La drôle d'interdiction du président- fondateur de PASTEF à ses militants: OUSMANE SONKO, UN DICTATEUR ÉMERGENT?

Afrique Connection | 11 / 04 / 2017 à 09:44

Le parti "Pastef Les Patriotes du Sénégal", s'est fendu lundi d'un mystérieux communiqué pour livrer un curieux message à ses militants. Cette nouvelle formation, qui pourtant a fait de la rupture avec le système en place un sacerdoce, interdit subitement ses militants de débattre sur les "places ouvertes" (réseaux sociaux), des questions "intéressant" leur parti, les alliances politiques notamment. Et gare à ceux qui transgresseront cette ligne rouge. Mais quelle est donc cette raison (non précisée sur le communiqué) qui motive cette mesure paradoxale d'Ousmane Sonko et son équipe? Afrique Connection vous apporte la réponse.

 

Dans un très mystérieux communiqué, rendu public lundi, le parti dirigé par Ousmane Sonko, Pastef Les Patriotes du Sénégal, "appelle tous ses membres et militants à ne plus, sur les places ouvertes, aborder cette question" (les alliances en vue des Législatives de juillet).

 

En réalité, c'est une détonante "lettre ouverte" à l'endroit d'Ousmane Sonko 
 

Plus haut, le comité de pilotage qui signe le texte écrit: "L'interpellation qui a justifiée les réponses et échanges sur les réseaux sociaux n'est ni adressée ni destinée au Parti ni à son leader. Les questions intéressant notre Parti sont toujours abordées au Sénégal ou à l'étranger dans les cadres conçus et consacrés pour, dans des débats contradictoires mais emprunts de respect, d'intimité attachée aux décisions internes du Parti et de conformité aux valeurs gouvernant le fonctionnement de PASTEF."


Quelle est donc cette "interpellation" (non précisée dans le texte) qui a poussé ce nouveau parti à adopter soudainement une mesure qui va aux antipodes des valeurs de démocratie et de propreté qu'il dit vouloir incarner?

En réalité, c'est une détonante "lettre ouverte" à l'endroit d'Ousmane Sonko qui a mis le feu aux poudres. Elle est signée depuis Paris par Cheikh Tidiane Sall, un de ses premiers militants en France et qui, par ailleurs, dirige actuellement le Front Manko Wattu Sénégal en France avec évidemment sa casquette de représentant de Pastef.

Que dit-il dans cette tribune relayée par Afrique Connection dimanche et qui suscite actuellement un débat pimenté dans les réseaux sociaux?
En substance, Cheikh Tidiane Sall appelle son président à se joindre à la dynamique qui veut une liste unique de l'opposition et des mouvements citoyens, en vue des Législatives du 30 juillet prochain. Il appelle donc Ousmane Sonko, réfractaire à cette perspective au nom d'une certaine éthique, au réalisme politique. Car, comme tant d'autres, Cheikh Tidiane Sall est convaincu que sans cette liste unique l'opposotion ne parviendra à son rêve de cohabitation.

A (re)lire ici la dite-tribune: L'appel solennel de Cheikh Tidiane Sall à son président Ousmane Sonko pour rejoindre la proposition de liste unique de l'opposition

"Si vous envisagez une alliance avec ABDOUL MBAYE, vous pouvez être dans une liste avec le PDS et les autres...", martèle notamment Cheikh Ahmed Tidiane Sall à l'atention de son président.

"Vous ne devez être dans aucune stratégie qui pourrait faire gagner par ricochet le pouvoir actuel", conseille t-il.

Un énorme buzz dans les réseaux sociaux

Sa sortie publiée dimanche dans ces colonnes a fait énormément de buzz dans les réseaux sociaux. Et continue de suciter un débat passionné. Militants ou sympathisants de Pastef, mais aussi partisans d'autres formations de l'opposition ou de mouvements citoyens ont commenté sa tribune.

D'aucuns ont approuvé son appel à Sonko dans le sens où la liste unique serait une chance de victoire pour l'opposition. En revanche, d'autres défendent plutôt qu'Ousmane Sonko doit rester sur sa logique pour être conséquent avec lui-même, quoi que cela puisse lui coûter politiquement.

Cette sortie de Chiekh Ahmed Tidiane Sall, et les commentaires contradictoires sur Facebook entre militants et sympathisants de Pastef les Patriotes, ont en tout cas eu le don de révéler au grand jour que la tendance de l'ancien inspecteur des impôts à choisir ses alliés politiques n'agrée pas tout le monde.

A (re)lire également: Sénégal: une pétition initiée à Paris en soutien l'inspecteur Ousmane Sonko

De même, cet épisode a également eu le don de dévoiler des facettes d'Ousmane Sonko jusque-là non soupçonnées par le grand public: celles qui veulent museler la liberté d'expresson de ses ouailles en voulant les contôler jusque dans les réseaux sociaux, que tous ses partisans se mettent au garde-à vous de son "président fondateur" sans discuter ni contester ses décisions, en se contentant de la seule position officielle du parti...


"C'est à un titre officiel que le Parti PASTEF-Les Patriotes s'exprime sur la question des alliances. Nous sommes un parti bien structuré avec des organes vitaux et fonctionnels qui analysent toutes les questions internes ou externes au Pastef, politiques, économiques, sociales, institutionnelles", est-il marleté dès l'introduction du communiqué.

Une posture très surprenante et paradoxale de la part d'Ousmane Sonko

"Le Parti prend en charge, dans le cadre du COPIL et de la démocratie interne, la question des alliances et coalitions possibles dans le respect strict de sa ligne politique", assène Ousmane Sonko et son équipe, en fin de texte.

Avant de brandir le sabre: "toute décision contraire à cette voie tracée appellera des avis concertés de tous les organes du Parti. Nous vous appelons à cette discipline interne (...)".

C'est une bien étrange posture et non moins très surprenante de la part d'un homme politique qui se dit neuf, propre, et qui prône la démocratie, la transparence et la liberté d'expression. Une liberté d'expression qu'il a pourtant bien usé pour éventrer des "secrets professionnels" et qui lui a valu d'être radié de la fonction publique. Le paradoxe. Alors, Ousmane Sonko, un dictateur émergent?

Thierno DIALLO pour afriqueconnection.com 

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