Diaspora éthiopienne, attention, vous êtes traqués et surveillés par un logiciel

Afrique Connection | 13 / 12 / 2017 à 05:53

Par de puissants logiciels espions, Addis-Abeba surveille comme du lait sur le feu les activités et agissements de dissidents éthiopiens dans la diaspora, celle vivant notamment aux Etats-Unis.

Selon un rapport publié la semaine dernière par Citizen Lab, un centre spécialisé dans la cybersécurité de l’université canadienne de Toronto, des centaines de dissidents éthiopiens dans le monde ont reçu par mail un logiciel espion, rapporte l'AFP. Un envoie qui serait probablement à l’instigation du gouvernement éthiopien.

Le pouvoir éthiopien est sous intense pression à l’intérieur du pays après que les deux principaux groupes ethniques, les Oromo et les Amhara, ont lancé des manifestations antigouvernementales massives en 2015 et 2016. La répression brutale a fait plus de 940 morts selon un bilan officiel, et mené à l’arrestation de plus de 26 000 personnes selon l’ONU, dont des militants politiques et des journalistes.

Mais les critiques les plus virulents du régime vivent en dehors du pays et sont ainsi à l’abri de l’appareil sécuritaire éthiopien, en particulier parmi la large diaspora aux Etats-Unis, qui compte quelque 250 000 membres. Face à eux, l’Ethiopie a recours à des logiciels espions et irait même jusqu’à surveiller physiquement des dissidents sur le sol des Etats-Unis, sans que les autorités de ce pays ne fassent grand-chose pour empêcher ces agissements, selon des chercheurs et un avocat interrogés par l’AFP.

« Il n’existe aucun autre cas auquel je puisse penser où il y a eu une telle série sans fin de tentatives » de piratage, affirme Bill Marczak, un chercheur à Citizen Lab. Les chaînes de télévision Ethiopian Satellite Television (ESAT) et Oromia Media Network (OMN), basées aux Etats-Unis, font peu de mystère de leur opposition à un régime qui dirige le pays d’une main de fer depuis 1991.

L’inimitié est mutuelle. L’Ethiopie a interdit les deux chaînes de diffusion sur son territoire pendant les dix mois qu’a duré l’état d’urgence déclaré en octobre 2016, et a lancé en début d’année des poursuites pour terrorisme à l’encontre du directeur exécutif d’OMN, Jawar Mohammed.

C’est parce qu’il collabore à OMN que M. Henok pense avoir été visé. « Je suis juste un des Oromo qui compte », explique l’universitaire. La plupart des cibles sont des militants oromo. Jawar Mohammed a été inondé d’une dizaine de messages semblables.

Citizen Lab a trouvé des preuves liant les logiciels espions à un serveur basé en Ethiopie, et a montré que 43 appareils électroniques avaient été infectés, dont plusieurs qu’ils ont rattachés à l’Erythrée, l’ennemi juré de l’Éthiopie.

Afrique Connection, avec afp


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