Hadja Rabiatou Sérah Diallo: l'histoire de cette icône de la vie publique guinéenne, au cœur de tous les combats de Sékou Touré à Alpha Condé

Afrique Connection | 12 / 08 / 2016 à 10:08

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Hadja Rabiatou Sérah Diallo, Présidente du Conseil économique et social de Guinée/Photos Afrique Connection

Syndicaliste, féministe, Présidente du Conseil national de Transition, Présidente du Conseil économique et social… au fil des décennies, Hadja Rabiatou Sérah Diallo a gravi une à une tous les échelons de la vie politico- publique de la Guinée. Du régime de Sékou Touré à celui d’Alpha Condé, elle a pesé de toutes ses forces pour apporter sa part de contribution dans tous les combats syndicaux, mais aussi pour l’émancipation de la femme guinéenne et la construction de la démocratie dans son pays. Qui est cette femme aux origines modestes mais à l’appétit sans limite quand il s’agit de se battre pour son pays son pays ? Quel est son parcours ? Quel en a été le prix ? Afrique Connection vous en apporte des éléments à travers ce portrait/interview de Hadja Rabiatou Sérah Diallo.

Hadja Rabiatou Sérah Diallo est née le 31 décembre 1949 à Mamou, région du Fouta-Djallon. Après une formation professionnelle en secrétariat, Mme Diallo obtient son premier job à la Présidence de la République en 1966.

Très engagée, et se sentant « exploitée », la désormais Présidente du conseil économique et social –CES- reprend le chemin de l’école et change de statut pour devenir greffier de justice au tribunal régional de Conakry I où elle a commencé à militer dans la section syndicale en 1969. À son bas âge, Hadja Rabiatou ambitionne de lutter contre l'injustice. « Et j'ai estimé que la seule organisation où je pouvais défense les sans voix, c'était le mouvement syndical », a-t-elle confié.

Le destin du leader Sérah Diallo s’est révélé en 1985 quand elle a été portée au bureau exécutif de la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), en tant que responsable du département des femmes.

Militante engagée, elle a gravi tous les échelons jusqu’à se hisser au sommet de la confédération nationale des travailleurs de Guinée  (CNTG). Voulant défendre les intérêts des femmes qui étaient peu présentes au sein du mouvement syndical, Mme Diallo a jugé nécessaire de retrousser les manches pour combattre auprès des hommes afin d'atteindre son but.

Ceci, justifie cette mère de six enfants, « parce que je ne voulais pas de poste affaires sociales qui signifie chez nous, servir les jus, aller au baptême ou au mariage. Pourtant, c'est un domaine plus vaste où on peu faire mieux. Je me suis dis qu'il fallait que je sois là pour mobiliser les femmes pour toucher la réalité de doigts et qu'elles sachent pour défendre leurs intérêts, il faut qu'elles acceptent d'être dans le mouvement syndical ».

Le destin du leader Sérah Diallo s’est révélé en 1985 quand elle a été portée au bureau exécutif de la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), en tant que responsable du département des femmes. Soutenue à la tête de la CNTG en 2000, et orientée au poste de secrétaire au sein du puissant mouvement syndical en 2005, 2006 et 2007, Hadja Rabi a occupé des fonctions dans de nombreuses organisations nationales, africaines et internationales.

Hadja Rabi et son amour syndical!

Pourquoi cet amour fidèle au syndicalisme ?

Sourire !!! Le syndicalisme, parce que là, je me sentais vraiment dans mon milieu. Là, c’est cartes sur table. Nous discutons et nous pouvons nous prendre au collet, mais il n’y a pas de rancune ni d’ethnocentrisme. Et je me suis formée sur le tas parce que je n’ai pas fait des études supérieures, mais j’avoue qu’au sein du mouvement syndical, j’ai eu beaucoup de formations qui m’ont permis aujourd’hui d’accéder à des postes de responsabilités sur le plan national, africain et international.

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans ce milieu ?

C’est la sincérité, l’honnêteté et de vouloir défendre les intérêts des travailleurs et de leurs familles. Ça m’a beaucoup marqué. C’est aussi le fait que peu de femmes s’intéressaient au mouvement syndical. Ainsi, il fallait lutter, former et organiser les femmes par corps de métier pour qu’elles acceptent d’intégrer le mouvement. Elles pensaient toujours que le syndicaliste c’est une affaire des hommes, mais j’avoue qu’avec le temps, depuis que l’organisation de l’unité syndicale africaine a recommandé à toutes les organisations de créer les commissions nationales des femmes travailleuses, on s’en est inspiré.

