Un responsable "khalifiste" tire sur la direction du Ps

Moussa Diémé: "Peut –on parler allégrement de l’unité des socialistes sans examiner froidement les raisons profondes qui ont conduit aux dissensions ?"

Afrique Connection | 27 / 07 / 2019 à 09:14

Alors que de plus en plus de voix se lèvent de part et d'autre du Parti socialiste pour prêcher les retrouvailles de la grande famille verte, Moussa Diémé, un des responsables de la branche socialiste de Khalifa Sall en France, ne veut pas danser avec les loups. Dans cette tribune reçue à Afrique Connection, il exige au préalable un examen des "raisons profondes qui ont conduit aux dissensions". D'après Moussa Diemé, la direction du Ps devrait donc notamment rendre les comptes de sa "complicité" avec l'APR, complicité qui aurait accouché de "multiples agressions contre Khalifa Sall". Et d'ailleurs, pour lui, aujourd'hui "l'unique" ordre du jour doit être "le combat pour la libération de Khalifa Ababacar Sall (...) peu importe la personne qui succède à Ousmane tanor DIENG".

Voici la tribune de Moussa Diémé

DE L’UNITÉ DES SOCIALISTES

 

Le rappel à Dieu de Ousmane Tanor Dieng , paix à son âme, a remis en selle son souhait de rassembler tous les socialistes.

Au cours de la manifestation des Khalifistes, le samedi 20 juillet 2019 à Paris, un intervenant invitait à réfléchir aux questions de fond, sources de profondes et réelles dissensions, la démarche imprimée au PS étant une déviation par rapport à l’essence d’une formation politique et à la résolution du comité central du 15 mai 2015 relative à l’ élection présidentielle de 2017, si Macky Sall avait tenu son engagement de réduire son mandat.

Rien de nouveau. Déjà, le samedi 16 juillet 2016, des camarades publiaient un document. Il y est écrit ceci : « après quatre ans de compagnonnage avec les composants de la coalition Benno Bokk Yaakaar, le moment est venu de procéder à un bilan d’étape permettant d’apprécier la justesse pour notre Parti de s’y maintenir ou d’en sortir. Le nombre de socialistes à la tête de ministères, le nombre de députés socialistes dans la coalition, le nombre de conseils d’administration et d’institutions dirigés par des socialistes sont sans importance significative car ce n’est pas le partage des postes qui est déterminant.

L’ appréciation de ce bilan d’étape doit mettre en avant les différentes politiques et leur orientation, les méthodes de gouvernance et leur adéquation par rapport aux ruptures attendues, le renforcement de la démocratie ; les rapports entre partis politiques coalisés doivent aussi être analysés. »

Évidemment, une telle approche ne pouvait rencontrer l’assentiment de la direction du PS, obnubilée par le maintien du Parti dans la coalition aux prix de renoncement, de la  démolition et de la conspiration.

Les enseignements sur les différentes motivations décelables dans l’engagement en politique, motivations identifiées dans un module intitulé « la pédagogie de l’utopie » par l’ école du Parti , ont été  mis aux oubliettes lorsque « gouverner ensemble » ne se limite qu’ à des postes ministériels et à des positions pour s’en mettre plein la panse. Il me plairait beaucoup de débattre avec un socialiste sur un quelconque apport du PS dans la définition d’une politique sectorielle et dans l’élaboration d’un programme   afférent depuis 2012.

Le mutisme du PS face à la désinvolture du gouvernement dans l’attribution de marchés publics, sans appels à la concurrence, privilégiant le gré à gré avec les hauts risques de corruption qui s’y attachent , est surprenant. Le passage de l’estimation initiale du montant de la réfection du building administratif au double quasiment, montre bien l’inexistence d’une  conception de projet digne d’un gouvernement responsable.

Pourtant, la législation financière en vigueur dans notre pays est suffisamment claire pour que des marchés aussi colossaux fassent l’objet d’attribution sur entente directe. Cette législation financière bâtie au cours des décennies sous le magistère de différents gouvernements émanant du PS, pour la plus part, ne doit  pas être foulée au pied sous le    silence complice de notre Parti ,de peur de mécontenter le prince .

