La diaspora africaine a-t-elle son mot à dire sur la politique du continent ?

Afrique Connection | 10 / 08 / 2017 à 01:59

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Les manifestants gabonais sur le Parvis des droits de l’homme à Paris.

Les élections présidentielles sur le continent noir représentent un sujet très sensible. Elles sont l’espoir de toute une génération en quête de démocratie, ou encore la crainte d’une crise ou même de guerre civile. Pendant qu’en occident et dans la majorité des pays développés, la transition politique se fait presque sans problème et passe inaperçue.

Pour la majorité des africains résidant sur le continent, la diaspora ne sait pas quelles sont les réalités locales et par conséquent ne devrait pas se prononcer sur les affaires du pays. Cet argument est souvent celui des partisans du pouvoir en place. Globalement, en Afrique la diaspora est perçue comme étant de l’opposition. Qu’est-ce qui peut bien justifier ce phénomène ?

La diaspora pilier économique : le cas du Nigéria

Si pour certains Africains le droit de vote de la diaspora est un acquis. Ce n’est pas le cas sur la majorité du continent. En effet, le Nigeria, première puissance économique africaine et pays le plus peuplé n’accorde pas ce droit à ses ressortissants.

Pourtant, les nigérians vivant à l’étranger ont démontré leur capacité à apporter des contributions importantes pour le développement de leur pays.

En 2015, des millions de Nigérians de la diaspora auraient envoyé 21 milliards de dollars dans leur pays. L’État nigérian a lui-même contracté un prêt de 300 millions de dollars auprès des Nigérians établis à l’étranger. La diaspora Nigériane représente un pilier pour l’économie nationale. Cette même diaspora se bat toujours pour son droit de vote.

Dans son ensemble, la diaspora africaine contribue positivement à l’économie du continent, au Sénégal par exemple les autorités estiment qu’en 2010 les Sénégalais de l’étranger auraient inséré dans le pays près de 560 milliards de FCFA, soit 15% du PIB.

La diaspora, synonyme d’opposition politique

Si les Africains de l’étranger représentent une force économique, ils représentent aussi un danger politique pour la plupart des pouvoirs en place. Depuis quelques années les mouvements de contestation naissent en occident. La diaspora n’est pas sujette aux mêmes restrictions de liberté d’expression ou de liberté de presse. Beaucoup de ces africains sont des « réfugiés politiques », fuyant un régime qui les oppresse.

Elle représente donc un obstacle pour certains gouvernements à légitimité douteuse, comme le Gabon ou encore la République démocratique du Congo (RDC). À Paris, les ressortissants de la RDC ou encore du Gabon font entendre leur mécontentement par le boycott d’événements ou même la traque de personnalités publiques séjournant dans la capitale française.

“Vous nous empêchez de rêver, on vous empêchera de dormir”, tel est le slogan des jeunes gabonais désireux de changement dont la seule force est leur mouvement de protestation à l’étranger.

Le droit de vote de la diaspora

Au vu de cette position stratégique et de la force économique que représente la diaspora, certains gouvernements ont décidé de leur accorder un droit de participation à la vie politique de leur pays. Ainsi, en 2013, 36 des 57 pays africains reconnus par l’ONU ont adopté une législation permettant à leurs ressortissants le droit de voter dans leur pays de résidence.

L’Éthiopie, la Gambie, le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Nigéria, l’Ouganda, la RDC, la Somalie, la Tanzanie, les Seychelles, ou encore le Sahara occidental, sont les pays en attente de législation permettant à ses ressortissants de participer aux élections de leur pays à l’étranger.

Le droit de vote de la diaspora semble indispensable car celle-ci a le potentiel de contribuer au développement et au changement du continent et par conséquent devrait avoir un mot à dire quant à l’avenir de celui-ci.  Africpostnews

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