Reportage : au Stade de France, un air d'Afrique souffla sur le salon Coworking

Afrique Connection | 17 / 10 / 2017 à 10:17

En préparant la deuxième édition du salon Coworking, qui s'est tenu au stade de France les 12 et 13 octobre, l'organisatrice, Meriem Belazouz, avait annoncé son ambition de valoriser la participation de l'Afrique et de sa diaspora. Le résultat est au rendez-vous. Car au village international du salon, qui a notamment vu défiler un ministre, un vice-maire, un consul général et une Miss, il y régnait une bonne ambiance africaine.

 

Nous sommes en milieu de matinée de ce jeudi 12 octobre 2017, et déjà le sous-sol du stade de France, qui accueille la deuxième édition du salon Coworking, grouille de monde. Après la cérémonie d'ouverture, à laquelle a notamment pris part une élue de la région d'Île- de-France, les panels et autres présentations individuelles d'entrepreneurs s'enchaînent.

A (re)lire également: Les 12 et 13 octobre, Meriem Belazouz dépose son Salon Corworking au Stade de France en valorisant le « Village Afrique »

Peu avant la pause déjeuner libre, la MC invite quatre investisseurs et chefs d’entreprise à la rejoindre sur l'estrade. Deux d'entre eux sont venus de la Côte d'Ivoire : Marina Nobout, PDG de Ohel International spécialisé dans les constructions écologiques, et Evariste Akoumian, fondateur de Solarpark, un cartable solaire qui permet d'alimenter une lampe pour permettre aux jeunes écoliers de réviser avec une fois la nuit tombée.

 

L'une et l'autre...ne répondront pas forcément à la thématique du panel : « Les opportunités de développement du corworking à l'international ». Dans un discours commercial bien rôdé, ils sauteront sur l'occasion pour...promouvoir leur produit, vendre leur service, et inviter le public à venir leur voir dans leur stand. 

Marina Nobout est particulièrement à son deuxième salon en une semaine après Urbafrica à Lyon, toujours accompagnée comme par son ombre par Marijeanne IGBA, la présidente de l'association Bawam Espérance, qui lui facilite les contacts dans les réseaux en France. 

Après coup, ils répéteront pendant deux jours la même chanson dans leurs stands respectifs, situés dans le village international qui est contigu à l'espace de conférences. Mais, à ce jeu-là, ils sont très loin d'être seuls. Au village international, plusieurs autres ressortissants de pays africains, venus express du continent ou vivant dans la diaspora, avaient aussi leur stand dédié. Généralement habitués à des salons plus exotiques, ils ont pourtant tenu à marquer leur présence au salon Coworking.

Il faut dire que l'organisatrice, Meriem Belazouz, a activé son réseau pour atteindre son objectif de donner un cachet particulier à l'Afrique durant cette deuxième édition. Pourquoi cette particularité ? « J'ai des origines africaines, et le but aussi de ce salon c'est de démocratiser le coworking . En voyageant en Afrique, j'ai pu me rendre compte qu'il y avait des choses à faire. Nous sommes aussi une forte communauté d'entrepreneurs qui souhaitons se développer à l'international », a t-elle justifié à Afrique Connection.

Au stade de France, chacun y est allé avec un objectif bien précis

Toujours est-il que, au stade de France, chacun y est allé avec un objectif bien précis. Il y a d'abord celles et ceux qui ont pris la route de la Plaine-Saint-Denis pour joindre l'utile à l'agréable : exposer leurs produits en espérant quelques ventes ou de rendez-vous, promouvoir leur association, et se faire le plein de contacts.

C'est le cas notamment de ces deux Sénégalaises qui oeuvrent dans l'industrie de la mode et de la beauté afro. Rocky Ndao, (Roxel Design) est là pour « promouvoir (son) savoir-faire ». Mais, Ouley Keita d'Ouley Beauty (cosmétiques bio), en plus de promouvoir sa marque, vise autre chose. «Normalement, je suis hors thème dans ce salon. Mais puisqu'on est dans un esprit de partage, de partenariat, je suis donc venue. Ces deux jours ont été riches, on a beaucoup partagé, pris beaucoup de contacts. En tant que jeune entrepreneuse, j'ai besoin de ça, j'ai besoin de rencontrer et d'échanger avec des gens qui sont sur le marché depuis très longtemps », explique Ouley Keita.

Chaimaa Elghani, elle, est venue du Maroc. Elle est la fondatrice de Go4work. C'est espace de corworking basé à Casablanca qui accueille les jeunes entrepreneurs, le porteurs de projets, les free-lance qui veulent développer leur projet professionnels.

"Mon objectif c'était de voir comment ça se passe au niveau international" (Chaimaa Elghani)

« Mon objectif c'était de voir comment ça se passe au niveau international, de voir si on peut améliorer la qualité de nos espaces coworking au niveau du Maroc, à travers le réseautage, le partage, pourquoi pas développer des partenariats. D'ailleurs ça sera le cas parce qu'avec les organisateurs du salon Coworking nous sommes en train de voir la possibilité d'organiser quelque chose entre l'Algérie et le Maroc », explique la jeune entrepreneuse, qui est rentrée au Maroc avec dans ses bagages le Prix de l'entrepreneur international.