Sous ce registre, l’ARMP (Agence de Régulation des Marchés Publics) a épinglé ,mainte fois, ministères et hautes administrations pour absence d’orthodoxie dans la procédure de cession des marchés publics. Ces fautes appellent, au minimum, la prise de sanctions administratives. En lieu et place, les auteurs de ces errements sont promus .Le PS reste complice de cette impunité galopante marquant la gouvernance de Benno Bokk Yaakaar qui protège de manière jubilatoire les éléments de son camp. L’importance du préjudice provoqué par un scandale ne compte pas. Ce qui compte c’est le camp où se situe la personne incriminée.

Dans une République soucieuse du respect des principes de séparation des pouvoirs et où la notion d’État trouve toute sa considération, pour avoir, discourtoisement , empêché les auditeurs de la Cour des Comptes de faire leur travail de contrôle, le ministre Moustapha Diop serait relevé de ses fonctions. Mais il bénéficie d’une protection solide dont les tentacules atteignent l’assemblée nationale qui, à l’occasion de l’examen du budget de son ministère  , prend des dispositions pour que le vote ait lieu sans débat . Le PS se mure dans le silence, applaudit et assume la partialité de l’administration et la mainmise du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire au nom de la solidarité gouvernementale.

La transgression de la loi 98-05 du 08 janvier1998 portant code pétrolier en son article 08 par l’attribution de blocs pour l’exploration à une société qui ne présentait sur le plan technique et financier aucune garantie, est un scandale .Un scandale indéfendable car il s’en est suivi une spéculation qui a profité à des tiers, la perte du Sénégal est immense dans ce dossier. Loin de prendre part à la bataille pour situer les responsabilités dans cette forfaiture unique, le PS, pourtant assez prolixe sur l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar , demeure muet comme une carpe.

Le vote de la loi 72-25 du 19 avril 1972, instituant les communautés rurales , est intervenu au terme d’une longue période d’ exposés , non seulement au sein de structures administratives mais aussi au sein des organes comme le club « Nation et Développement ». Après le vote, on procéda à une expérimentation par la région de Thiès et à un élargissement  progressif , bisannuel . Les lois 96-06 et 96-07 du 22mars 1996 portant respectivement code des collectivités locales et transfert des compétences aux régions, aux communes et aux communautés rurales furent adoptées dans un contexte marqué par la présence de plusieurs partis à l’ assemblée nationale. Le débat parlementaire a permis d’examiner plusieurs amendements  déposés par  tous les bancs, enrichissant au final le projet initial ; l’esprit de 1972 a prévalu, le contexte est différent.

Avec Benno Bokk Yaakaar, le recours à la procédure d’urgence a supplanté le débat parlementaire et la concertation dans l’écriture des projets de lois. De la loi 2013-10 du 28 décembre 2013 portant code général des collectivités locales (acte 3 de la décentralisation), à la loi 2018-22 du 04 juillet 2018 portant révision du code électoral et instituant le parrainage, le passage en force au moyen d’une majorité écrasante à l’ assemblée nationale, constitue l’option résolue. Le PS cautionne et s’érige souvent en avocat zélé de pratiques à rebours de procès inclusifs nécessités par la spécificité de certaines lois.

En dépit des multiples agressions du pouvoir contre Khalifa Ababacar Sall, Secrétaire politique du PS, la direction du Parti est restée de marbre. L’ indifférence du Parti face aux mesures successives du gouvernement pour nuire à l’ action du Maire de Dakar a déconcerté d’innombrables compatriotes qui s’interrogent. L’ envoi de socialistes sur des  médias pour légitimer les graves accusations dans le dossier de la caisse d’avance de la mairie de Dakar finit par convaincre de la complicité de la direction du PS dans cette cabale. Pour « livrer » Khalifa Sall ,je reprends ici Moustapha Niasse, aux lycaons du régime chargés de la sale besogne, son exclusion et le moment furent bien choisis.

Peut –on parler allégrement de l’unité des socialistes sans examiner froidement les raisons profondes qui ont conduit aux dissensions ? L’ unité retrouvée, quelles orientations retenir dans la conduite du Parti ?

Pour l’instant , le combat pour la libération Khalifa Ababacar Sall est l’unique qui vaille car les mêmes causes produisant les mêmes effets ,peu importe la personne qui succède à Ousmane tanor DIENG si le maintien du statu quo demeure le crédo.

 

 

                               Moussa DIEME

                                Taxawu Sénégal /FRANCE

 

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