Personnellement, j’ai fait des voyages d’études au Zaïre où les femmes étaient très impliquées, et les femmes togolaises étaient très inspirées dans le mouvement syndical. Par la suite, nous avons fait notre plan d’action qui a bien marché, puis la commission nationale des femmes a été créée. (…)

Le comité révolutionnaire des femmes est venu de la mise en place de la commission des femmes travailleuses à la bourse du travail de Guinée.

Tous les chefs qui ont réussi, quand ils sont confrontés à des difficultés sous l’arbre à palabre, ils disent « attendons demain, la nuit porte conseil. » Aucune nuit ne porte conseil. C’est pour aller sous l’oreiller demander conseils à son épouse, le lendemain il vient avec une solution toute faite. Et avec ça, on continue à exploiter la femme.

Femme, ménage, postes de responsabilités... Comment conciliez-vous toutes ces conditions et occupations quotidiennes?

J’arrivais à les concilier parce qu’il y avait de la volonté. Parmi les priorités, je me suis dis qu’il y a le foyer, mais la priorité des priorités, pour moi, c’était de défendre les couleurs nationales. C’était de faire comprendre à d’autres femmes comme moi, qu’on ne peut pas nous donner notre liberté sur un plateau d’or. Il faut qu’on l’arrache. Pour cela, il faut les motiver et donner le bon exemple. Les femmes doivent comprendre qu’il n’y a pas de cadeaux. Il faut qu’on l’arrache. Et je sais qu’elles sont tenaces, c’est pourquoi je les appelle « femmes au mille bras » parce qu’elles sont au marché, au foyer, au bureau et dans les champs. Il faut que les femmes cessent de se sous-estimer et cessent de paraître mais être réellement. Quand nous réclamons l’égalité, il ne s’agit pas de dire qu’on va être égal à l’homme simplement. Il faut être là, et on nous exploite.

Alors que la constitution dit qu’il faut 30% de femmes dans les instances de prise des décisions, mais les femmes sont à la queue. Il faut qu’elles sachent négocier parce que c’est elles qui mobilisent. Il faudrait qu’on revoit ce statut « une femme un homme ou un homme, une femme » au sein des partis politiques. Entre la femme et l’homme, c’est une question de complémentarité. Il faudrait qu’on se donne la main et que personne ne se sous-estime.

Tous les chefs qui ont réussi, quand ils sont confrontés à des difficultés sous l’arbre à palabre, ils disent « attendons demain, la nuit porte conseil. » Aucune nuit ne porte conseil. C’est pour aller sous l’oreiller demander conseils à son épouse, le lendemain il vient avec une solution toute faite. Et avec ça, on continue à exploiter la femme.

« Mes collègues syndicalistes belges et hollandais. Ils m’ont aidée à faire sortir mes enfants du pays… »

Chez nous, il faut dire qu’il y a la grand-mère, les cousines, les proches qui nous aident à gérer les enfants. Mais à une époque, notamment lors des mouvements de 2006 et 2007, pour que je sois plus forte, je fus assistée par mes collègues syndicalistes belges et hollandais. Ils m’ont aidée à faire sortir mes enfants du pays, les emmener à l’ONU où les camarades syndicalistes les ont accueilli pour les mettre à l’école. A partir de ce moment, j’avais l’esprit tranquille et je pouvais lutter sans crainte de ce qui pouvait arriver comme malheur aux enfants. Car, leur éducation était assurée. On ne peut pas dissocier la femme et l’enfant. Qui a besoin de l’enfant approche la mère, qui a besoin de la mère, approche l’enfant. Ce sont deux êtres vulnérables qui vont ensemble.

Le fait que je sois à la tête du Conseil Economique et Social (CES) est un mérite non seulement de Hadja Rabiatou Sérah seulement, mais de toute la classe ouvrière et tout le peuple de Guinée.

Secrétaire, militante syndicaliste, puis Présidente du conseil national de la transition (CNT) et aujourd’hui présidente du conseil économique et social (CES). Comment avez-vous pu accéder à tous ces hauts postes de responsabilité ?

