LEUR ECOLE A MIS LA CLE SOUS LA PORTE SANS LEUR DELIVRER DE DIPLOME

Le cauchemar et la hantise des étudiants africains « liquidés » de l'ICOSUP de Metz

Afrique Connection | 26 / 09 / 2014 à 09:56

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L'Institut de communication et de commerce supérieur (Icosup) basé à Metz technopole a fermé ses portes le 13 mai 2014. Depuis, cette annonce les cours ont cessé et les 300 étudiants inscrits cette année ne savent toujours pas si un diplôme leur sera délivré.

Il y a un an, quand ils débarquaient à l'ICOSUP de Metz pour poursuivre leurs études, ils étaient loin de s'imaginer que leur année scolaire allaient être parsemée d'embûches, avant de terminer en cauchemar. Leur école étant placée en liquidation judiciaire, des dizaines d'étudiants africains, parmi lesquels de nombreux sénégalais, livrés à eux-mêmes, se sont lancés dans une véritable course contre la montre pour trouver une inscription, une des conditions pour pouvoir prolonger leur bail en France. Si tous ces « liquidés » sénégalais ont enfin trouvé une inscription, ou sont sur le point de la trouver, grâce à l'intervention du Service de gestion des étudiants sénégalais à l'étranger (SGESE)) de l'Ambassade du Sénégal à Paris, il reste à trouver une réponse à cette question : le renouvellement de leur titre de séjour, dans les prochaines semaines, est-il pour autant garanti ?

Rentrée universitaire 2013-2014. C'est la mine joyeuse, la tête pleine de rêves que Marie-Pierre, Adama, Sékou, et des dizaines d'autres étudiants sénégalais et africains, débarquent en Lorraine, où le froid ne tardera pas à venir leur souhaiter la bienvenue. Tous se sont inscrits à l'Institut de Communication et de commerce supérieur (ICOSUP) de Metz, qui en Licence, qui en Master, pour y poursuivre leur formation post-bac. Ou plutôt, on les a tous inscrits dans cette école. Car la « colonie » sénégalaise doit sa présence ici grâce aux agences de placement qui pullulent à Dakar, et qui servent de courtiers aux écoles privées en France. Dans la capitale sénégalaise, comme ailleurs en Afrique, tous les chasseurs de pré inscription se sont vus « vendre » la qualité de cette école basée au Technopole de Metz, la valeur de ses diplômes estampillés « État ».

« Nous appelons les parents d'élèves et d'étudiants à plus de vigilance quand ils veulent envoyer leurs enfants étudier en France »

Mamadou Lamine « Pipo » Sané, Attaché administratif au Service de gestion des étudiants sénégalais à l'étranger, de l'Ambassade du Sénégal à Paris

 

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Moise Sarr (à droite) et Mamadou Lamine Sané (à gauche), respectivement chef du SGESE et attaché administratif.

« Ces étudiants n'avaient pas toutes les informations sur la réalité d'ICOSUP. Quand ils ont commencé les cours, l'école sera rapidement placée en liquidation judiciaire. Ils n'ont pas pu finir leur année scolaire, alors qu'ils avaient payé intégralement leurs frais de scolarité.

Le fait qu'ICOSUP soit en liquidation judiciaire a mis ces étudiants sénégalais et les autres étrangers dans une situation très difficile. Ils sont dans l'obligation de trouver une inscription dans une autre école ou université, le plus rapidement possible. Sous la direction du chef de service Moise Sarr, nous avons mis en place un dispositif qui permet d'accueillir tous les étudiants, qu'ils soient boursiers et non boursiers.

