'histoire d'un jeune malien vivant en France et qui a le sentiment d'être rejeté par les siens quand il y retourne, d'être étranger dans son propre pays.

«J’ai passé mon enfance à Tombouctou, dans le nord du Mali. Le "vivre ensemble" était indépassable. On partageait les joies comme les peines collectivement. On m’avait habitué à dire bonjour aux gens que je croisais et je connaissais le nom, le prénom et l’histoire de chacun.

Quand j’ai eu mon bac, mon beau-père m’a proposé de venir vivre en France pour parfaire mon français et élargir mes connaissances. Mon père trouvait l’idée ridicule. Pour lui, on ne quittait pas Tombouctou pour chercher le savoir ailleurs. On venait à Tombouctou, ville universitaire, pour chercher le savoir. Ma grand-mère était, elle, terrifiée à l’idée de me voir marié à une Blanche. Malgré tout, j’ai décidé de partir.

«Le jour du départ, j’étais aveuglé par l’excitation, mon père par la colère, ma mère par la fierté et ma grand-mère par la peur. A tout juste 18 ans, je n’avais pas conscience du tournant que ma vie allait prendre. En arrivant chez mon oncle, dans l’Oise, j’ai eu une impression de déjà-vu, sans doute à cause de mes nombreuses recherches sur Internet. Venant d’une société altruiste, je me suis retrouvé à mener un train de vie individualiste et capitaliste.

Trois années se sont écoulées. J’ai intégré assez rapidement le mode de vie français, tout en restant fidèle à mes valeurs conservatrices : j’ai continué à prier cinq fois par jour, je n’ai pas mangé de porc, pas bu d’alcool, et je n’ai pas fait l’amour hors mariage.

«Puis est venu le jour du retour. J’étais impatient. Mais la joie de l’atterrissage a vite laissé place à la frustration. Dépaysé et dérouté, je me sentais étranger dans mon pays. J’étais surnommé "le Français". Leur rejet n’enlevait rien à mon bonheur de retrouver des habitudes oubliées.

Toutefois, certaines coutumes m’étaient devenues insupportables ! J’étais fatigué par les innombrables visites que je me sentais obligé de rendre à mes proches. Les mariages étaient trop bruyants et les causeries nocturnes au "grin" [lieu de débats, ndlr] me paraissaient si futiles ! Au bout de deux semaines, j’ai quitté le Mali avec satisfaction mais aussi un grand chagrin. Maintenant, j’habite en France avec ma petite sœur que j’ai faite venir. Elle aussi sera bientôt entre deux pays.» Avec Libération 

C'est son histoire

Seydou, 23 ans, étudiant, Nanterre: «De retour au Mali, je me suis senti étranger dans mon pays»

Afrique Connection | 08 / 08 / 2018 à 03:47

Voici est l'histoire d'un jeune malien vivant en France et qui a le sentiment d'être rejeté par les siens quand il y retourne, d'être étranger dans son propre pays.

«J’ai passé mon enfance à Tombouctou, dans le nord du Mali. Le "vivre ensemble" était indépassable. On partageait les joies comme les peines collectivement. On m’avait habitué à dire bonjour aux gens que je croisais et je connaissais le nom, le prénom et l’histoire de chacun.

Quand j’ai eu mon bac, mon beau-père m’a proposé de venir vivre en France pour parfaire mon français et élargir mes connaissances. Mon père trouvait l’idée ridicule. Pour lui, on ne quittait pas Tombouctou pour chercher le savoir ailleurs. On venait à Tombouctou, ville universitaire, pour chercher le savoir. Ma grand-mère était, elle, terrifiée à l’idée de me voir marié à une Blanche. Malgré tout, j’ai décidé de partir.

«Le jour du départ, j’étais aveuglé par l’excitation, mon père par la colère, ma mère par la fierté et ma grand-mère par la peur. A tout juste 18 ans, je n’avais pas conscience du tournant que ma vie allait prendre. En arrivant chez mon oncle, dans l’Oise, j’ai eu une impression de déjà-vu, sans doute à cause de mes nombreuses recherches sur Internet. Venant d’une société altruiste, je me suis retrouvé à mener un train de vie individualiste et capitaliste.

Trois années se sont écoulées. J’ai intégré assez rapidement le mode de vie français, tout en restant fidèle à mes valeurs conservatrices : j’ai continué à prier cinq fois par jour, je n’ai pas mangé de porc, pas bu d’alcool, et je n’ai pas fait l’amour hors mariage.

«Puis est venu le jour du retour. J’étais impatient. Mais la joie de l’atterrissage a vite laissé place à la frustration. Dépaysé et dérouté, je me sentais étranger dans mon pays. J’étais surnommé "le Français". Leur rejet n’enlevait rien à mon bonheur de retrouver des habitudes oubliées.

Toutefois, certaines coutumes m’étaient devenues insupportables ! J’étais fatigué par les innombrables visites que je me sentais obligé de rendre à mes proches. Les mariages étaient trop bruyants et les causeries nocturnes au "grin" [lieu de débats, ndlr] me paraissaient si futiles ! Au bout de deux semaines, j’ai quitté le Mali avec satisfaction mais aussi un grand chagrin. Maintenant, j’habite en France avec ma petite sœur que j’ai faite venir. Elle aussi sera bientôt entre deux pays.» Avec Libération 

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