post-élection au sénégal

LA JUSTIFICATION CONTEXTUELLE DE LA SUPPRESSION DU POSTE DE PREMIER MINISTRE (PAR DR IBRAHIMA DIA)

Afrique Connection | 22 / 04 / 2019 à 07:39

L’adoption du projet de révision de la Constitution en instance du Conseil des ministres du 18 avril 2019 est le marqueur indélébile de l’ouverture du processus devant aboutir à la suppression du poste de 1er ministre.

 

A entendre certains commentaires déclinatoires non sans une forte dose de subjectivisme, notre pays serait en train d’opérer un « recul démocratique », il serait en phase d’être transformé en « émirat », voire en une dictature. Pour d’autres, en annonçant la suppression du poste de Premier Ministre le Président Macky SALL serait devenu le « fossoyeur du dialogue social et politique » qu’il a initié.

Sincèrement, au-delà des critiques (nécessaires à la démocratie) de l’action du chef de l’Etat, des interprétations volontairement malveillantes et des gloses par ailleurs inhérentes aux joutes et à l’adversité politique, il y a des moments dans la vie d’une nation, l’objectivité politique s’impose comme un impératif absolu dans la réflexion sur les institutions de la nation. Il faut arrêter de jouer à la roulette russe avec les gens.

L’histoire politique de notre pays (cette jeune et belle démocratie), nous renseigne que la fonction de Premier Ministre a sans cesse subi des mutations et péripéties. Après un âge d’OR consacré par la Constitution de 1959 sous l’égide de laquelle notre pays accédait à l’indépendance et celle de 1960. Cette dernière instituait un exécutif bicéphale (deux têtes) : avec un « Président de la République gardien de la Constitution », et qui, « par son arbitrage assure la continuité de la République et le fonctionnement régulier de ses institutions »  (art. 24 ». 

Une seule alternative s’offre à Macky SALL pour éviter un isolement prématuré analogue à une présidence symbolique réduite en peau de chagrin

Et, « Le Président du Conseil (Premier ministre) pressenti et désigné par le Président de la République… », et qui, « Après avoir défini sa politique, il est investi par un vote au scrutin public à la tribune, à la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale » (Art. 25). A ce titre, il est « responsable de la défense nationale, dispose de l’Administration et de la force armée » (art. 26).

En somme, à l’aune des bases légales précitées, on voit bien que même si Président du Conseil (Premier ministre) perdait son statut de chef de l’Etat que lui conférait la Constitution de 1959, il gardait le monopole de la détermination, la conduite de la politique de la Nation et la direction de l’action du Gouvernement jusqu’en 1962.

C’est la fameuse date du 18 décembre 1962 qui marquera le début du déclin du poste de Premier ministre, et concomitamment, inaugurait une nouvelle ère dans l’histoire des institutions de notre pays (en raison du contentieux politique opposant le Président de la République L. S. SENGHOR au Président du Conseil Mamadou DIA, la Constitution a été modifiée pour y insérer l’article 66 bis faisant du Président de la République le chef exclusif de l’exécutif).

A la lumière de cette analyse laconique de l’instabilité historique du poste de 1er Ministre, en 1962, puis 1983, il convient de se demander si cela a écorné l’image de notre pays à l’international ou si elle a négativement influencé ou freiné l’évolution de notre jeune démocratie ? La réponse est non ! Dès lors, se pose la question de savoir, pour quelle raison, en vertu de quelle prémonitoire jasette et de quelle acrobatie intellectuelle certains politiques et « observateurs » de la vie politique de notre pays essayent de deviner le sexe des anges sous l’autel d’un soi-disant recul démocratique (pour information, les anges n’ont pas de sexe).

Il est de notoriété publique qu’en réintroduisant le poste de Premier Ministre en 1991, par le truchement d’une nouvelle modification de la Constitution, le Président Abdou DIOUF avait bien pris soin de le dépouiller de toute sa consistance de 1960 (« Chat échaudé craint l’eau froide »). D’ailleurs, la Constitution du 22 janvier 2001 a bien pris soin de maintenir le même balisage de ses prérogatives dans une configuration plus cosmétique que substantielle, c’est-à-dire un Premier ministre sans pouvoir effectif, mais plutôt un fusible ayant vocation à affronter les hautes tensions politiques et changeables en cas d’erreur. 

Ainsi, en supprimant le poste de 1er Ministre, le Président Macky Sall a non seulement décidé d'« insuffler une nouvelle dynamique à la conduite des affaires publiques » avec pour seul objectif « la simplicité dans l'organisation », « la souplesse dans l'action » et « la clarté et la lisibilité des échelles de responsabilités », et surtout, il fait preuve d’un courage salutaire dans un contexte où la coalition des gallinacés maintient le diable dans la marmite à dessein de la déstabilisation de la stabilité nationale, en exposant comme le seul responsable de la politique à mener dans le pays.

Alors, force est de constater que le projet de suppression a des vertus de célérité et de restauration de la conscience professionnelle à tous les niveaux du service public. Il sera question « de diminuer les goulots d’étranglement et fluidifier le processus de décision sur lequel le Président aura une emprise directe. Le président compte traiter directement avec les ministres ». Ce qui lui permettra de réussir le « Fast-track,… ».