Nous avons ainsi activé nos réseaux au sein des universités afin de faciliter à ces étudiants d'ICOSUP l'obtention d'une inscription. Nous avons réuni leur dossier, établi une lettre de recommandation, puis nous avons introduit les demandes. C'est des cas d'urgence, car s'ils ne trouvent pas une inscription, ils ne pourront pas renouveler leur titre de séjour. On a réussi à placer rapidement quatre étudiants à la Sorbonne. D'autres à Diderot, l'UPMC. Il ne reste que deux étudiants dans ce groupe, leur dossier attend de passer en commission. Nous allons continuer à accompagner ces étudiants jusqu'au renouvellement de leur titre de séjour à la préfecture.

Nous appelons les parents d'élèves et d'étudiants à plus de vigilance quand ils veulent envoyer leurs enfants étudier en France. Nous leur recommandons de passer par le circuit officiel, qu'est celui de Campus France. Maintenant, s'ils ont d'autres moyens, il faut qu'ils s'informent au préalable au niveau du centre d'orientation, ou au niveau du ministère de l'Enseignement supérieur. Le SGESE est aussi à leur disposition. Tout le monde peut nous saisir par courrier pour nous demander des renseignements sur les filières par exemple, ou encore les écoles qui ont une bonne cote. Il faut surtout éviter de passer par les agences qui ne cherchent qu'à faire des profits au détriment même de la qualité de l'enseignement. »

Propos recueillis par T D

S'ils se sont aussitôt mis à la tâche pour réussir leur année scolaire, rendre fier leurs parents qui ont casqué des millions de francs CFA pour leur garantir une bonne formation, ces étudiants sénégalais, gabonais, camerounais, et même chinois, etc, étaient loin de s'imaginer que celle-ci allait terminer en eau de boudin. Sans examen final, encore moins une attestation de réussite ou un diplôme. Ils s'étaient loin de s'imaginer qu'on leur a envoyé dans une école « à problèmes », qui était sur le point de mettre la clé sous la porte.

On est le 13 novembre 2013. Les cours n'ont démarré que depuis deux mois. Ce jour-là, ICOSUP a fait l'objet d'un jugement de liquidation judicaire. Mais l'école continuera ses activités jusqu'au 13 mai 2014, date à laquelle la cour d'Appel de Metz confirmera la décision. Stupeur générale chez les étudiants ! Car personne n'était au courant de la procédure qui vient de connaître son épilogue, et qui, pourtant, avait quasiment démarré avec l'année scolaire. « Au mois de mai, alors qu'on faisait le 2e semestre, la police est venue dire que l'école va fermer ses portes parce qu'elle est en liquidation judiciaire depuis novembre. Nous, on ne nous avait rien dit », se rappelle Adama Ciss, étudiante sénégalaise en 1ère année Banque-Finances.

« C'était le jour même que les étudiants de première année commençaient leur examen de 2e semestre. C'est le Directeur qui est venu informer les étudiants en leur disant qu'ils ne peuvent pas continuer l'examen. Il leur a dit qu'il y aura un repreneur, mais il n'y pas eu de suite », renchérit sa compatriote Marie-Pierre Barry, inscrite en 3e année.

SIGNES ANNONCIATEURS

Pour autant, dès le départ, les nouveaux étudiants ont senti qu'il y avait quelque chose qui cloche à ICOSUP. Qu'un seul jour de cours en 3e année de Licence (2 jours pour la 1ère année) était largement insuffisant et paraissait suspect à leurs yeux ; surtout quand on leur demande de chercher une entreprise en alternance avec les cours, « alors qu'on ne nous avait jamais dit ça » avant de faire le grand saut. Bref, que tout ne se présentait pas comme le directeur Eric Hamel, alors en mission de prospection à Dakar, en complicité avec les agences de placement, l'avait présenté.

Adama Ciss : « quand on est arrivés, les Sénégalais qui étaient déjà là avant nous, nous ont fait comprendre que l'école n'était une bonne, que le diplôme n'était pas reconnu par l'Etat, contrairement à ce qu'on nous avait dit à Dakar. »

« Il n'y avait pas d'organisation. Quand je suis arrivé en novembre, donc largement en retard, j'ai demandé à la direction comment je dois faire pour rattraper mes cours. On m'a juste conseillé de suivre les cours, et on verra pour le reste. Tout ce qui leur intéressait, c'est d'encaisser l'argent », poursuit Sékou Diakité.

