Esclavage en Libye

PORTRAIT: NINA ELBAGIR, LA COURAGEUSE REPORTER DE CNN DERRIÈRE L'ENQUÊTE

Afrique Connection | 23 / 11 / 2017 à 06:01

En filmant la semaine dernière l'existence d'un marché aux esclaves en Libye, Nima Elbagir a jetté un pavé dans la mare, provoquant une avalanche de réactions sur la scène internationale. Portrait

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Son nom vous est inconnu. Et pourtant. A 38 ans, Nima Elbagir, fait partie de ces grands reporters qui ne craignent pas les terrains à risque et qui arpentent les zones de conflit avec passion, dans le seul but d'informer.  

Cette trentenaire fait partie de l'équipe de journalistes de la chaîne américaine CNN qui a révélé, le 14 novembre dernier, que des migrants étaient vendus aux enchères comme esclaves en Libye. Dans cette enquête, la journaliste révèle que deux hommes peuvent se vendre pour la somme de 700 euros. 

L'enquête de CNN a fait l'effet d'une bombe et a provoqué une pluie de condamnations sur la scène internationale, de l'ONU à Emmanuel Macron, qui a qualifié la vente de migrants de "crime contre l'humanité", au Burkina Faso qui a décidé de rappeler son ambassadeur en Libye. 

Elle couvre l'épidémie du virus Ebola en 2014...

Cette journaliste née au Soudan, musulmane sunnite élevée au Royaume-Uni, n'en est pas à son coup d'essai. Après une enfance privilégiée et un diplôme à la London School of Economics, cette fille d'un créateur de journal soudanais [El Khartoum dans les années 1980] et d'éditrice, débute au sein de l'agence anglaise Reuters, en 2002, où elle couvre le conflit au Darfour.  

Elle rejoint CNN en 2011 en tant que correspondante du bureau de Johannesburg, en Afrique du Sud, avant d'être mutée à Nairobi, au Kenya. C'est à CNN qu'elle couvre, au péril de sa vie, la propagation du virus Ebola en 2014, passant de ville fantôme en ville fantôme, assistant à des funérailles improvisées dans des zones en quarantaine. 

...et l'enlèvement d'écolières par Boko Haram

Toujours en 2014, quand 250 écolières sont enlevées dans le village de Chibok, au Nigeria, par le groupe terroriste Boko Haram, Nima Elbagir est l'une des premières journalistes sur place. Elle réussit même à interviewer deux jeunes filles qui ont réussi à s'échapper, malgré leur peur de s'exprimer. Avec sa connaissance parfaite de l'arabe, Nima Elbagirinspire confiance.  

"C'est plus facile de parler à quelqu'un qui vous ressemble et qui comprend d'où vous venez", confiait-elle à l'époque à l'Evening Standard, un quotidien londonien. "Je suis chanceuse, je me sens partout chez moi", ajoute-t-elle également au Guardian. "Ma couleur de peau ne m'a jamais posé de problème. J'ai la capacité de me rendre invisible dans tellement de communautés. Je ne ressemble pas à une correspondante de CNN. Et je ne parle pas comme une Soudanaise." 

À Chibok, Nima Elbagir se rend plus que jamais compte de la puissance de son métier. "Il y a cette croyance que les gens se fichent des histoires en Afrique, mais Chibok a prouvé que ce n'est pas vrai, expliquait-elle auprès du Evening Standard. J'ai été époustouflée par les retours. C'était des écolières et les gens pouvaient les identifier à leurs soeurs ou filles. Le public s'est fortement ému. [...] Cela m'a fait chaud au coeur. [...] Je pense que c'est un tournant". 

La nouvelle Christiane Amanpour?

Souvent comparée à la grande reporter américaine Christiane Amanpour, qui s'est fait connaître pour ses reportages dans les Balkans dans les années 1980, Nima Elbagir est récompensée en 2016 pour son travail par la Royal Television Society. Elle est alors nommée "journaliste de l'année." 

"C'est une récompense pour le travail de toute personne qui part en reportage, prend les mêmes risques, et veut croire qu'à la fin, tout cela vaut la peine, confie-t-elle, émue, à la RTS. Quand on à affaire à des enfants vulnérables, des victimes d'agressions ou de violences... Cette confiance veut dire tellement".

