Sale temps pour Catherine Samba-Panza

Une frange de la diaspora demande son départ, Amnesty International la met en garde contre une éventuelle nomination de «criminels»

Afrique Connection | 13 / 08 / 2014 à 03:31

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Catherine Samba-Panza, la présidente de la RCA par transition. Elle récolte une volée d'indignations à l'intérieur comme à l'extérieur de son pays, depuis qu'elle a nommé un Premier ministre musulman et qu'elle envisage de prendre des ministres ex-Séléka et anti-balaka

Accueillie comme le messie de tout un peuple, il y a huit mois, Catherine Samba-Panza n'a jamais paru autant fragilisée. En faisant le pari historique de lancer un musulman, Mahamat Kamoun, à la tête du gouvernement, au nom de la paix, la présidente de transition de la Centrafrique a récolté une volée d'indignations tous azimuts. Aujourd'hui, des Centrafricains de la diaspora réclament même son départ.

Pour le bail de Catherine Samba-Panza à la présidence centrafricaine, y aura-t-il eu un avant et un après 10 août 2014 ? La question mérite d'être posée, autant cette date qui correspond à la nomination historique d'un musulman au poste de Premier ministre semble être un tournant majeur dans le magistère de la femme forte de Bangui. Cette nomination cavalière, au nez et à la barbe de la communauté internationale, qui ne semble pas s'en accommoder pour n'avoir pas été consultée au préalable, est tout aussi décriée ou rejetée par des associations centrafricaines de la diaspora, qui œuvrent pour la paix, mais aussi par les organisations de droits de l'Homme, qui luttent contre l'impunité des crimes commis depuis le début de la crise en RCA.

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Dans les heures qui ont suivies la décision de la présidente de transition de nommer Mahamat Kamoun à la primature, dimanche, le Conseil national centrafricain (CNC), mouvement lancé il y a deux mois à Paris, est monté au créneau pour "prendre acte" de cette option, mais surtout pour dire toute sa crainte que le choix de Samba-PAnza ne soit "de  nature à abréger la souffrance de son peuple". 

Une nomination qui « crée un précédent qui jette un doute... »

Depuis dimanche, les réactions de colère des Centrafricains de la diaspora fusent de partout, dans les réseaux sociaux et via des communiqués envoyés à la presse. La plupart du temps, c'est pour marquer son désaccord avec la nomination du musulman Kamoun, qui a la particularité d'avoir été directeur de cabinet de Michel Djotodja (chef rebelle de l'ex-Seleka, et ex-président du pays) et de Catherine Samba-Panza, qui vient de le promouvoir.
« La nomination de ce nouveau Premier ministre, fortement basée sur des considérations d'ordre confessionnel, crée un précédent qui jette le doute sur les réelles capacités de la présidente, Mme Samba-Panza, à conduire la transition avec sérénité », écrit l'association Debout pour la Centrafrique (DPLC), dans un communiqué parvenu à Afrique Connection.

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Qui livre cette sentence sans appel : « La neutralité que recherchait l'opinion nationale en encourageant sa candidature à la présidente de transition, est aujourd'hui battue en brèche parce que la lecture de la composition du gouvernement sortant ainsi que celle du cabinet présidentiel, montrait déjà une légère tendance à être proche de la Seleka. Cette dernière nomination à la primature vient confirmer ce sentiment auprès du grand nombre ; ce n'est pas de nature à garantir la confiance dont elle a besoin pour mener à bien sa mission, dans l'intérêt du pays. »

Une manifestation vendredi à Paris pour demander le départ de « CSP »

D'autres ressortissants de la RCA en France vont même plus loin en réclamant tout simplement le départ de la présidente de la transition. « Les Centrafricains demandent au CNT qui a porté Samba-Panza à la magistrature suprême, de prendre ses responsabilités devant l'histoire. Les Centrafricains demandent aussi aux partis politiques Centrafricains et aux principaux Leader d'opinion Centrafricains de ne pas cautionner cette mascarade », peut-on lire dans un appel à manifester signé par « la diaspora Centrafricaine de France et les amis de la Centrafrique ». Ces derniers annoncent une manifestation vendredi à Paris pour officiellement demander le départ de Catherine Samba-Panza.

La présidente de la transition est également dans le collimateur des organisations de défense des droits de l'Homme, Amnesty International notamment. Face à la perspective d'entrée dans le gouvernement des groupes armés de l'ex-Séléka et des anti-balaka, l'organisation a pris les devants pour mettre en garde Bangui.

Un pronostic qui sonne comme une évidence

Christian Mukosa, spécialiste de la République centrafricaine au sein d'Amnesty International: « les autorités transitionnelles de Centrafrique doivent veiller à ce que les changements dans la composition du gouvernement ne débouchent pas sur une situation dans laquelle, les nouveaux membres du gouvernement se serviraient de leur position pour commettre de nouvelles violations des droits humains ou pour empêcher que des enquêtes efficaces soient menées contre eux-mêmes ou leurs alliés. »

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Ayant manifestement déjà pris le risque de se mettre vertement à dos la communauté internationale, pour avoir fait un choix qui n'agrée pas cette dernière, désobéie à l'intérieur du pays par les ex- Séléka qui rejettent le nouveau Premier ministre, qui est pourtant musulman comme eux, et qui par ricochet refusent d'entrer dans le prochain gouvernement, Catherine Samba-Panza connaît des heures difficiles à la tête de la RCA. Son autorité n'a jamais été si fragile. Sa décision de dimanche était perçue comme un coup de poker, un dernier pari sur la sinueuse voie de retour à la paix, par nombre d'observateurs. À la lumière des indignations et des rejets notés çà et là, c'est une lapalissade de dire que ce pronostic sonne aujourd'hui comme évidence.

Thierno DIALLO

 

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