Marie-Pierre Barry rajoute une couche : « À l'agence, on m'avait assuré que c'était une bonne école, et qu'elle délivre un diplôme reconnu par l'Etat. C'était même ce qui était marqué sur la plaquette de présentation. Alors que c'est faux. On s'est rendu compte que le directeur de l'école et l'agence de Dakar nous avaient arnaqués. »

SON AGENCE LUI FACTURE 7000 EUROS, SOIT LE DOUBLE DU TARIF NORMAL

Arnaqué ! Ce mot est lâché de la bouche de tous ces étudiants qui en veulent aux agences et à l'école dont le seul souci était, disent-ils, d'encaisser leur chèque. Comme la majorité des candidats pour une inscription, Marie-Pierre a versé à l'Agence International Consulting, qui lui a trouvé l'inscription, la moitié des 3 500 euros (2,3 millions F CFA) qui correspondent aux frais de scolarité pour chacune des 3 années de Licence. Elle a payé le reliquat une fois à Metz.

Adama Ciss : « Moi, j'ai payé l'intégralité des frais de scolarité, parce que c'est que m'avait conseillé la responsable de l'agence. Elle me disait que cela me permettrait de ne pas être stressé par les échéances de paiement, une fois en France »

Sékou Diakité, lui, après avoir payé 1500 euros (1 million CFA), ne s'acquittera pas de sa dette. Car, arrivé avec trois mois de retard, il a tout de suite « senti que ça n'allait pas bien dans cette école ». Du coup, il a décidé « ne pas payer le reste ». Résultat : il n'a pas eu de carte d'étudiant puisque ne s'étant pas inscrit, et ne suivra pas les cours.

Mais pour Adama Ciss, qui est passée par l'agence Sen Préinscription, c'est tout à fait différent : « Moi, j'ai payé l'intégralité des frais de scolarité, parce que c'est que m'avait conseillé la responsable de l'agence. Elle me disait que cela me permettrait de ne pas être stressé par les échéances de paiement, une fois en France. Mon père m'a alors tout payé, plus même d'ailleurs, car on nous a facturés le double du tarif norma. Puisqu' au lieu de 3 500 euros (2,3 millions F CFA) pour, on m'a fait payer 7 000 euros (plus de 4,7 millions F CFA) car c'est ce qui était marqué sur le bulletin d'inscription. C'est quand je suis arrivée à Metz que d'autres m'ont signalée que je devais normalement payer 3 500 euros. Je suis alors allé voir la direction pour leur signaler. On m'a dit qu'on allait me rembourser le surplus, mais ils ne l'ont jamais fait. »

Mais ce n'est pas uniquement sur ce point que cette étudiante s'est sentie « arnaquée ». Car, elle a été contrainte de s'inscrire dans une filière qui n'était pas celle qu'elle convoitait. « J'ai dit à la responsable que je voulais faire Médecine. Mais elle m'a dit que je pouvais choisir Banque-Finances, et ensuite changer une fois sur place. J'ai accepté sur cette base. Mais une fois sur place, je me suis rendue compte que ce n'était pas le cas. Car mes demandes n'ont pas été acceptées. »

LE SILENCE SUSPECT DES AGENCES DE PLACEMENT DE DAKAR

C'est à croire que dans les agences de placement dakaroises, qui chaque année « vendent » des centaines d'étudiants, pour la plupart fraîchement bacheliers, à des écoles privées françaises, il n'existe pas de service après-vente. Car une fois le gros chèque encaissé, l'étudiant embarqué, leur mission est terminée. « Quand j'ai appelé la responsable de l'agence pour l'informer de qui nous est arrivés, elle m'a dit qu'elle ne savait pas que l'école avait des problèmes. Mais je crois qu'elle a fait exprès de m'envoyer dans cette école », rouspète Adama Ciss. Qui ne se prive pas de lancer un message aux futurs candidats à l'expatriation : « Il faut qu'ils fassent très attention ! Il ne faut pas passer par les agences parce qu'elles sont en complicité avec les écoles. Je les conseille de passer par la procédure de Campus France. »

