Au Congo, le destin des enfants serpents, nés d'un viol

Afrique Connection | 20 / 05 / 2018 à 01:48

Ils sont jeunes, ils ont des rêves plein la tête, ils sont comme nos enfants, nos frères et nos sœurs... Pourtant, les conditions de leur création font qu’ils mènent une vie bien différente de nos proches. Être né d’un viol en République démocratique du Congo n’est pas sans conséquence pour ces enfants qui sont les premières victimes de leur naissance.

Le regard fuyant, la voix fébrile, peu sûre d’elle, Sifa se prête tout de même au jeu des caméras. Sifa n’a pas eu la chance de connaître sa maman, décédée à sa naissance. C’est son oncle qui l’a recueilli. Mais il a d’autres bouches à nourrir et n’a pas le temps de s’occuper de sa nièce. Sans argent, elle ne peut pas s’offrir le luxe d’aller à l’école, alors elle erre chaque jour dans les rues de Bukavu pour faire passer le temps. Un quotidien pesant, mais qui ne l’empêche pas de rêver : "Si je pouvais, plus tard, je voudrais devenir médecin !".

En République démocratique du Congo, les violences sexuelles sont légion : 1152 femmes seraient violées par jour, soit 48 viols par heure en moyenne. Avec une population d’environ 80 millions d’habitants, la RDC détient un triste record. Un acte qui est souvent commis dans le but de détruire la femme et, par ricochet, toute une communauté. Mais ces atrocités ne sont pas sans conséquences, les enfants issus de ces viols sont fréquents. Ils seraient aujourd’hui quelques milliers au Kivu, à l’est du Congo.

Être un enfant serpent, c’est être marginalisé

Communément appelés "enfants serpents", ils sont discriminés et rejetés par la population. Christine Deschryver, directrice de la Cité de la Joie à Bukavu, explique ce qualificatif peu avantageux : "Le serpent, c’est un animal à corps froid, un peu comme une anguille ; à chaque fois qu’on essaye de l’attraper, il glisse, on ne sait pas où il va et on a peur du serpent. C’est ce que j’ai entendu, c’est pour ça qu’on les appelle les enfants serpents. Le serpent, c’est quelque chose de démoniaque, d’abominable".Une définition qui illustre bien les difficultés de ces enfants à s’intégrer dans leur communauté.

Si les mères sont souvent considérées comme "impure" à cause du viol qu’elles ont subi, l’enfant lui, l’est tout autant. Cette conception discriminatoire est généralement partagée par certains leaders communautaires et personnes influentes des villages des provinces du Kivu. Souvent laissés à l’abandon et livrés à eux-mêmes, ces enfants doivent se débrouiller seuls, parfois sans l’aide de la famille et de la communauté. Un quotidien difficile, qui ne leur donne pas beaucoup de perspective d’avenir.

Être un enfant serpent, c’est être sans identité

Mais l'avenir, comment peuvent-ils en avoir un quand la plupart d’entre eux n’existent même pas pour l'État ? Quelques milliers d’enfants en République démocratique du Congo ne sont pas enregistrés à l'État civil. Légalement, ils ne sont jamais nés.

Être un enfant serpent, c’est être incertain de son avenir

Dans ce contexte de rejet et de discrimination, l’avenir de ces enfants est incertain. Enfants de la rue, enfants soldats, orphelins… Des perspectives d’avenir peu séduisantes pour ces enfants qui se battent chaque jour contre ces stigmatisations.

Ces violences sexuelles à l’est du Congo sont un fléau qui persiste depuis des générations et les enfants qui en sont issus subissent au quotidien ses conséquences. Discriminés par leur communauté, inconnus de l’État, rejetés par la société… même s’ils ne subissent pas tous cette exclusion, la plupart d’entre eux doivent vivre avec ce passé. Un passé qui a du mal à leur donner des perspectives d’avenir. Pourtant, le schéma se répète, c'est le serpent qui se mord la queue. RTBF

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