Le Colonial Tour, ou l’autre façon de refuser l’oubli des crimes coloniaux

Afrique Connection | 21 / 02 / 2014 à 02:44

Pour refuser le rangement des méfaits de la colonisation dans les tiroirs de l’oubli, les associations anti- colonialistes organisent depuis deux ans un Colonial Tour, sorte de voyage d’étude dans le cœur des entreprises parisiennes qui ont symbolisé la colonisation. En prélude à la semaine anticoloniale.

 

Depuis le 14 février dernier, la semaine anticoloniale bat son plein à Paris. Pour lancer cet évènement mémorial,  le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) et l’association Sortir du colonialisme ont organisé, deux jours plus tôt, un « Colonial Tour », une excursion « touristique »  au cœur des symboles de la colonisation dans la capitale française. A bord d’un bus, une soixantaine de journalistes ont visité les « entreprises coloniales d'hier  et d'aujourd'hui », avec comme guide, les historiens Marcel Dorigny et Olivier Le Cour Grandmaison. A chacune des étapes du parcours, il a été expliqué aux participants le rôle que la dite entreprise a joué dans la France coloniale. Comme un symbole, le bus touristique a pris départ rue de Lille,  très tôt le matin, devant la Caisse des dépôts et consignations, qui avait recueilli en son temps la rançon imposée à Haïti, soit une somme qui équivaut à 21 milliards de dollars d'aujourd'hui. Ce en « réparation » du « préjudice » subi par la France du fait de l'abolition de l'esclavage.  

Le Colonial Tour marquera ensuite un second arrêt au Crédit suisse, qui a racheté la Banque Hottinguer en 1997. Ce fut l'occasion de rappeler les activités de son fondateur, Jean-Conrad Hottinguer, fait baron d'Empire sous Napoléon. De 1808 à 1811, il fut nommé à la tête d'un Cartel du coton et organisa en propre plusieurs expéditions négrières, qui aboutirent à la déportation directe de centaines d'esclaves dans les colonies d'Amérique.

A la troisième étape, a été évoqué le passé de Spie et de Spie Batignolles, issues de la Société des Batignolles, qui a fait creuser le chemin de fer du Congo-Océan dans les années 1920, en recourant aux travaux forcés. 17 000 personnes selon les chiffres officiels, mais sans doute plus de 100 000 en réalité, y ont perdu la vie.  

Enfin, les deux dernières étapes ont permis de découvrir les activités multiples de Total et de Bolloré, splendeurs et joyaux de la Françafrique. « Fortunes, prestige, massacres, pillages et esclavages », a commenté Louis-Georges Tin, le président du CRAN. Cette promenade a été l'occasion de révélations multiples, qui ont montré au grand public « l'étendue des crimes coloniaux et des profits engrangés ».

La semaine coloniale prend fin le 3 mars prochain. Le 1er mars, une grande manifestation anticoloniale et antiraciste a lieu à la Place République, dans le 11e arrondissement de Paris.

 

Thierno DIALLO

Afrique Connection TV