Afrique du Sud : un procès pour les meurtres de deux ouvriers noirs ravive les tensions raciales

Afrique Connection | 20 / 02 / 2016 à 03:07

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Un cordon de barbelés pour séparer les manifestants pro-fermiers de leurs rivaux, le 19 février 2016 à Parys (Centre) en Afrique du Sud © AFP

Devant le tribunal de la commune rurale de Parys où s'est ouvert vendredi le procès pour les meurtres de deux ouvriers agricoles, deux communautés s'affrontent. D'un côté les propriétaires fermiers, blancs afrikaners, isolés et souvent victimes d'attaques ; de l'autre les habitants noirs du township qui travaillent dans ces fermes et dont les conditions de vie ont peu changé depuis la fin de l'apartheid.

Quatre fermiers blancs se trouvent dans le box des accusés du petit tribunal de Parys, à 200 kilomètres au sud de Pretoria, dans la province rurale de l’État-Libre (Centre), ce 19 février. Ils sont tous accusés d’avoir tué, le 6 janvier dernier, Seung Tangasha et Samuel Tjexa, deux ouvriers agricoles noirs, âgés de 29 et 35 ans.

Tensions entre Noirs et Afrikaners à l’entrée du tribunal

Devant le tribunal, la police a dressé un cordon de barbelés pour séparer les manifestants pro-fermiers des manifestants noirs qui s’invectivent. Les premiers arborent fièrement les drapeaux des anciennes républiques afrikaners du début du XXe siècle tandis que les second entonnent « Tuez les boers, tuez les fermiers », chant de combat de l’African National Congress (ANC, parti au pouvoir) sous l’apartheid.

« Ce n’est pas une question de racisme », a assuré auprès de l’AFP, Kobus Dannhauser, chef du syndicat des agriculteurs de Parys et propriétaire d’une ferme de 10 000 hectares. « Si c’était le cas, les fermiers auraient tués dix Noirs. C’est soit une dispute salariale, soit une attaque de ferme », a-t-il ajouté soulignant le nombre record d’attaques de fermes (318) recensées l’année dernière en Afrique du Sud.

Passés à tabac puis laissés pour mort

Le jour de leur mort, Seun Tangasha et Samuel Tjexa se sont rendus dans la ferme isolée de Lodewikus van der Westhuizen, pour lequel ils travaillent, afin de lui réclamer leurs 20 000 rands (1130 euros) de salaires impayés, indique le rapport de police.

Devant le refus du patron, les deux hommes l’auraient alors frappé à la tête avec la crosse d’un pistolet avant que le fermier ne déclenche l’alarme et alerte ses voisins. S’ensuit alors une chasse à l’homme entre les deux ouvriers noirs, à pied, et 40 à 60 voitures de fermiers blancs, à travers les pistes rectilignes et les champs de maïs de la région.

«Les fermiers ont rattrapé Tjexa et Tangasha à huit kilomètres de la ferme de Van der Westhuizen. Les deux hommes ont ensuite été battus et laissés pour mort», a indiqué la police dans un communiqué. Seun Tangasha a été déclaré mort à son arrivée à l’hôpital. Samuel Tjexa est décédé peu après.

Quatre accusés, un policier inculpé du double-meurtre

Sur le banc des accusés figurent Boeta van der Westhuizen, le fils du fermier agressé, son cousin Anton Loggerberg et deux voisins, Stephanus et Johannes Cilliers. Un policier, Hendrick Prinsloo, est également inculpé : il aurait participé au passage à tabac des deux victimes au lieu de leur porter secours.

«Ces fermiers doivent être condamnés à la prison à vie», commente Anna Jubeba, la tante de Seun Tangasha, qui habite une minuscule maison située dans le township en périphérie de la ville. «Les tribunaux voient ces types tuer des Noirs, mais ils les laissent sortir sous caution car ils sont blancs. Personne n’est venu nous aider, la police n’est même pas venue chez nous», a-t-elle ajouté.

Procès ajourné

Elle ne croyait pas si bien dire. Le procès a été ajourné au 15 avril. La cour du tribunal de Parys a décidé de prolonger la libération sous caution des suspects.

Jeune Afrique avec AFP

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