Elles viennent d'accoucher mais ne peuvent pas payer leurs factures

Au Kenya, des rapports sexuels avec des médecins pour se libérer de la "prison" de l'hôpital

Afrique Connection | 13 / 12 / 2017 à 05:06

Dans quasiment tous les pays d'Afrique, il n'est pas rare de voir un patient se tordre de douleurs, pleurer, crier dans une salle d'attente, un coin perdu ou un lit d'hôpital sans que cela ne fasse broncher le personnel médical. Généralement, ce patient en question n'a pas réglé au préalable sa facture.

 

Et si toutefois il a eu la chance d'être traité avant paiement, alors il est retenu comme « prisonnier » après coup, parfois des mois dans certains pays, jusqu'à ce qu'il s’acquitte de sa « dette ».

Tous ces faits graves, et d'autres encore plus sordides, mais banalisés sont confirmés par un rapport de l'Institut royal britannique Chatam House.

L'étude précise que des centaines de milliers de personnes seraient concernées sur le continent par ces traitements cruels. Et que ce sont les femmes enceintes qui en sont majoritairement victimes.

«Les femmes donnent naissance à des bébés qui entrent dans le monde en tant que prisonniers» affirme Robert Yates, co-auteur du rapport, précisant que le bébé et sa maman ne quittent pas l'hôpital tant que la facture n'est pas réglée.

«A chaque fois que nous avions un rapport, il me donnait de l'argent »

La palme de la cruauté serait détenue par le Kenya.

L'étude relève en effet que, dans un hôpital de Nairobi, la capitale, de nombreuses femmes retenues après un accouchement ont eu des rapports sexuels payants avec des médecins afin de pouvoir régler leurs factures et ainsi sortir de la « prion ».

«A chaque fois que nous avions un rapport, il me donnait de l'argent. J'ai partagé cela avec une amie qui a également été détenue et elle m'a dit que tous les médecins qui couchent avec des patientes leur donnent quelque chose», témoigne une jeune femme restée « prisonnière » pendant cinq mois dans un hôpital.

Le rapport de souligner que parfois c'est la famille qui se donne la main pour payer la note. Et parfois aussi c’est une ONG, l’église ou la mosquée locale qui rassemble les fonds dus pour libérer les patients mauvais payeurs.

Mais ces cas désespérés donnent lieu parfois à de la récupération politique, des responsables politiques réglant des factures à l’approche des élections, à coups de renforts médiatiques. En 2016 par exemple, au Nigeria, l'épouse du gouverneur de l'Etat d'Abia, avait « libéré » huit patients.

Jean OLOHOU, Afrique Connection
 

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