L'Express 

Esclavage en Libye

PORTRAIT: NINA ELBAGIR, LA COURAGEUSE REPORTER DE CNN DERRIÈRE L'ENQUÊTE

Afrique Connection | 23 / 11 / 2017 à 18:01

En filmant la semaine dernière l'existence d'un marché aux esclaves en Libye, Nima Elbagir a jetté un pavé dans la mare, provoquant une avalanche de réactions sur la scène internationale. Portrait

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Son nom vous est inconnu. Et pourtant. A 38 ans, Nima Elbagir, fait partie de ces grands reporters qui ne craignent pas les terrains à risque et qui arpentent les zones de conflit avec passion, dans le seul but d'informer.  

Cette trentenaire fait partie de l'équipe de journalistes de la chaîne américaine CNN qui a révélé, le 14 novembre dernier, que des migrants étaient vendus aux enchères comme esclaves en Libye. Dans cette enquête, la journaliste révèle que deux hommes peuvent se vendre pour la somme de 700 euros. 

L'enquête de CNN a fait l'effet d'une bombe et a provoqué une pluie de condamnations sur la scène internationale, de l'ONU à Emmanuel Macron, qui a qualifié la vente de migrants de "crime contre l'humanité", au Burkina Faso qui a décidé de rappeler son ambassadeur en Libye. 

Elle couvre l'épidémie du virus Ebola en 2014...

Cette journaliste née au Soudan, musulmane sunnite élevée au Royaume-Uni, n'en est pas à son coup d'essai. Après une enfance privilégiée et un diplôme à la London School of Economics, cette fille d'un créateur de journal soudanais [El Khartoum dans les années 1980] et d'éditrice, débute au sein de l'agence anglaise Reuters, en 2002, où elle couvre le conflit au Darfour.  

Elle rejoint CNN en 2011 en tant que correspondante du bureau de Johannesburg, en Afrique du Sud, avant d'être mutée à Nairobi, au Kenya. C'est à CNN qu'elle couvre, au péril de sa vie, la propagation du virus Ebola en 2014, passant de ville fantôme en ville fantôme, assistant à des funérailles improvisées dans des zones en quarantaine. 

...et l'enlèvement d'écolières par Boko Haram

Toujours en 2014, quand 250 écolières sont enlevées dans le village de Chibok, au Nigeria, par le groupe terroriste Boko Haram, Nima Elbagir est l'une des premières journalistes sur place. Elle réussit même à interviewer deux jeunes filles qui ont réussi à s'échapper, malgré leur peur de s'exprimer. Avec sa connaissance parfaite de l'arabe, Nima Elbagirinspire confiance.  

"C'est plus facile de parler à quelqu'un qui vous ressemble et qui comprend d'où vous venez", confiait-elle à l'époque à l'Evening Standard, un quotidien londonien. "Je suis chanceuse, je me sens partout chez moi", ajoute-t-elle également au Guardian. "Ma couleur de peau ne m'a jamais posé de problème. J'ai la capacité de me rendre invisible dans tellement de communautés. Je ne ressemble pas à une correspondante de CNN. Et je ne parle pas comme une Soudanaise." 

À Chibok, Nima Elbagir se rend plus que jamais compte de la puissance de son métier. "Il y a cette croyance que les gens se fichent des histoires en Afrique, mais Chibok a prouvé que ce n'est pas vrai, expliquait-elle auprès du Evening Standard. J'ai été époustouflée par les retours. C'était des écolières et les gens pouvaient les identifier à leurs soeurs ou filles. Le public s'est fortement ému. [...] Cela m'a fait chaud au coeur. [...] Je pense que c'est un tournant". 

La nouvelle Christiane Amanpour?

Souvent comparée à la grande reporter américaine Christiane Amanpour, qui s'est fait connaître pour ses reportages dans les Balkans dans les années 1980, Nima Elbagir est récompensée en 2016 pour son travail par la Royal Television Society. Elle est alors nommée "journaliste de l'année." 

"C'est une récompense pour le travail de toute personne qui part en reportage, prend les mêmes risques, et veut croire qu'à la fin, tout cela vaut la peine, confie-t-elle, émue, à la RTS. Quand on à affaire à des enfants vulnérables, des victimes d'agressions ou de violences... Cette confiance veut dire tellement".

L'Express 

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