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Fin du franc CFA : une avancée mais surtout beaucoup de questions en Afrique de l'Ouest

Afrique Connection | 24 / 12 / 2019 à 11:06

Nombre d'économistes, ainsi que la presse africaine, restent dubitatifs après l'annonce du remplacement du franc CFA, alors que des questions restent en suspens.

Un petit pas ou une révolution ? L'annonce du remplacement du franc CFA par l'Eco dans huit pays d'Afrique de l'Ouest laisse ouvertes de nombreuses questions quant à sa portée, symbolique ou réelle, pour les économies et pour l'homme de la rue. 

Samedi à Abidjan, le président ivoirien Alassane Ouattara a dressé les grandes lignes de l'accord conclu entre les huit pays de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) qu'il représentait (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) et la France. 

A ses côtés, son homologue français Emmanuel Macron s'est "félicité" que l'Eco voit "le jour en 2020", en expliquant avoir "entendu" les critiques au sujet du franc CFA. 

Trois changements majeurs

 

"Le moment historique que nous vivons aujourd'hui fait écho à notre engagement pour le changement! Le passage du FCFA à l'Eco est une merveilleuse nouvelle pour l'avenir des pays qui l'utilisent!", se réjouit sur Twitter l'économiste togolais Kako Nubukpo, connu pour ses positions anti-franc CFA. 

Selon ces annonces, trois choses essentielles vont changer, dont le nom de la monnaie, puisque l'Eco va remplacer le FCFA et ses accents post-coloniaux. La réforme marquera aussi la fin du dépôt de la moitié des réserves de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) auprès de la Banque de France. Et Paris ne nommera plus de représentants dans les instances de gouvernance de la BCEAO et de l'UEMOA. 

En revanche, la parité fixe avec l'euro du futur Eco est maintenue, bien qu'elle soit critiquée par des économistes africains, et Paris conservera son rôle de garant financier.

Des questions en suspens

Plusieurs zones d'ombre persistent néanmoins. Quand les coupures en Eco remplaceront-elles les billets en francs CFA dans la poche des consommateurs ouest-africains? Comment ce projet de réforme du franc CFA va-t-il s'articuler avec celui de monnaie unique, également baptisée Eco, initié par la Cédéao, qui compte en son sein des pays non-membres de la zone franc comme le Nigeria, le géant anglophone d'Afrique de l'Ouest? 

"Il y a de quoi être confus", a souligné sur Twitter l'économiste ivoirien Mamadou Koulibaly, candidat d'opposition à la présidentielle dans son pays l'an prochain. "Cette réforme a quel avantage pour les populations? Elles y gagnent quoi? Franchement, rien du tout. Mais ça offre l'avantage de susciter le débat sur les alternatives possibles", estime pour sa part l'économiste béninoise Donaldine Amangbédji. 

Les économistes et la presse dubitatifs

 

"Par contre, la monnaie unique est un enjeu plus sérieux. Si nous avons la même monnaie que le Nigeria, le Ghana, nous autres petits pays comme le Bénin, le Togo, ça nous arrange du point de vue économique". Mais "il se trouve que beaucoup de pays de la Cédéao ne sont pas prêts. Si on crée une monnaie dans ces conditions, la monnaie sera totalement dévaluée. Il y en a qui disent que le risque vaut le coup d'être pris, d'autres redoutent une aventure", souligne encore Donaldine Amangbédji. 

"In fine, c'est une avancée, mais pas une révolution, ni une rupture fondamentale", juge sur Facebook l'économiste sénégalais Felwine Sarr. Il souligne aussi qu'il faut "éviter" que le projet de monnaie unique à l'échelle de la Cédéao soit "dévié, récupéré ou dévoyé par cette réforme (du franc CFA) qui pour l'heure ne concerne que les aspects les plus symboliques, mais laisse d'importants éléments de l'ancienne relation" avec la France. 

Globalement, la presse d'Afrique de l'Ouest se montrait dubitative quant à la réforme annoncée à Abidjan. "Franc CFA et Eco: bonnet-blanc, blanc-bonnet", titre le journal d'opposition ivoirien Notre Voie, tandis que pour Le Quotidien de Dakar, "si la façade a changé, rien n'a bougé dans le fond". afp

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