Le Sénégal pleure son DLK...dans un contexte très symbolique

Afrique Connection | 15 / 09 / 2017 à 10:44

Djibo Leti Ka, une figure politique historique du Sénégal, est décédé jeudi matin dans une clinique de la capitale. Un décès qui coïncide avec le jour où l'Assemblée nationale, qu'il aura marqué de son empreinte, installait les députés de la 13e législature sous la houlette d'un certain Moustapha Niasse (reconduit au Perchoir) et dont les rivalités politiques avec le défunt ont été marqués par un épisode gravé dans l'histoire politique du Sénégal. Tout un symbole.

 

Jeudi 14 septembre 2017. C'est une date qui va faire date, au Sénégal. On est en pleine cérémonie d'installation des nouveaux députés de l'Assemblée nationale, parmi lesquels les tous premiers 15 élus de la diaspora de l'histoire politique du Sénégal. Soudain, une nouvelle est venue changer subitement l'atmosphère. Elle est triste. Djibo Leiti Ka (DLK), une des figures emblématiques de cette chambre, de l’histoire politique du Sénégal tout simplement, est décédé.

Comme une traînée de poudre, la nouvelle de sa disparition se répande dans les travées et coulisses de l’Hémicycle, mais aussi et surtout sur les ondes, les plateaux, et les réseaux sociaux. Dans ce contexte, l'adversité poltique qui a pesé sur cette journée, sur fond de détention préventive du député- maire de Dakar, Khalifa Sall, est reléguée au second plan.

Un des rares hommes avoir servi sous les ordres de tous les Présidents du Sénégal

Les témoignages affluent pour rappeler ses faits d'arme politiques. Souligner sa finesse politique, sa maîtrise des affaires de l’État, son caractère d'homme d’État. 

DLK, c'était l'un des rares hommes politiques à avoir servi sous les ordres de tous les Présidents que le Sénégal ait connu : de Senghor à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade.

DLK, c'était cette icône du Parti socialiste du Sénégal qui, un jour de 1996, a claqué la porte pour fonder l'URD (Union du Renouveau Démocratique). Comme son éminence grise Modou Amar, décédé il y a cinq ans, comme tant d'autres socialistes, il n'avait pas supporté qu'Abdou Diouf donna les rênes du parti à un certain Ousmane Tanor Dieng, lors du fameux congrès « sans débat » qui restera gravé à jamais dans les annales portiques de ce parti et du Sénégal.

Une girouette inoubliable

DLK, c'était aussi, et surtout compltèteront d'acuns, l'auteur d'une célèbre girouette qui aurait pu, n'eut été la détermination d'un peuple à en finir avec un régime agonissant, coûter cher à la première alternance politique du Sénégal, en 2000. Nous sommes à l'entre-deux tours de la présidentielle. Les deux candidats, le sortant Abdou Diouf, et son challenger Abdoulaye Wade, affûtent leurs armes, nouent des alliances tous azimuts. Moustapha Niasse de l'AFP (également transfuge du Ps comme DLK), fort de sa 3e position au premier tour avec ses 17 %, est incontestablement le « faiseur de roi ». Il signe sans réfléchir pour Abdoulaye Wade, donc pour l'alternance tant rêvée par le peuple sénégalais, sa jeunese surtout.

Pendant ce temps, DLK se fait désirer, maintient le suspense, aparaît même plus royaliste que le faiseur de roi. Un temps, il assure qu'il va soutenir le candidat Wade au second tour. Une hypothèse plus logique vue sa disgrâce avec Abdou Diouf et le Ps. Mais, à la stupéfaction générale, Djibo Ka retourne sa veste à la dernière minute et soutient Diouf. L'incompréhnsion générale. Le Sénégal, celui qui aspire tant à l'alternance, est en colère. Djibo a joué. Il perdra, avec Diouf. La détermination du peuple sénégalais à tourner les 40 ans de règne socialiste, dont 19 avec le seul Abdou Diouf, était si imortante que rien ne pouvait visiblement compromettre cette alternance. 