La fermeture de leur école sonne comme un tremblement de terre. Car cela risque d'avoir une incidence directe sur la suite de leur séjour sur le territoire français

Marie-Pierre Barry, elle, dont la sœur a envoyé un mail au directeur de l'agence, n'a jamais reçu de réponse par rapport à sa plainte.

SAUVES PAR L'ENTREGENT DU SGESE DE PARIS, ET FIN DU CALVAIRE ?

Pour les étudiants étrangers d'ICOSUP, la fermeture de leur école sonne comme un tremblement de terre. Car cela risque d'avoir une incidence directe sur la suite de leur séjour sur le territoire français. Pour pouvoir renouveler leur titre de séjour d'un an, il leur faudra présenter les résultats de l'année précédente, mais aussi une inscription dans une école ou université française. C'est justement là où le bât blesse. Puisqu'ils n'ont pas fait d'examen, et ils n'ont plus d'inscription. Or, sans ces deux préalables, les préfectures refusent le renouvellement du titre de séjour étudiant.

Si l'attestation remise aux étudiants par la mandataire judicaire près de la cour d'Appel de Metz, Isabelle Shaming-Fidry, et signée le 17 juin 2014, peut faire foi en ce qui concerne les résultats, pour l'inscription de l'année universitaire qui vient de démarrer c'est une autre histoire. Car il n'est pas facile d'en trouver. La preuve, l'écrasante majorité des étudiants sénégalais de l'ICOSUP, qui se sont lancés à la chasse aux inscriptions depuis le mois de mai ont été déboutés. Il a fallu l'entregent du Service de gestion des étudiants sénégalais à l'étranger (SGESE), dirigé par Moise Sarr et qui dépend de l'ambassade du Sénégal à Paris, pour qu'il retrouve la voie du salut. Tous ceux qui se sont rapprochés de ce service viennent en effet de trouver une inscription ou sont sur le point de la trouver, suite à la lettre de recommandation faite par l'Attaché administratif Mamadou Lamine dit « Pipo » Sané, un ancien étudiant-syndicaliste de l'Université de Dakar.

Marie-Pierre Barry fait partie des anciens d'ICOSUP à avoir bénéficié du coup de pouce de l'SGESE de Paris pour trvouer une inscription. « L'essentiel, il fallait trouver une inscription pour pouvoir renouveler le titre de séjour », relève t-elle. C'est dans cette même filière que le dossier de Sékou Diakité a également été accepté, mercredi, mais en 1ère année. Quant à Adama Ciss, elle s'est inscrite en Licence 1 Biologie-Chimie et Géosciences, à l'université Pierre et marie Curie. D'autres étudiants ont été placés ailleurs.

Ces « rescapés » de l'ICOSUP peuvent-ils désormais dormir tranquilles en attendant le rendez-vous à la préfecture ? Rien n'est moins sûr ! Si la hantise d'une demande rejetée est toujours là, ils doivent surtout être assidus aux cours dans un premier temps, puis, dans un second, croiser les doigts en espérant que les préfectures, qui sont tout aussi autonomes qu'intransigeantes, ne chercheront pas à trouver la petite bête qui tue dans leur dossier, à leur faire payer les pots cassés par ICOSUP ; en estimant par exemple que l'attestation produite par la mandataire judiciaire près de la cour d'Appel de Metz ne remplace pas les résultats universitaires. Ou encore en opposant une fin de non recevoir aux étudiants qui, certes ont trouvé une inscription, mais ont changé de cursus.

Thierno DIALLO

Afrique Connection TV