Je vous ai dit que j’ai gravi tous les échelons pour en arriver là. En 1997 déjà, j’ai était parmi les 100 femmes héroïnes qui ont été ciblées à New York. Ça m’a encouragée parce que j’ai eu un prix. Et je l’ai exploité pour mobiliser davantage les femmes afin de les former dans tous les secteurs. (…) Cela m’a valu d être sélectionnée  parmi les 100 héroïnes du monde à New York. Après ça, il y a eu une compétition, en 2011, des 5 continents dont l’Afrique a accepté de présenter ma candidature. Les Hollandais sont venus pour faire un état des lieux sur le terrain. Puis, c’est moi qui aie été élu le 8 mars 2006 « Femme du monde » en Hollande après un vote à bulletin secret.

Mais avant, en 2005, je suis venue au Conseil d’administration du bureau international du travail –BIT-. A ce conseil, j’ai été la première femme africaine à être élue membre du CA du groupe travailleur comme titulaire. Là, on a la possibilité de faire un ou deux mandants, mais j’avoue, moi, j’ai eu la possibilité de faire trois mandats et demi au conseil d’administration du BIT.

Ce n’est pas tout, j’ai a été aussi membre du CA de Turin au niveau du centre de formation de l’organisation international de travail –OIT- de Turin. Tout ça, c’est parce que j’ai la volonté d’aller de l’avant et j’ai la volonté de me former sur le tas. Et quand on ne connaît pas, on demande.

Expliquez-nous les difficultés que vous avez rencontrées en tant que présidente de la Conseil national de Transition (CNT), sous la junte militaire.

 J’ai eu certaines difficultés parce que certains disaient que les accords de Ouaga stipulaient que c’est un religieux qui devait être à la tête de la transition. Mais ils n’ont pas bien lu les accords ; parce qu’on n’a pas dit un chef religieux d’une autre religion. Je leur ai dit que j’ai une religion, ça pouvait être une religieuse. Et finalement les confessions religieuses ont appuyé pour que je sois à la tête de la transition.

Aujourd’hui, le fait que je sois à la tête du Conseil Economique et Social (CES) est un mérite non seulement de Hadja Rabiatou Sérah seulement, mais de toute la classe ouvrière et tout le peuple de Guinée. C’est tout un défi. Il faut privilégier le dialogue, écouter les uns et les autres, pour atteindre les objectifs pour un développement durable et créer un emploi décent pour tous.

Concrètement, que retenez-vous de la transition dont vous avez été une actrice principale ?

Ce que je retiens de la transition, c’était cette volonté de toutes les structures de la transition d’aller de l’avant pour le retour à l’ordre constitutionnel. Parce que la loi Fondamentale était suspendue, donc il fallait travailler. Et nous avons travaillé sans relâche pour respecter le délai des six mois pour aller au premier tour de l’élection présidentielle. Et tout cela a permis le retour à l’ordre constitutionnel. Ce qui était difficile, c’était de diriger 159 conseillers qui sont venus de tous les bords. (…) j’ai demandé un appui du BIT pour former les neuf commissions où tous les membres étaient inscrits afin de constituer une famille qui ne voit en face que la nation.

Nous avons eu l’appui de l’OIF, l’Union européenne et les systèmes des Nations unies qui se sont impliqués pour nous permettre de produire le pacte de convergence et de stabilité en République de Guinée. Pendant la passation de service, nous avons donné ce pacte, pour une continuité à la nouvelle Assemblée Nationale.

Il y a eu des violences entre les deux tours de la présidentielle, et il y a eu au moins quatre mois entre les deux tours, c’est déplorable, mais ce n’était pas la fin du monde. Et l’Assemblée Nationale aussi a pris du temps à se mettre en place. Toutefois, mieux vaut tard que jamais. Nous sommes parvenus à aller aux élections et installer enfin un Parlement pour revenir à l’ordre constitutionnel.

Réconcilier l’État et le peuple ou bien les peuples entre eux-mêmes ? Là, nous ne sommes pas arrivés au bout du souffle malgré qu’on ait produit le pacte de convergence et de stabilité. Le fait que nous enregistrons souvent des violations, des incompréhensions et le manque de cadre de concertation ou le non respect des engagements pour éviter des violences nous hantent toujours.

Qu’auriez-vous voulu entreprendre pendant ce temps que vous n’avez pas pu et qui vous hante toujours ?

C’est l’unité. Quand on parle de réconciliation nationale. Réconcilier qui et qui ? Réconcilier l’État et le peuple ou bien les peuples entre eux-mêmes ? Là, nous ne sommes pas arrivés au bout du souffle malgré qu’on ait produit le pacte de convergence et de stabilité. Le fait que nous enregistrons souvent des violations, des incompréhensions et le manque de cadre de concertation ou le non respect des engagements pour éviter des violences nous hantent toujours. Car ça ne fait qu’approfondir la pauvreté. Il faut qu’on arrive à préserver les acquis à travers notamment le dialogue.