Il signe son suicide politique, enterre ses ambitions présidentielles

Djibo est voué aux gémonies. Il signe son suicide politique, enterre ses ambitions présidentielles dont il aurait pu se prévaloir après la période faste de son parti, entre 1996 et 2000, avec à la clé 11 sièges au sortir des Législatives de 1998. DLK récolte une volet de sobriquets. Il se terre. Il se fait oublier. Il ne déclare point sa retraite politique, mais il est complètement en retrait.  Il a perdu l'estime d'une grande majorité de l'opinion. L'inimitié que certains Sénégalais vouent à DLK est née de cet épisode, de cette girouette inoubliable. Sur sa peau, est collée une étiquette indélébile. La mauvaise réputation qu'il a récoltée de ce virage mal négocié le suivra durant tout le reste de sa carrière politique. Jusqu'à sa tombe. 

Depuis, beaucoup d'eau a certes coulé sous les ponts. Mais, jusqu'à sa mort, nombre de Sénégalais témoins de cette époque faste de la vie politique nationale ont toujours eu du mal à oublier. A pardonner. Même si quelques années après, Abdoulaye Wade l'a réhabilité en le coptant dans son gouvernement. Tout comme Macky Sall, après lui. Il n'en restera pas moins que Djibo Ka, qui n'est plus en position de force politique, se résignera à jouer les troisièmes rôles. 

Ironie du sort

Ironie du sort, Djibo Ka tire sa révérence le jour où Moustapha Niasse se faisait réélire au perchoir de l'Assemblée nationale. Ces deux icônes politiques nationales, qui se sont côtoyés sous les ailes de Senghor et de Diouf avant qu'ils ne démissionnent du Ps, ont une histoire. La gifle administrée par Niasse à Ka, devant Abdou Diouf, lors d'une réunion de bureau du Ps, va aussi rester à jamais gravée dans les annales politiques sénégalaises. L'ancien Président du Sénégal a d'ailleurs raconté cette scène surréaliste dans ses Mémoires. Depuis cette époque, les rapports entre Niasse et Ka n'ont pas été au beau fixe. Et c'est un éphémisme de le dire ainsi. 

Alors, voir l'un tirer sa révérence dans cette vie ci-bas au même moment où l'autre se faisait réinstaller dans son fauteuil de Président de l'Assemblée nationale, est un signe du destin forcément marquant. 

"Mon cœur est triste aujourd'hui" (Moustapha Niasse)

Du haut de son perchoir, Moustapha Niasse a rendu hommage à Djibo Ka en précisant qu'ils n'étaient plus fâchés. Il l'a fait savoir à l'ouverture de son discours:

"Ce matin, le Sénégal a perdu un de ses dignes fils. Il a été membre de l'Assemblée nationale et qui jusqu'à ce matin était considéré comme un Député. Aujourd'hui j'ai perdu un ami. Les vicissitudes de la vie nous avait séparés, mais je suis fier de dire aujourd'hui qu'on s'était retrouvé il y a de cela plusieurs années et qu'il était redevenu mon jeune frère. Ce matin, le Sénégal a perdu un fils mais moi j'ai perdu un jeune frère. Mon cœur est triste aujourd'hui mais je m'en remets à Dieu puisque la mort est la jumelle de la vie. Je demande une minute de prières pour le repos de l'âme d'un des dignes fils du Sénégal, un militant engagé, un homme d’État et un Sénégalais qui a passé sa vie à servir son pays. Que son âme repose en paix! "

A la levée de corps de Djbo Leti Ka, ce samedi à Dakar, nul doute que l'émotion sera palpable et les témoignages des uns et des autres ne maqueront pas de retracer le caractère d'homme d’État du défunt, sa courtoisie ; de rappeler des anecdotes. Et, aussi, de dire que le Sénégal a perdu un grand homme, l'Etat un serviteur, sa famille un mari, père, oncle qui aimait les siens et s'est toujours battu pour leur bonheur. Mais, de l'homme politique, que retiendra le commun des Sénégalais? Ciao DLK. 

Thierno DIALLO, Afrique Connection

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