Aux côtés de ces TPE, il y avait aussi des associations dont les animateurs étaient très actifs durant les deux jours du salon.

Il y a notamment l'association congolaise, Chain Concept International, qui promeut le partage entre les cultures. Elle est basée à Toulouse. Elle est venue au stade de France pour partager cet « esprit collaboratif ». Elle est représentée par sa présidente- fondatrice, Olga Massidi, son vice-président résidant en RDC, Honoré Louango, venu spécialement pour le salon, et sa vice-présidente France, Emrancy NGO NSASSI. 

« C'est un espace d'échange qui nous a permis d'avoir des contacts pour que nous puissions mener à bien nos objectifs. Ce que nous avons appris ici va nous permettre de nous déployer encore davantage », précise cette dernière.

Fabrice Goma, un autre congolais, est le président de l'association des marins congolais professionnels de la diaspora. Il abonde dans le même sens : « L'esprit d'équipe qui règne ici nous permet de développer des réseaux entre nous, savoir comment on peut créer une fédération afin de travailler main dans la main pour le développement économique de l'Afrique, comment créer une dynamique pour montrer qu'il y a des Africains qui entreprennent, qui essayent de donner le meilleur d'eux même pour quitter l'ombre vers la lumière. »

Jean-Paul Djeti, le président de la COGID (Coodination générale des Ivoiriens de la diaspora), s'il n'a pas exposé, a aussi passé de longues heures dans le salon, à parler projets avec ses compatriotes et autres ressortissants africains. 

Cependant, d'autres ne sont pas là pour exposer. C'est le cas notamment de ce jeune entrepreneur sénégalais, Cheikhna Sy.

« Ces genres de rencontres permettent à des personnes comme moi d'apprendre et d'essayer d'investir au Sénégal et d'y reproduire la même chose en France aussi », glisse t-il.

Un autre jeune entrepreneur sénégalais, Babacar Ndao, CEO Business Carrefour, un cabinet de conseil spécialisé dans l’accompagnement des entreprises et des particuliers à l'international, est aussi là pour prospecter : " à travers ce salon, je suis au contact des services que j'offre indirectement à mes clients, parce qu'une personne qui quitte l'Afrique pour venir en France a besoin d'espaces de salles de réunion ou de corworking pour alléger ses coûts d'implantation. C'est donc une opportunité de prospection pour pouvoir offrir le meilleur service à mes clients."

D'autres ressortissants africains étaient là ni pour exposer, ni pour prospecter. Jute pour apporter leur soutien aux membres de leur réseau qui figurent parmi les exposants. C'est le cas notamment des des ressortissantes guinéennes, Dédé Bokoni connue sous « Mama Afirka » et de Siré Condé.

Dans la galaxie africaine du salon, il y a eu aussi la visite de personnalités et de vedettes qui ont suscité l'attraction. Le jeudi, le ministre congolais des Sports et des Loisirs, Papy Niango, a croisé le chemin de la Miss Cameroun International, Andréa Mebenga. L'un et l'autre ont créé un buzz au milieu de l'après-midi. Ils ont notamment fait le tour des stands des Africains qui ont eu le plaisir de leur expliquer leur savoir-faire.

« Quand les services de l'ambassade de la RDC m'ont rassuré sur le déroulement de l'activité, j'ai interrompu celui qui parlait avec moi pour lui dire « vous n'avez pas besoin d'insister, je crois que tout est organisé pour moi», a notamment expliqué le ministre congolais.

Un peu plus tôt, c'est le vice-maire de Brazzaville qui avait attisé des curiosités.

Le vendredi, c'est le consul général du Sénégal à Paris, Amadou Diallo, qui était la vedette du jour. Lui aussi a sacrifié au même rituel que le ministre congolais et la reine de beauté camerounaise.

 

Mais le clou de cette deuxième journée restera incontestablement cette visite privée de la tribune officielle du Stade de France. C'était aussi la surprise de la journée. Puisque c'est une Meriem Belazouz très pressée et jouant contre la montre qui est subitement venue au village international demander aux exposants de la suivre. Sans aucune autre explication. Mais au bout du suspense, il y avait la pelouse des exploits de Zidane, Thuram, Desailly...en contre-bas.  

Au stade de France, il y avait certes plusieurs dizaines d'entreprises françaises venues à la rencontre des visiteurs. Des investisseurs et experts non africains aussi. Mais, à y voir près, il ne manquait que deux éléments pour transformer le salon Coworking en un espace complètement africain, une foire africaine, bref une saveur entièrement exotique: les mets africiains et le djembé. 

Thierno DIALLO, Afrique Connection

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