En Afrique, les périodes postélectorales sont souvent émaillées des violences, et la Guinée vit au rythme des élections locales avant le scrutin législatif de 2018. Vos recommandations à tous les acteurs afin d’éviter un bain de sang ?

Il faudrait d’abord se féliciter de l’accord du 20 août 2015 auquel toutes les parties sont parvenues. C’est pour cela, au lendemain de la signature de cet accord, j’ai fait une déclaration au nom du CES, dans laquelle j’ai remercié le chef de l’État d’avoir accepté d’ouvrir ce dialogue, les partenaires qui accompagnent la Guinée et j’ai remercié toutes les parties –opposition-mouvance-société civile-. Mais il ne s’agit pas d’avoir cet accord, il faut le respecter, il faut qu’il soit mis en application. Que chacun sache que quand il pleut, la pluie mouille devant la porte de chacun de nous, donc chacun est en danger. On parle d’insécurité, de violence- conformément à notre constitution, il faut que les leaders des partis politiques motivent davantage, forment leurs mandants à accepter d’aller vers la paix pour qu’il y ait une démocratie réelle. Il faut qu’on cesse d’instrumentaliser la jeunesse et que celle-ci prenne conscience que ce pays l’appartient. Que chacun dise halte aux violences, aux tueries et aux destructions. Le CES, comme on est une maison de dialogue, on s’inscrit dans cette logique.

Propos recueillis par Aliou Diallo, à Conakry, pour Afrique Connection

Hadja Rabiatou Sérah Diallo: l'histoire de cette icône de la vie publique guinéenne, au cœur de tous les combats de Sékou Touré à Alpha Condé

Afrique Connection | 12 / 08 / 2016 à 10:08

Syndicaliste, féministe, Présidente du Conseil national de Transition, Présidente du Conseil économique et social… au fil des décennies, Hadja Rabiatou Sérah Diallo a gravi une à une tous les échelons de la vie politico- publique de la Guinée. Du régime de Sékou Touré à celui d’Alpha Condé, elle a pesé de toutes ses forces pour apporter sa part de contribution dans tous les combats syndicaux, mais aussi pour l’émancipation de la femme guinéenne et la construction de la démocratie dans son pays. Qui est cette femme aux origines modestes mais à l’appétit sans limite quand il s’agit de se battre pour son pays son pays ? Quel est son parcours ? Quel en a été le prix ? Afrique Connection vous en apporte des éléments à travers ce portrait/interview de Hadja Rabiatou Sérah Diallo.

Hadja Rabiatou Sérah Diallo est née le 31 décembre 1949 à Mamou, région du Fouta-Djallon. Après une formation professionnelle en secrétariat, Mme Diallo obtient son premier job à la Présidence de la République en 1966.

Très engagée, et se sentant « exploitée », la désormais Présidente du conseil économique et social –CES- reprend le chemin de l’école et change de statut pour devenir greffier de justice au tribunal régional de Conakry I où elle a commencé à militer dans la section syndicale en 1969. À son bas âge, Hadja Rabiatou ambitionne de lutter contre l'injustice. « Et j'ai estimé que la seule organisation où je pouvais défense les sans voix, c'était le mouvement syndical », a-t-elle confié.

Le destin du leader Sérah Diallo s’est révélé en 1985 quand elle a été portée au bureau exécutif de la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), en tant que responsable du département des femmes.

Militante engagée, elle a gravi tous les échelons jusqu’à se hisser au sommet de la confédération nationale des travailleurs de Guinée  (CNTG). Voulant défendre les intérêts des femmes qui étaient peu présentes au sein du mouvement syndical, Mme Diallo a jugé nécessaire de retrousser les manches pour combattre auprès des hommes afin d'atteindre son but.

Ceci, justifie cette mère de six enfants, « parce que je ne voulais pas de poste affaires sociales qui signifie chez nous, servir les jus, aller au baptême ou au mariage. Pourtant, c'est un domaine plus vaste où on peu faire mieux. Je me suis dis qu'il fallait que je sois là pour mobiliser les femmes pour toucher la réalité de doigts et qu'elles sachent pour défendre leurs intérêts, il faut qu'elles acceptent d'être dans le mouvement syndical ».