enquête

Dans les secrets de la démission de Aliou Sall

Afrique Connection | 25 / 06 / 2019 à 03:10

Samedi, dans la tête de Aliou Sall. La polémique enfle, amplifiée par les titres des quotidiens du week-end.

Les comptes rendus de la manifestation autorisée du mouvement «Arr li ñu book» perturbent davantage un Pouvoir salement embarrassé par le présumé scandale Petro-Tim. La pression s’accentue, s’accroît chaque jour davantage, malgré la surmultiplication des dénégations et les positions de façade face aux attaques musclées de l’opposition politique et de la Société civile.

Une situation tendue qui chahute, une énième fois depuis les révélations de la Bbc, l’ambiance de jour de fête qui devait régner dans la famille Sall. Eclaboussé par «l’affaire», vilipendé de partout, critiqué de toutes parts, Aliou Sall, frère du Président, semble atteint par les effets ravageurs de la mauvaise spirale qui piège son quotidien depuis plusieurs semaines.

Aliou Sall a mal dans sa peau, sa situation est intenable

Sa ligne de défense, déjà instable, s’est davantage fragilisée avec la sortie très controversée du ministre-conseiller en charge de la Communication de la Présidence de la République sur le plateau de TV5 Monde. Le versement de 250 000 Dollars (146 millions de FCfa) dans les comptes de Agritrans «confirmé» par El Hamidou Kassé, enfonce le maire de Guédiawaye. Le doute s’installe, même chez les plus proches du frère du Président. Aliou Sall a mal dans sa peau, sa situation est intenable.

Ses convictions alors fortes se meuvent. La nuit porte conseil. Celle du samedi a été très longue. Le sommeil est perdu. Les idées défilent dans la tête. La démission de la Direction générale de la Caisse des dépôts et consignations (Cdc), jusqu’alors écartée des plans de Aliou Sall, tend à être une exigence du moment. Quelques conseils recueillis, des avis partagés sans trop entrer dans les détails. Le maire de Guédiawaye boucle sa nuit blanche avec une décision irrévocable.

Dimanche, audience au Palais. Dans la matinée de ce dimanche qui annonce une journée chargée avec le premier match du Sénégal à la Coupe d’Afrique des Nations (Can) contre la Tanzanie, Aliou Sall compose le numéro du président de la République. Rien de particulier dans les salutations habituelles entre les deux frères, le frangin émet le souhait de rencontrer son aîné. Le rendez-vous est pris pour l’après-midi. Aliou débarque au Palais. Il ne peut cacher sa souffrance devant les attaques subies par le Président. Il prend le temps d’expliquer à son frère sa décision. Les arguments s’enchainent. L’hôte du Palais ne cache pas sa gêne depuis la sortie d’un membre du Cabinet présidentiel qui a mis le chef de l’Etat dans une situation inconfortable. Et pour mettre le Président à l’aise et «au nom de la défense de l’honneur et de la dignité qui ont été le socle de l’éducation reçue des parents», il annonce la nouvelle au Président. «J’ai pris la décision de me décharger de mes fonctions de Directeur général de la Cdc et me mettre à la disposition de la Justice pour faire éclater la vérité et confronter mes accusateurs.»

Macky Sall ne cherche pas à retenir son frère

Macky Sall ne cherche pas à retenir son frère, connaissant ses convictions. Même s’il lui dit n’avoir jamais été dans les dispositions de le démettre, il lui dit respecter son choix, avant de lui témoigner de sa satisfaction et de sa fierté. L’agenda du Président étant très chargé avec le match et la réunion secrète avec quelques très proches collaborateurs, Aliou Sall quitte le Palais. Sa décision est actée.
A Guédiawaye, quelques proches sont briefés sur l’affaire. Les conseils concluent à faire la déclaration à Guédiawaye. Un communiqué est rédigé. L’information tombe à «L’Observateur», en même temps que le chamboulement de l’équipe de Com’ du Président. Mais, comme la confirmation de la démission de Aliou Sall n’est pas autant sûre que l’autre, le choix est vite fait par notre Rédaction de publier l’information du départ de Kassé de la communication du Palais. La très probable démission de Aliou Sall de la Cdc attendra…

Lundi, c’est le jour de départ. Pour donner un cachet symbolique à sa décision, le maire de Guédiawaye choisit le chef-lieu de l’Exécutif local qu’il dirige depuis 2014 pour dire ce qu’il a dans le cœur et se démettre de ses fonctions. Un choix dicté par la nature très politique de son acte qui sera retentissant. Le soutien du fief a une importance à ses yeux, en ces moments de basculement de sa vie publique. Le frère du Président veut le moment historique. Médiatique.

Déjà, ses militants, sonnés par l’annonce de la déclaration, envahissent les lieux. Attendu, l’édile local débarque, la tête farcie de ressentiments. Sa voiture est prise d’assaut par des militants surexcités, informés de la décision de leur leader de jeter l’éponge. Le refus de la base est catégorique : «Vous n’avez pas le droit de démissionner ici», lui opposent-ils en substance. Aliou Sall est empêché de sortir de son véhicule, malgré les maints coups de forces de son service de sécurité. C’est parti pour une démission-spectacle, avec une mise en scène inédite. Le maire de Guédiawaye bat en retraite, mais ne recule pas dans sa volonté de quitter la tête de la Cdc. La déclaration se fera ailleurs. Loin de la grande «colère» de ses militants et proches. La pilule est amère, mais il faut l’avaler. Sall temps. L'Observateur

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