présidentielle sénégalaise de 2019

« Que » 50 % pour Macky en France : voici le visage de cette « victoire » aux allures de défaite pour la majorité de présidentielle et les signes qui auguraient cette situation

Afrique Connection | 27 / 02 / 2019 à 10:23

Aucun cri. Pas d'accolades ostensibles. Pas de fanfaronnades. Des visages crispés. De petits apartés ça et là, selon les affinités. Dimanche soir, dans le centre de vote de Paris, à Saint-Denis, les responsables de l'APR en France ont eu une drôle de réaction après leur victoire. À la limite, ils ont discrètement poussé un ouf de soulagement. Car les 50 % sont loin de leur ambition de départ et de l'objectif fixé par le Président Macky Sall en personne.

« Je vous demande 80 % à la présidentielle, le reste vous donnez ça en zakat à l'opposition », avait-il lancé à ses partisans lors d'une rencontre ç la résidence de l’Ambassadeur du Sénégal à paris, mardi 13 novembre 2018.

Les comptes sont donc loins. Très loin même de ce 26 février (1er tour) et de ce 25 mars 2012 (2e tour) où, bien avant même la fermeture des bureaux de vote, les sourires rayonnaient leurs mines, car étant certains de l'emporter largement sur le coalition du Président sortant Abdoulaye Wade.

Évidemment, le premier responsable de ce score étriqué est le « patron » de la DSE-APR France : Hameth Sarr. Depuis son intronisation par Macky Sall le 17 avril 2018, à la surprise générale et au nez et à la barbe de tous ses concurrents qui avaient un profil plus adapté au poste, le coordonnateur n'a jamais réussi la mission pour laquelle Macky Sall l'avait imposé : unifier un parti divisé.

Certes ces derniers mois la situation dans l'APR en France était ainsi apaisée. Mais c'était de la poudre aux yeux. Puisque tous les acteurs avaient accepté d'avaler les couleuvres et de fermer leur bouche pour ne pas compromettre les chances de réélection de Macky Sall.

La gestion opaque des fonds de campagne

Les frustrations étaient pourtant nombreuses. La gestion humaine du groupe catastrophique, clanique. Pour couronner le tout, la gestion des fonds de campagne (plus de 170 000 euros officiellement) a été d'une opacité sans nom. Hamet Sarr et son clan ont fait leur dispatching en fonction de leurs affinités avec tel responsable, telle section...Il en a profité pour régler ses comptes à des rivaux et anciens cooccurrents à la tête de la DSE, comme le coordonnateur de la section des Mureaux et chef de file de Benno, Badou Sow, ou encore, le Responsable de la communication de la majorité, Moise Sarr.

Du coup, ces responsables discriminés ont dû puiser dans leur poche pour financer des déplacements pendant la campagne et le jour de l'élection, des activités de proximité, etc. Les partis de la majorité, eux, n'auraient reçu aucun sous. 

Quant au prédécesseur de Hameth Sarr à la tête de l'APR, le député Demba Sow, il a tout simplement été ostracisé, banni : il n'est associé à aucune décision, n'est invité à aucune activité. C'est à la faveur de la campagne que Hameth Sarr, dans le besoin absolu de ratisser large, s'est résolu à détendre un peu l'étau et donc faire de la place pour Demba Sow.

Et pourtant, en plus des 170 000 euros officiellement envoyé par Dakar, Hameth Sarr et son équipe ont eu des rallonges supplémentaires. Le ministre Malick Gauèye a par exemple payé la salle du meeting de clôture. Sans compter les « énormes sommes » qu'il aurait donné avant l'arrivée des fonds de campagne.

Pour le meeting de clôture, Aissata Tall Sall aussi dégagé une enveloppe. Selon nos informations, quelques jours avant de récupérer cette somme, Hameth Sarr avait exercé un chantage sur l'entourage de la député-maire de Podor : « si elle ne sort pas l'argent, on ne vient pas au meeting.»

Pendant le meeting, beaucoup de responsables qui ont activement participé à la campagne, comme le conseiller du Premier ministre, Amadou Ciré Sall, ont été privés de parole. Le député Demba Sow a failli subir le même sort avant d'hériter du micro.

L'autre symbole du fiasco de la campagne de la majorité sous la houlette de Hameth Sarr, est ce plan de navigation à vue. Certes la première semaine un planning de tournée dans les foyers était bien établi et rendu public via les réseaux sociaux et la presse. Mais pour les deux semaines suivantes, c'était de l’improvisation. Le programme était concocté au jour le jour. Cette désorganisation, cet amateurisme, a eu le don de prendre au dépourvu la plupart des acteurs de la campagne sur le terrain.

Par ailleurs, Hameth Sarr et son équipe, toujours dans leur bulle, se sont contentés des militants déjà acquis. Ils ont toujours minimisé la montée en puissance en France du Pastef dont le candidat s'est classé deuxième à Paris mais a remporté plusieurs villes de provence. Bref, ils n'ont jamais trouvé de stratégie pour aller vers les autres sénégalais qui ne miulitent dans aucun parti. Ces derniers ont tout naturellement été captés par les responsables du Pastef dont le travail dans la discrétion fut payant.  

Depuis dimanche, la trêve consentie au coordonnateur est rompue. Les hostilités vont repartir de plus belle. Le score étriqué de dimanche est en effet venu compliquer davantage le cas personnel du coordonnateur Hameth Sarr. Il faut dire qu'en tant que chef, il est le premier responsable de ce qui est considéré comme un « échec », même si d'autres responsables préfèrent relativiser en public ou dans leurs échanges avec la presse. Il faut dire que cette situation était prévisible. Car tous les observateurs avertis de la scène politique sénégalaise en France savaient qu'il n'était pas le capitaine indiqué pour mener le barque APR et la majorité présidentielle à bon port et sans tempête à bord. Qu'il était susceptible d'être sous la coup d'un clan qui le manipulerait à souhait. Et c'est ce qui s'est effectivement passé.

Aujourd'hui, alors même que les résultats officiels ne sont pas sortis, tous les responsables apéristes et des partis et mouvements composant la majorité, ont déjà hâte de la réunion de bilan où « il va expliquer où est passé l'argent, justifier comment il l'a dépensé . »

Ironie du sort, Hameth Sarr ne pourraient plus compter sur les « parrains » qui avaient travaillé l'oreille de Macky Sall pour qu'il choisisse Hameth Sarr se sont rendus compte par la suite qu'il était un « incapable » glisse une source. Pis, il nous revient que même son clan a commencé à se fissurer. À l'APR, c'est déjà le début d'une nouvelle tempête. Et de lendemains incertains pour Hameth Sarr. Une image qui illustre son état d'esprit : dimanche, il paraissait déjà un homme seul, errant seul dans les allées du centre de vote, le téléphone collé à l'oreille, le visage grave exprimant la crainte d'une défaite de son candidat à Paris.

Thierno DIALLO, Afrique Connection

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