france

Hervé Bourges, disparition d’une figure tutélaire des médias

Afrique Connection | 24 / 02 / 2020 à 04:36

Il a dirigé RFI, TF1, France Télévisions et le CSA. Hervé Bourges s'est éteint dimanche à l'âge de 86 ans.

En France, tout le monde l’appelait «Président Bourges». En Afrique, tout le monde l’appelait «Papa Bourges». Et toujours, son nom était prononcé avec un très grand respect. Hervé Bourges, qui fut président de RFI, de TF1, de France Télévisions, du CSA et ambassadeur de France auprès de l’Unesco s’est éteint dimanche à l’âge de 86 ans. «C’était une personnalité hors-norme, romanesque, flamboyante et énergique» témoigne Roch-Olivier Maistre, actuel président du CSA. «Dans toutes les fonctions qu’il a exercées, au fond il aura toujours été un journaliste avec des réflexes de journaliste» ajoute Michel Boyon, qui a dirigé le CSA de 2007 à 2013. «Lorsque je présidais le CSA, j’avais l’habitude de prendre ses conseils et solliciter ses avis. Nous aimions tous les deux bien manger et nous nous retrouvions au restaurant l’Ambassade d’Auvergne» se souvient Michel Boyon.

 

Parrain incontesté du paysage audiovisuel français, Hervé Bourges était avant tout un journaliste. Sorti premier de l’école supérieure de journalisme de Lille (ESJ) en 1956, il a toujours eu à cœur de transmettre la passion et la rigueur du métier. Il a longtemps présidé l’ESJ de Lille et a fondé et dirigé l’école de journalisme de Yaoundé au Cameroun. Des générations de journalistes français et africains, ont été imprégnées de son enseignement.

«C’était un merveilleux patron devenu un ami proche. Il était très courageux intellectuellement et physiquement. Il a vaincu plusieurs cancers sans se plaindre. Ces derniers mois, à l’hôpital, il m’appelait pour que je lui apporte des livres et que nous en parlions ensemble. L’un des derniers livres qui l’a marqué était Le Lambeau de Philippe Lançon» raconte Laure Adler. Elle fut la témoin de l’amitié entre François Mitterrand et Hervé Bourges, deux hommes au fort caractère. «Le jour de mon entrée en fonction à l’Élysée en tant que conseiller culture de François Mitterrand, Hervé Bourges m’a envoyé un bouquet de fleurs et m’a demandé de devenir directrice des programmes de RFI. Patient, il a attendu trois ans et m’a embauché chez France Télévisions où, nous avons imposé des émissions culturelles de qualité comme «le cercle de Minuit» ajoute-t-elle. Hervé Bourges était un Républicain convaincu et cultivait des amitiés aussi bien à gauche qu’à droite, «ce qui lui a permis d’être nommé président du CSA en pleine cohabitation entre François Mitterrand et Édouard Balladur», souligne Étienne Mougeotte. Lorsqu’il dirigeait Télé 7 jours, Étienne Mougeotte a créé «les 7 d’or» avec Hervé Bourges alors président d’un TF1 encore public. En 1987, à la privatisation de la chaîne, Étienne Mougeotte en prend la tête et Hervé Bourges se retrouve en face, à la présidence de France Télévisions. «C’était un redoutable compétiteur» ajoute Étienne Mougeotte. «Et il a été surtout un très grand président du CSA. Homme de compromis il a été attentif aussi bien à l’audiovisuel public qu’aux chaînes privées», ajoute-t-il. Delphine Ernotte, la PDG de France Télévisions a déclaré : «c’est plus qu’un ancien Président que perd aujourd’hui notre entreprise. France Télévisions est en deuil de son père fondateur».

Tous ceux qui l’ont côtoyé dans ses différentes fonctions, soulignent qu’Hervé Bourges considérait l’autorité comme une vertu. «Il fallait savoir s’affronter à lui, mais il écoutait et prenait votre avis en considération. À la fin, il savait décider» souligne Laure Adler. «Lorsqu’il était à la tête de TF1, je dirigeais la Société française de production. Même si la production n’était pas son métier, il savait écouter» ajoute Janine Langlois-Glandier.

 

Vision internationale

Le parcours d’Hervé Bourges de l’école de journalisme de Lille et celle de Yaoundé, illustre ses engagements de vie. Jeune journaliste dans les années 50, il milite pour l’indépendance de l’Algérie. Après 1962, il s’y installe, devient conseiller du président Ben Bella et prend la nationalité algérienne. «Avec une vie aussi pleine, il embrassait le monde avec toujours beaucoup d’intelligence et d’humanisme» souligne Roch-Olivier Maistre.

Homme de conviction, d’une très grande culture littéraire et historique, Hervé Bourges était l’un des plus grands défenseurs de la francophonie. Ami de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf, il était l’un des rares patrons de l’audiovisuel français à avoir une vision internationale. «En 2014, nous avons cosigné une tribune dans le Figaro intitulé «Quand les Français deviendront francophones», dans laquelle nous voulions que la France prenne conscience de la force d’une communauté qui comptera 750 millions de locuteurs en 2030» ajoute Michel Boyon. Passionné de l’actualité internationale, «Hervé Bourges a toujours gardé un œil sur RFI. Lui qui n’était guère porté aux compliments, soutenait notre action à la tête de France 24. Lorsque je me déplace au Maghreb ou en Afrique, partout on me parle encore de Papa Bourges» explique Marie-Christine Saragosse, présidente de France Média Monde. «Il était très fier d’avoir formé plusieurs générations de journalistes venant de tous les pays d’Afrique de l’Ouest ou centrale dont certains ont ensuite été membres de différents gouvernements ou dirigeants des médias d’état. Hervé Bourges enseignait l’idée que lorsqu’on travaille pour un média public, il faut conserver sa liberté de ton et son sens critique. Sa devise était : ni griot servile, ni détracteur stérile» se souvient Denise Epoté, formée à Yaoundé et actuelle directrice Afrique de TV5 Monde.

Top 10 + Populaires

Afrique Connection TV