France: des intellectuels proches de Macron critiquent sa politique d'immigration

Afrique Connection | 17 / 01 / 2018 à 04:27

Des personnalités comme Jean Pisani-Ferry ou Thierry Pech, proches du chef de l'État, ou encore le syndicaliste Laurent Berger signent une lettre ouverte très critique à l'égard de la politique migratoire du gouvernement, le jour où Emmanuel Macron doit s'exprimer à Calais.

 

C'est un avertissement sans détour. Après les critiques des associations et d'une partie de la classe politique, cinq personnalités et intellectuels prennent la plume pour demander au président de la République plus d'humanisme dans sa politique migratoire. La lettre ouverte, publiée par Le Monde , est adressée par le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger - qui a déjà exprimé ses réserves sur le projet de loi controversé sur l'asile et immigration - mais aussi par des intellectuels pourtant proches d'Emmanuel Macron, comme l'économiste Jean Pisani-Ferry ou le directeur général de Terra Nova, Thierry Pech. Jean Pisani-Ferry avait activement participé à la campagne d'Emmanuel Macron. En juillet 2017, il a été nommé coordinateur du plan d'investissement de 50 milliards d'euros. De son côté Thierry Pech, longtemps allié aux réformateurs du PS, entretient une proximité idéologique avec le chef de l'État.

Cette missive, signée aussi par Laurent Zinsou, le président de Terra Nova et le PDG du groupe Voyageurs du Monde Jean-François Rial, est rendue publique le jour du déplacement sensible du président de la République à Calais. Dans leur texte, ils rappellent les promesses initiales du président de la République, en contradiction selon eux avec la politique migratoire que mène actuellement l'exécutif. «[Aux yeux des Français] comme aux nôtres, et dans une assez grande diversité de sensibilités, votre présidence se plaçait sous les auspices d'un humanisme responsable et assumé», est-il rappelé en introduction. «Nous nous sommes hélas réveillés dans un pays où l'on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais. Où l'on lacère leurs toiles de tente à Paris. Où l'on peut se perdre, pieds et mains gelés, sur les pentes enneigées de la frontière franco-italienne», critiquent-ils ensuite, dénonçant en premier lieu la circulaire sur le recensement des migrants, adoptée le 12 décembre, et le projet de loi en préparation qui prévoit d'augmenter la durée maximale de séjour en centre de rétention, de 45 à 90 jours.

 

«Double langage»

«Des Erythréens, des Soudanais ou des Syriens, humiliés dans leur pays, torturés en Libye, exploités par des passeurs criminels, terrorisés en Méditerranée et entrés en Europe par la Grèce ou l'Italie, pourraient bientôt être privés de liberté en France», expliquent-ils. «Tout porte à croire que les artisans de ces initiatives suivent un raisonnement d'une glaçante simplicité: puisque vous leur avez fait obligation d'appliquer le droit d'asile à 100%, ils n'ont de cesse de faire baisser la demande en cherchant à dissuader les candidats de venir sur notre sol, voire en les éloignant avant même qu'ils aient pu tenter de faire valoir leurs droits.»

Ces intellectuels dénoncent aussi les conséquences du renforcement de la rétention pour les migrants «dublinés», adopté à la fin de l'année. «Un réfugié du Darfour entré en Europe par l'Italie sans y avoir demandé l'asile, devrait y être rapidement reconduit», estiment-ils. «Cette logique et les mesures réglementaires qui l'accompagnent ont leur cohérence. Mais nous ne pouvons nous y retrouver, pour au moins deux raisons», poursuivent-ils, craignant la formation sur le territoire de nouveaux «campements de fortune» après la mise en place du recensement, et parce que cette mesure est «en rupture avec l'humanisme» que prône, selon eux, Emmanuel Macron. «Il importe donc de mettre un terme à ces doutes et de convaincre chacune et chacun que l'exécutif n'a pas un double langage: celui des tribunes et celui de la nuit, celui des professions de foi et celui des intimidations, celui de la générosité publique et celui du zèle bureaucratique», est-il écrit, alors que les prises de position mettant en lumière une «hypocrisie» de l'exécutif se multiplient.

Lefigaro 

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