LE HOLD-UP DE MACKY SALL SUR LE TRAIN OUEST-AFRICAIN DE LA CHINE

Afrique Connection | 21 / 02 / 2018 à 12:20

Surfant sur les inquiétudes de Pékin quant à l'insécurité au Mali, le président sénégalais pourrait préempter la reconstruction du train entre Dakar et Bamako, l'un des multiples mégaprojets de la diplomatie-business de la Chine dans la sous-région ( LC n°769).

Insécurité. En décembre 2015, les deux pays frontaliers avaient entériné un accord après avoir désigné la China Rai-Iway Construction Corp (CRCC) comme opérateur-pivot. A l'origine, cette ligne de 1 286 km partant du Port autonome de Dakar (PAD), géré par DP World, jusqu'à la capitale malienne devait être réhabilitée.

Toutefois, face à la vétusté et à l'obsolescence des équipements (signa-lisations, écartement des voies, gares, etc.), l'option d'une reconstruction s'est progressivement imposée. Ce contrat de plus de 2,5 milliards $ était calé. Il pré-voyait quatre années de travaux avec un nouvel écartement standard (1,435 mm), le transport annuel de six millions de tonnes de fret, notamment minier, ainsi que deux millions de passagers. Outre le coût finalement jugé prohibitif par les autorités sénégalaises et maliennes, l'assassinat, en décembre dernier, de cinq employés d'une société chinoise de télé-communications dans la région de Tombouctou a poussé Pékin à reconsidérer son intérêt pour ce projet et, plus généalement, son modus operandi dans la zone sahélienne. 

Exit Bamako. Bien que choqué par ces tués, Xi Jinping n'a pas totalement renoncé à sortir du dossier. Porté par sa proximité avec son homologue Macky Sall, le président chinois est reparti à la charge en ne privilégiant plus que la partie sénégalaise au détriment du Mali, pays n'inspirant plus aucune confiance à la Chine. A Dakar, les discussions sont déjà avancées. Elles se concentrent sur la reconstruction du seul tronçon reliant la capitale sénégalaise à Kidira (Est) sur 644 km.

Ce chantier d'un 1,2 milliard $, dont les financements pourraient en partie être octroyés par Pékin, déboucherait sur la construction d'un port-sec de l'autre côté de la frontière, dans la zone d'Ambidédi. De quoi permettre de transporter le fret malien par la route. Pékin pourrait, par la suite, proposer de construire le tronçon malien (641 km) à la seule condition que les feux sécuritaires de ce pays repassent au vert. 

Tout sur Dakar. Bien que la ligne Dakar-Bamako soit gérée par la société com-mune Dakar-Bamako Ferroviaire (DBF), la stratégie visant à tout miser sur le Sénégal ne laisse pas insensible l'entourage de Macky Sall. A un an de la
présidentielle, ce dernier fait du train un slogan de campagne pour sa réélec-
tion. Il engrange déjà les dividendes du train express régional(TER). Les travaux de ce chantier, pensé par son prédécesseur Abdoulaye Wade, ont été lancés fin 2016.

Ce TER doit relier la capitale au nouvel Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) sur une quarantaine de km. Pour éviter l'évincement "méthodique" du Mali d'un potentiel futur chemin de fer - les Chinois proposent par ailleurs aux Sénégalais une ligne avec la Guinée pour capter les potentiels miniers, d'autres options sont sur la table, comme celle d'un consortium emmené par le turc Tasyapi Construction, allié aux intérêts dubaïotes. Mais son offre a été, là aussi, jugée trop élevée par Bamako. Des pour-
parlers ont également été engagés avec le magnat nigérian Aliko Dangote. Ce
dernier souhaite créer un maillage ferroviaire dans la région pour véhiculer le
clinker de ses cimenteries et capter le fret de l'hinterland. Pour sa part, la Chine,
qui pousse la nouvelle mouture de son projet au palais du Plateau de Dakar, se
positionne également pour gérer et exploiter le réseau ferroviaire sénégalais sous la forme d'une concession.

La lettre du Continent 

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