Les humeurs de campagne de Latyr Diouf (N°1)

Afrique Connection | 13 / 07 / 2017 à 04:24

 

La campagne pour les Législatives du 30 juillet 2017 au Sénégal a démarré officiellement dimanche dernier, 9 juillet. 47 listes (fait inédit au Sénégal !) sont en lice pour 165 sièges. En survolant les listes, voici les mots-clés qui apparaissent dans leurs différentes dénominations:

Avenir, Sénégal, Alternance, Paix, Vérité, Développement, Patriotisme, Citoyenneté, Libéralisme, Dignité, Prospérité, Environnement, Solidarité, Convergence, Réforme, Justice, Équité, Unité, Rassemblement, Ethique, Transparence, Émergence, Renaissance, Indépendance, Liberté, Démocratie, Fédéralisme, République.

Pour être exhaustif, ajoutons les “wolofal”:

Il y a d’abord des coalitions Manko (Unité) qui sont unis séparément dans la différence (Taxawu, Yeesal, Watu…). Il y a des Réparateurs (Defar Sénégal) ; il y a celui qui veut être utile à son pays (Jarin Sama Reew) ; il y a Tranformer 3 (Soppali) ; il y a la Porte (Bunt bi) ; il y a Monsieur Lumière en deux faisceaux (Naay Leer et Leeral) ; il y a Autrement (Neneen), il y a la Richesse de notre Nation (Sunu Natangué Rew) ; il y a deux Redresseurs (And Sukali Senegaal et Joyyanti) ; cinq Défenseurs du Peuple (Euttou Askan Wi et Baatu Askan Wi, Kaddu Askan Wi, Ndawi Askan Wi et Fal Askan Wi) ; il y a des Protecteurs (Aar Sénégal), il y a des Pragmatiques qui s’y croient déjà (Assemblée bi nu beug), il y a les Travailleurs (And Sakhal Liggeey) et enfin des Optimistes placebo (3ème voie Senegal Dey Dem).

Certes, l’exercice du pouvoir au Sénégal rendrait antipathique le plus sincère, le plus convaincu et le plus déterminé des patriotes...

Tout cela est très amusant, au fond. C’est dommage que les listes soient retirées du site de la Direction Générale des Élections. Elles m’avaient permis d’apprécier furtivement les pedigrees des candidats dont la généalogie politique est à la portée de nos mémoires et de la curiosité la plus élémentaire. Ce sont, pour la plupart, des gens connus qui ont déjà eu maintes occasions de faire ce qu’ils promettent de faire si les Sénégalais consentaient à les remettre sur orbite. Au passage, Defar Senegal et Oser l’Avenir sont deux listes qui m’agacent. Allez savoir ! Peut-être, parce que l’imposture fardée m’horripile. Je donne là, à ceux qui ne m’apprécient guère, l’occasion de se faire plaisir. Votez pour eux et vous aurez réussi à m’égratigner. Mais, comme j’ai plus d’amis raisonnables que de compagnons de circonstance, l’affaire est réglée.

J’ai, toutefois, trois listes coups de cœur : Sénégal – Veine Environnement (SEVE), parce que dirigée par un tonton et grand ami qui me surprendra toujours, Vision Alternative pour le Sénégal (VISA), parce que ça me rappelle mes années étudiantes avec l’omniprésence militante de Grand Déthié Diouf et le Mouvement pour l’éthique et les valeurs émergentes (R.E.V.E) parce que c’est parnassien et parce qu’il y a le Mouvement des Laobés du Sénégal dedans. J’adore les Laobés !

Mais, comme je m’estime lucide et cohérent, j’aborde cette campagne avec la même conviction que celle qui m’anime depuis 2008 : Macky Sall reste le meilleur choix. Je prends, donc, parti pour l’Alliance Pour la République à travers la Coalition Benno Bokk Yakaar pour d’autres victoires, en attendant que mon espérance radicale trouve sa providence.

Certes, l’exercice du pouvoir au Sénégal rendrait antipathique le plus sincère, le plus convaincu et le plus déterminé des patriotes, l’appareil d’État étant, dans nos pays, le principal, voire le seul enjeu de nos impatients, bruyants et très souvent médiocres hommes politiques. Les fortunes se constituent, chez nous, avec, dans ou en lien avec l’Etat, à travers des dispositifs bureaucratiques froids, iniques, arbitraires et inefficaces. Nous avons, hélas, très peu de vrais self-made-men au-dessus de ce soupçon. Aussi, toutes les agitations politiciennes n’ont-elles pour horizon ultime que les trésors de la Nation et les honneurs illusoires connexes. Dans un pays d’à peine 15 millions d’habitants, avoir plus de 270 partis politiques ne me semble pas le révélateur de la bonne santé démocratique souvent arguée et chantée. Cela est plutôt le symptôme d’un profond malaise qui laisse croire que la politique est la meilleure voie vers la gloire. Si l’engagement me paraît une nécessité, réduire tout à la politique est, à l’évidence, un tropisme peu rassurant.

Le Président Wade a décliné son programme, dès sa descente d’avion au Sénégal : « Dieulé fi Macky Sall »

Le Président Wade a décliné son programme, dès sa descente d’avion au Sénégal : « Dieulé fi Macky Sall » (littéralement, « Ôter Macky Sall de là »!). Cet aveu pragmatique résume la finalité de toute la débauche d’énergie de cette opposition qui s’égare dans la désinformation et les accusations calomnieuses. Si le clientélisme, l’incompétence, le laxisme et divers tâtonnements ont ponctué notre vie politique depuis longtemps et, plus particulièrement, sous Wade, vouloir aujourd’hui, imputer tous les maux de la société au Président Macky Sall est une option fallacieuse et totalement irresponsable. Elle est pourtant celle par laquelle les nouveaux opposants espèrent occuper l’opinion publique à travers une surenchère de révélations sur un nombre vertigineux de prétendus scandales.

Malgré de sincères efforts et la meilleure bonne volonté, je n’arrive toujours pas à me passionner pour les dissertations et discours savants sur l’accaparement de nos ressources naturelles, sur les allégations sidérantes de dérives budgétaires, sur l’incroyable bradage (tantôt contraint, tantôt volontaire) de notre pays à des puissances étrangères ou encore sur cette manie d’emprisonner des innocents à tour de bras tout en protégeant de grands criminels économiques.

Le président Macky Sall n’est pas devenu, en un temps record, l’ogre si grossièrement dépeint. Tout en se voulant doctes et rigoureux, les tenants de ce discours se décrédibilisent et s’épuisent, car leur hystérisation demande beaucoup de carburant. Et comme, le pétrole ne coule pas encore à flot, ils risquent de lasser leurs ouailles qui semblent, jusqu’ici, étonnement convaincus d’avoir le monopole de l’intelligence, de la vertu et du patriotisme. Ils réussissent, toutefois, à nous distraire et à nous détourner de vrais thématiques sur lesquelles l’exécutif pourrait légitiment recevoir compliments et encouragements. La preuve, je voulais parler de la campagne des législatives ! J’y reviendrai.

A suivre…

Par Latyr Diouf

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