C’est dans cette même vaine qu’il a instruit le Ministre des Affaires étrangères à mettre en place de nouveaux passeports diplomatiques, en vue d’une plus grande rationalité dans leur octroi. A ce niveau il importe d’inviter les marabouts périphériques, les membres de l’arrière-cour du pouvoir, en somme les innombrables privilégiés et courtisans sans titre, à plus de mesure. La gestion de la chose publique doit être purgée de toute tentative corporatiste. Dans une République, tous les citoyens sont régis par le principe d’égalité et de non-discrimination ; et ce, quelles que soient leurs origines familiales, ethniques, sociales et politiques.

Dans cette même perspective, d’autres raisons d’ordre purement politique et non moins légitimes, justifient que l’heure n’est plus au régime présidentiel déconcentré. En effet, en raison d’un défaut de cohérence du calendrier des élections législatives de 2022, devant se dérouler à mi-mandat du Président de la République dont le terme théorique intervient en avril 2024, une seule alternative s’offre à Macky SALL pour éviter un isolement prématuré analogue à une présidence symbolique réduite en peau de chagrin. Soit, la dissolution du Parlement (chose qui n’est plus à l’ordre du jour en raison des nombreux écueils ….), soit la suppression du poste de Premier Ministre.

En effet, avec la fragilité de nos institutions, nombreux sont les risques d’instabilité politique et sociale en cas de cohabitation qu’imposerait d’un basculement de la majorité parlementaire en 2022. Sur ce point l’exemple du tiers état est très édifiant malgré les heureux aboutissements en termes de droits de l’Homme (D. D. H. C.) de 1789. Conscients de représenter la majorité des Français, les délégués populaires du tiers état se retirent le 17 juin 1789 et se constituent eux-mêmes en Assemblée Nationale. Le même jour, l'Assemblée interdit toute levée d'impôts non vérifiée et décrétée par elle-même. Ce qui était à l’origine du blocage des institutions et amenant le roi Louis XVI à accepter des concessions malgré lui.

Ainsi, pour ne pas devenir un chef symbolique du pouvoir exécutif, face à un Premier Ministre ayant le soutien du Parlement envers lequel son gouvernement est seul responsable, la suppression de ce dernier s’impose comme un impératif de stabilité institutionnelle. Et, cela est valable dans les deux hypothèses. Tout comme l’éventualité d’une cohabitation en cas de basculement de la majorité parlementaire en 2022, le Président doit gérer et anticiper les effets négatifs des appétits d’ogres qui prolifèrent à l’intérieur de l’APR et de la coalition BBY. En effet, conscients de l’éventualité de son dernier mandat, nombreux seront ceux et celles qui vont organiser et s’inviter aux banquets secrets au sujet de sa succession.

Le Sénégal doit cesser de fonctionner au rythme des élections, d’où l’urgence de prendre des mesures palliatives à toute tentative de transformation de nos institutions en de multiples ramifications de pandémoniums au service d’une guerre de succession du Président Macky SALL.

Même si, sur le débat concernant la suppression du poste de Premier Ministre, l’opposition est restée désespérément clouée au sol en gardant un silence inquiétant, au fond, il s’agit d’une réelle question de stabilité de nos institutions. Les spectres d’un bicéphalisme se profilent à l’horizon 2022 (même si au sens de notre Constitution, c’est au Président de désigner le Premier ministre), et pour y faire face, un devoir d’anticipation devrait nous inviter à éviter un blocage du fonctionnement normal des institutions.

En ayant les coudées franches, il pourrait enfin effectuer l’opération chirurgicale du pays pour en extraire l’anomalie qui gangrène son fonctionnement global.

Pour une fois dans l’histoire de notre pays, la boussole doit être orientée dans le sens de l’intérêt général, les couches vulnérables,  la méritocratie, la justice sociale, la lutte contre le chômage de masse des jeunes sont les déterminismes de l’action du Président Macky SALL.

Nous devons faire attention à une défiance structurellement forte, elle risquerait de conduire au chaos. Aussi, fort d’un environnement hostile à la corruption, notre marché public doit avoir l’audace de réserver une bonne part à nos PME (Petites et moyennes entreprises). Sur le plan de l’environnement, nous devons avoir un programme audacieux en matière climatique et écologique.

Enfin, l’unité nationale est la première condition de l’effectivité des projets structurants. La démocratie a le génie de consacrer des divisions politiques qui cèdent à l’exigence d’unité nationale. Cependant, force est de constater que la dernière élection à mis à nue un risque de fractures sociales qui risquent d’aboutir à une juxtaposition d’intérêts divergents.

La suppression du poste de Premier Ministre n’est pas un enjeu institutionnel, au contraire, elle aura deux vertus : d’une part, elle rationalise le fonctionnement de nos institutions, surtout dans un monde où la vitesse et la distance sont les unités de calcul ; d’autre part, cela l’évite de s’aventurer dans un marigot politique où requins et piranhas auront raison des efforts qu’entend mener le chef de l’Etat durant ce deuxième mandat. En ayant les coudées franches, il pourrait enfin effectuer l’opération chirurgicale du pays pour en extraire l’anomalie qui gangrène son fonctionnement global. 

 

Dr. IBRAHIMA DIA

-Secrétaire à la stratégie A.P.R. France

-Président Génération Sénégal Emergent (G.S.E.).

Mail : idia4@hotmail.fr

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