Cinéma: «Timbuktu» d’Abderrahmane Sissako déprogrammé par un maire UMP pour «apologie du terrorisme»

Afrique Connection | 16 / 01 / 2015 à 11:10

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L'équipe du film «Timbuktu» autour de son réalisateur Abderrahmane Sissako au Festival de Cannes, le 15 mai 2014. (Photo Bertrand Langlois. AFP)

Le film, nommé jeudi aux oscars, a été retiré du cinéma municipal de Villiers-sur-Marne, en région parisienne.

Nommé ce jeudi pour l’oscar du meilleur film étranger, Timbuktu d’Abderrahmane Sissako ne sera pas projeté dans le cinéma municipal de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), selon Le Parisien.

Le maire UMP de la commune, Jacques-Alain Bénisti, a pris cette décision après les attentats de la semaine dernière : «Je n’ai pas reçu de menace mais j’ai peur que ce film ne fasse l’apologie du terrorisme», se justifie l’édile. «Le maire ne sait pas de quoi il parle. Il ne l’a visiblement pas vu, explique à Libération Jean Labadie, le distributeur du film, l’histoire raconte tout le contraire !»

Le long métrage, sorti en salles le 10 décembre en France et ovationné au Festival de Cannes, dénonce en effet l’arrivée des islamistes à Tombouctou, dans le nord du Mali, tombé en 2012 aux mains des extrémistes religieux. Ils y imposent la charia, un régime de terreur, qui interdit de danser, d'écouter de la musique, et force les femmes à se couvrir... «Le film a été présenté dans les festivals du monde entier. S’il était dangereux, il n’aurait pas été nommé aux oscars. La force de ce grand film est de montrer ce que sont le jihadisme et ses dérives. Mais il montre aussi que l’immense majorité des musulmans pratiquent un islam modéré, tolérant», ajoute Jean Labadie, qui souhaiterait que cette histoire, projetée dans plus de 400 salles en France et déjà vue par 600 000 spectateurs, soit aussi diffusée dans les écoles.

Cette annulation irrite l’opposition municipale de Villiers-sur-Marne : «Nous étions en accord avec le maire sur le fait de ne rien céder, d’organiser comme prévu les vœux du maire. Et ne rien céder, c’est aussi poursuivre la diffusion de ce genre de film», explique Frédéric Massot, chef de file de l’opposition socialiste dans Le Parisien.

Libération

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