sur les routes de campagne

SONKO- WADE: l'imminence de l'alliance tant redoutée par Macky (Deux indices évocateurs)?

Afrique Connection | 09 / 02 / 2019 à 11:51

Depuis le retour de l'ancien président du Sénégal, la campagne présidentielle a pris une nouvelle tournure. Wade a dans un premier temps mis du "feu" à Dakar, avant d’éteindre l’incendie quelques heures plus tard à Touba. Un revirement qui coïncide avec la surprenante annonce par le candidat Ousmane Sonko, quelques heures plutôt dans la journée d'hier, de la suspension de sa campagne pour remonter sur Dakar afin d'y rencontrer Wade. Une coïncidence du calendrier qui interroge forcément, et qui ouvre la perspective d'une détonante alliance politique entre ce vieux briscard et ce jeune loup qui n'arrêtent plus de dire publiquement leur admiration réciproque et de brandir les "similitudes" dans leur combat politique.

 

Si l'un et l'autre en sont venus soudainement à changer de discours et de cap pour improviser une audience en urgence, alors que la précieuse campagne électorale bat son plein, c'est que forcément ils ont quelque chose de très important à discuter, à mettre au point, à monter. On sait que Wade ne veut pas de l'élection et fait tout pour la saboter. Mais on sait également que son poullain Sonko ne désepère pas de le convaincre à accepter la tenue de cette élection avec ses imperfections dénoncées ça et là et surtout de soutenir sa candidature.  

Tout laisse croire en tout cas qu'au sortir de cette audience on se dirigerait vers le premier gros coup de théâtre de cette première semaine de campagne: l'officialisation d'une alliance entre le chantre du sopi et le chef des Patriotes. 

Deux indices accréditent avec force cette hypothèse: 

Le candidat de la coalition Sonko Président a soudain suspendu sa campagne en annonçant un rendez-vous avec "gorgui" sur Dakar, ce samedi. À l'instar des autres candidats de l'opposion,  Sonko a toujours opposé une fin de non recevoir au desiderata de Wade de verser du sable dans le couscous de la présidentielle sous le seul prétexte que son fils de candidat n'a pas obtenu sa part.

On voit donc mal Sonko, après une première belle semaine de campagne, pour quelle raison suspendait-il subitement sa tournée si le jeu n'en valait pas la chandelle; bref s'il n''avait pas la garantie de décrocher à l'arrivée la très convoitée (par les autres candidats de l' opposition, Idy notamment) et  redoutée (par le candidat sortant Macky Sall) alliance avec Wade.

De son côté, Abdoulaye Wade, lors de sa visite à Touba hier, a mis de l'eau dans ses propos de feu débités la veille. Alors que jeudi soir il avait appelé ses partisans à brûler leurs cartes et le matériel électoral, il a minimisé sa sortie une fois  dans la capitale du mouridisme en soutenant qu'il n'avait jamais appelé à la violence.

Qui sait, peut-être qu'après l'indignation générale qu'a suscitée sa sortie, le retraité sénégalais le plus actif a réalisé qu'il était en train de filer du mauvais coton; que sa posture guerrière risquait de mettre le Sénégal à feu et à sang dans les prochains jours. Et il serait le premier responsable de qui en adviendrait.

La nuit portant conseil, "gorgui" a dû ressasser tout ça. Et que, donc, il s'est résolu à adoucir ses ardeurs, en balisant d'autres voies et moyens qui pourraient l'aider à assouvir pacifiquement son ultime rêve: "dégager Macky" sans effusion de sang; aller au palais (retourner avec procuration, en tant que faiseur de roi)  "sans marcher sur des cadavres", comme il a répété devant le khalife général des mourides vendredi soir. 

En sus, il ne faut pas perdre à l'esprit que l'ancien président avait annoncé depuis son "palais" doré de Versailles, l'avant-veille de son retour triomphal à Dakar, qu'il avait un plan d'actions ficelé en trois phases: avant, pendant et après le scrutin. Il n'en avait pas donné les détails. Mais, à léviednce, ce n'est pas un plan figé. Gorgui, en vrai renard politique, l'adapte en fonction des circonstances de l'heure.

Dans tous les cas, si cette alliance Sonko- Wade se confirme, ce serait le premier grand tournant de la campagne électorale. Ce serait aussi un véritable pied de nez à Macky Sall, c'est sûr, mais aussi à Idrissa Seck qui a repris du poil de la bête en bénéficiant du soutien des principaux candidats recalés et de têtes fortes de l'opposition. Ce serait une autre campagne qui va démarrer. Rien ne sera plus comme avant. Dans le bras de fer avec le président sortant, mais aussi dans la concurrence jusque-là saine et loyale entre les quatre candidats de l'opposition, surtout entre Idy- et Sonko qui font aujourd'hui figures de challengers les plus redoutés par Macky Sall. 

Thierno DIALLO, Afrique Connection

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