A Grigny, le désarroi de la famille d'Amedy Coulibaly, qui demande à être relogée ailleurs

Afrique Connection | 16 / 01 / 2015 à 01:58

La mère et les sœurs d'Amedy Coulibaly, qui ont fermement condamné ses actes criminels, demandent à quitter leur logement de Grigny et Viry-Châtillon (Essonne), où elles ne peuvent plus vivre normalement.

Ça n'était jusqu'alors qu'un banal nom sur une boîte aux lettres. Mais depuis la semaine dernière, dans ce hall défraîchi à Grigny (Essonne), il est devenu le symbole de l'assassinat de la policière de Montrouge (Hauts-de-Seine) et des otages de l'hypermarché casher de la porte de Vincennes (Paris XXe).

« Epuisée, dans un désarroi total », rapportent plusieurs personnes qui l'ont rencontrée, la mère d'Amedy Coulibaly a fait part de sa volonté de quitter « d'urgence » son appartement qu'elle occupe avec l'une de ses filles à la Grande-Borne, cette cité où a grandi son unique fils. Et où il était encore en visite quelques jours avant de commettre les assassinats qui ont coûté la vie à cinq personnes. Dans la ville voisine de Viry-Châtillon, où résident d'autres membres de la famille, la même demande expresse a été faite à la mairie.

« Un relogement rapide va être réalisé. Tout le monde y travaille, les deux collectivités, les bailleurs sociaux. Des solutions à plus grande échelle sont même envisagées. Ces demandes sont prises très au sérieux. Ces personnes veulent tourner la page au plus vite et ne pas avoir l'étiquette coupable collée sur leur front à chaque fois qu'elles sortent dans la rue », décrypte un responsable qui travaille sur la question.

Ni la maman ni les neuf soeurs de celui qui était surnommé Doly ne font l'objet de poursuites judiciaires. Samedi soir, dans un communiqué transmis à l'AFP, ces femmes avaient présenté leurs « sincères condoléances » aux familles des victimes » et ont « condamné » ces actes. « Nous ne partageons absolument pas ces idées extrêmes », écrivaient-elles, espérant « qu'il n'y aura pas d'amalgame entre ces actes odieux et la religion musulmane ». « Elles semblent très mal vivre la situation. La maman est effondrée », confirme un proche.

Un quartier où tout le monde se connaît

A deux pas du marché qui s'anime en ce jeudi matin, la place aux Herbes où réside la maman était bien silencieuse hier. « Bien sûr qu'on les connaît. Les Coulibaly, ce sont des monuments du quartier au même titre que les familles qui vivent là depuis toujours. La Grande-Borne, c'est un village, tout le monde connaît tout le monde. Comment peut-on savoir si derrière les amabilités, il y a quelqu'un qui veut faire du mal ? » demande ce riverain qui a bien connu le père mais peu le fils. « A Viry, il y a eu des voisins curieux, les gens s'interrogent sur eux, les associent à leur frère, reprend un observateur. A Grigny, la population est bienveillante mais c'est trop lourd à porter. Quel héritage ! »

Le maire de la ville, Philippe Rio (PCF), dénonce de son côté le « harcèlement médiatique » subi selon lui par les habitants qui ressentent « de la peur et de la honte » alors qu'ils « veulent avoir le droit de vivre normalement ». Et de regretter : « Les stéréotypes fonctionnent à plein. » Le parisien

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