Enquête sur les massacres du 28 septembre 2009: la CPI garde un œil sur Conakry

Afrique Connection | 21 / 02 / 2014 à 08:19

Les images avaient tourné en boucle sur les chaînes du monde entier. Cinq ans après, malgré les bonnes intentions affichées par Conakry, justice n’a toujours pas été rendue aux victimes des massacres du 28 septembre 2009, qui avaient occasionné plus de 150 morts et des centaines de femmes violées, lors d’une manifestation de l’opposition sévèrement réprimée par la junte au pouvoir.

 

C’est l’une des pires journées de l’histoire de la Guinée- Conakry. En ce 28 septembre 2009, des milliers de guinéens se mobilisent au stade du même nom pour manifester son opposition à une candidature du capitaine Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle du 31 janvier 2010. La manifestation, qui avait été dans un premier temps autorisée par la junte militaire, fut interdite in extremis. Ce qui raviva davantage les tensions avec les leaders d’une opposition qui, toutes griffes dehors, étaient déterminés à en découdre avec le régime intérimaire dirigée par le capitaine Camara.  Dans un stade plein à craquer, l’armée fait soudain irruption et ouvre le feu. C’est le sauve qui peu. Des leaders de l’opposition sont bastonnés. Cellou Dalein Diallo, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg), qui avait payé la note la plus salée de l’acharnement des militaires, sera évacué par la suite à Dakar (Sénégal), puis en Paris (France), pour y soigner ses plaies à la tête. Ce jour là, des centaines de femmes sont violées d’une manière atroce, des personnes tuées à bout portant. Bilan : 157 morts.

Deux semaines après les massacres, la Cour pénale internationale (CPI) ouvre un examen préliminaire. Près de cinq après, justice n’a toujours pas été faite pour les victimes, malgré les intentions de cette cour et les déclarations de bonne volonté des autorités guinéennes. Certes Conakry a donné des gages de bonne entente avec la CPI, avec l’inculpation de différents hauts responsables de l’armée pour viols, meurtres, ou coups et blessures volontaires. Mais La Haye aimerait que les choses avancent plus vite. Mais aussi des actes qui concrétisent les intentions affichées. Par exemple, il y a le cas du Colonel Claude Pivi, actuel ministre d’Alpha Condé en charge de la sécurité présidentielle, et déjà à ce poste à l’époque des massacres. Inculpé en juin 2013, il est toujours en poste, loin d’être inquiété.

Pour accélérer les procédures, des émissaires de Fatou Ben Souda, le procureur de la CPI, ont quitté Conakry hier, après deux jours de travaux.  Comme lors de leurs huit premiers séjours dans la capitale guinéenne, ils ont fait comprendre aux autorités qu’il est enfin temps d’ouvrir une enquête, en vue d’un procès. Mercredi, ils ont eu un tête à tête avec le Président Alpha Condé et son ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Cheik Sacko. Ce dernier, au cours de cet entretien, assure avoir réitéré la volonté du pouvoir d’avancer dans le dossier et de lutter contre l’impunité. « J’ai dit aux représentants de la CPI qu’il y avait une volonté politique dans ce pays pour avancer dans ce dossier, de lutter contre l’impunité’’, a déclaré le ministre guinéen de la Justice, qui a promis que l’exécutif facilitera le travail au pool des juges d’instruction en charge de ce dossier. ‘’Quant aux éléments in concerto concernant le travail du pool des juges d’instruction, je pense que l’exécutif et le ministère feront leur travail. Donc, on va leur faciliter leur travail’’, a-t-il promis. Au sortir de leur rencontre avec Alpha Condé, le chargé de coopération internationale à la CPI, qui est en tête de cette délégation, a révélé que le Président Condé s’est engagé sur « la nécessité de donner justice aux victimes. ‘’ Nous sommes toujours venus dans le cadre du suivi des enquêtes faites par les juges guinéens.  Nous avons eu de la bouche du président, la nécessité de donner justice à ces victimes. Tout va être mis en œuvre avec le nouveau ministre de la Justice, Garde des Sceaux pour que cette opération se déroule dans les meilleures conditions pour que les victimes aient justice’’, a rapporté Amady Ba, qui trouve par ailleurs cette coopération du chef de l’exécutif guinéen ‘’exemplaire’’.   

Avant leur départ, hier, les émissaires de la CPI ont également rencontré les associations des victimes, pour les rassurer sur le « dossier (qui) avance lentement, mais sûrement », à en croire une source. Quatre- cent personnes se sont constituées partie civile dans cette affaire. Reste à savoir, maintenant, si le bureau peut envisager dans le court terme l’ouverture d’une enquête, en vue d’un procès.

 

 Lansana SOUMAH, correspondant à Conakry

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