seize jours après sa destitution

Emmerson Mnangagwa, un retour en conquérant

Afrique Connection | 22 / 11 / 2017 à 08:56

Robert Mugabé a creusé la tombe de Emmerson Mnangagwa, et pourtant ce n'est pas ce dernier qui y serra enterré mais Mugabé lui-même.

 

Voilà pour le langage imagé. Au sens propre, la chute de Robert Mugabe est la conséquence directe de celle de son vice-président Emmerson Mnangagwa, limogé "avec effet immédiat", le 6 novembre. IL faut dire que la Première Dame, Grace Mugabe, n’est pas étrangère à cette brutale éviction, elle qui convoitait ce poste, parfait tremplin pour accéder à la fonction suprême qu’elle ne cachait plus vouloir s’accaparer.

C'est là que les ennuis de Mugabé et son épouse ont commencé. Quelques jours après, l'armée entre en action. Pour elle, pas question de laisser ce scénario de succession dynastique se dérouler. Elle prend alors le pouvoir, tout en se défendant d'avoir fait un coup d’État.

On connaît la suite. Après un peu plus d'une semaine de bras de fer, Robert Mugabe a finalement démissionné.

Dimanche 19 novembre, soit deux jours plus tôt, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a été propulsé à la tête du tout puissant parti au pouvoir, la Zanu-PF, après l'évincement de son fondateur Robert Mugabe. Il a été désigné dans la foulée candidat à la prochaine élection présidentielle prévue l'année prochaine.

Réfugié en Afrique du Sud depuis sa destitution, c'est en conquérant qu Emmerson Mnangagwa rentre ce mercredi à Hararé. Pour prendre les destinées du Zimbabwe...à la place de celui qui pensait l'avoir enterré il y a seulement seize jours.

Ce vieux compagnon de Robert Mugabe est surnommé le "crocodile"

Emmerson Mnangagwa n’est en effet pas connu pour sa magnanimité, bien au contraire, ce qui lui vaut d’ailleurs son surnom de "crocodile". Né le 15 septembre 1942 dans le district de Zvishavana, dans le sud-ouest d'un Zimbabwe alors britannique et appelé Rhodésie, le jeune Emmerson a grandi en Zambie. Fils d'un militant anticolonialiste, il rejoint au milieu des années 1960 les rangs de la guérilla indépendantiste contre le pouvoir colonial.

"Quand Mnangagwa a 17 ans, Mugabe l’envoie en Chine pour former le noyau de l’armée de la ZANU-PF, la ZANLA. Mnangagwa revient en Rhodésie, participe à l’organisation d’un sabotage de voie ferrée et au meurtre d’un fermier blanc. Il est arrêté, condamné à mort, et gracié parce qu’il est mineur. Il se retrouve en prison avec Mugabe, où ils vont passer 5 ans ensemble", explique le diplomate français Daniel Jouanneau, ancien consul général à Salisbury, la future Harare, interrogé par RFI. "Emmerson Mnangagwa a été l'un des premiers compagnons de route de Robert Mugabe", occupant une position "stratégique" au moment de l’indépendance de la colonie britannique en 1980, rappelle l’ancien ambassadeur.

À cette époque, Emmerson Mnangagwa est nommé chef du service des renseignements. En 1983, il est à la manœuvre de la brutale répression contre des opposants dans les provinces dissidentes du Matabeleland et des Midlands. Le bilan n'a jamais été confirmé, mais elle aurait fait environ 20 000 morts. "Il était l’homme de la répression dans les années 80", assure Florent Geel, responsable Afrique de la Fédération des droits de l’Homme (FIDH).

Jean OLOHOU

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