GUINEE

Révélations sur la cession de la mine d'or de Kinéro à l'anglais SYCAMORE: de lourds soupçons d’irrégularités et de prises illégales d’intérêts pèsent sur le ministre guinéen des Mines et de la Géologie

Afrique Connection | 28 / 11 / 2019 à 11:20

Le 19 novembre dernier, le ministre guinéen des Mines et de la Géologie s’enorgueillit d’avoir trouvé le meilleur investisseur pour relancer la mine d’or de Kinéro. Au nom de l'Etat guinéen, M. Abdoulaye Magassouba venait ainsi de signer un accord avec la société britannique Sycamore Mining. Si le ministre guinéen crie sur tous les toits du monde que SYCAMORE a été choisie sur la base d'un appel d'offres international, notre enquête démontre une nébuleuse qui ne dit pas son nom et qui va plomber vainement les finances guinéennes et hypothéquer la production de la mine d'or.

Pour la petite histoire, la mine d’or de Kinéro est inexploitée depuis 2014. Cette année-là, le propriétaire de l'époque, la société canadienne SEMAFO, a cédé la mine après s'être fait retirer son permis d'exploitation par l’ancien ministre des Mines, M. Kerfalla Yansané, pour cause de ventes illégales de participation. 

Depuis, le gouvernement guinéen tente de trouver d’éventuels repreneurs de cet actif en mettant en concurrence plusieures offres via des appels d’offres sans succès.

La dernière mise en concurrence organisée par le ministère des Mines et de la Géologie a vu la participation d’investisseurs et autres spéculateurs. Disons plutôt des spéculateurs ne répondant pas aux profils de sociétés minières opératrices reconnues. Au total, quatre concurrents ont coucouru pour obtenir le droit de relancer la production de la mine d'or de Kinéro.

Sur quelle base de compétence et de technicité a été faite la sélection du vainqueur du processus d’attribution ? 

Au final, donc, c'est Sycamor Mining, une société anglaise basée à Chypre, qui a été choisie par le gouvernement guinéen.
Seulement, de nombreuses questions se posent à ce jour sur les critères ayant guidé à la sélection de ce repreneur, alors qu'il y avait des concurrents bien plus aguerris. Sur quelle base de compétence et de technicité a été faite la sélection du vainqueur du processus d’attribution ?
Au terme de notre enquête, nous avons pu établir qu'un ancien Directeur de la Société Aurifère de Guinée (SAG), la plus grande société aurifère de Guinée à capitaux sud-africains, avait développé des relations très intimes avec le ministre des Mines et de la Géologie, M. Abdoulaye Magassouba, et certains cadres dudit ministère.

D’après certains témoignages, c’est par l’entregent de cet ancien cadre dirigeant de la SAG, aujourd’hui consultant international, que les investisseurs avaient accès au ministre des Mines et de Géologie.  Ainsi la plupart des offres commerciales étaient connues bien avant même la date d’organisation de l’appel d’offre. C’était notamment le cas de l’offre conjointe de ce même consultant et la société financière SYCAMORE.

D’un point de vue extérieur on pourrait comprendre que ce dernier appel d’offre organisé par le numéro 2 du ministère Guinéen, M. NIMAGA, n’était en réalité qu’une mascarade de transparence institutionnelle servant de couverture à la conclusion de contrats privés au bénéfice du cabinet du ministre. Il semblerait d'ailleurs que ce soit une technique rodée qui a longtemps cours dans ce ministère. En effet, pour confirmer nos dires, un groupe d’investisseurs Kazakh avait récemment décortiqué par écrit des prises illégales d’intérêts dans les projets miniers qui ternissent l’image de la Guinee.

De même, une grande majorité de cadres se plaignent des agissements des membres du cabinet du ministre qui, d'après eux, se livreraient tous à des prises illégales d’intérêt à grande échelle dans des projets miniers.

Un intermédiaire très "intime" du ministre guinéen et de ses collaborateurs

Ce sont les mêmes comportements qui ont finalement conduit ce ministère à attribuer la mine de Kinéro à « l’intime » du ministre guinéen qui n’est autre que ce même consultant international flanqué de ses partenaires financiers de SYCAMORE qui, apres enquête, présentent plus un profil de spéculateurs que d’opérateurs miniers.
D’autres observations financières prouvent à suffisance que le vainqueur prémédité de cet appel d’offre SYCAMORE ne possède clairement pas l’intégralité du capital nécessaire (35 millions de dollars) pour relancer la mine contrairement à d’autres soumissionnaires plus importants et plus légitimes qui avaient pourtant fourni des garanties bancaires suffisantes.
La societe financière SYCAMORE va vraisemblablement proposer un endettement financier en hypothéquant la production. Cette dette sera ensuite inscrite au passif de la société d’exploitation guinéenne pendant que ces investisseurs jouiront de commissions juteuses et des bénéfices de la revente de l’or étalon.
Dans les images de cette signature hautement médiatisée, nous avions remarqué la présence du ministre du budget, qui est réputé être très proche du numéro 2 du ministre des mines et de la Géologie, M. Nimaga, l’organisateur de l’appel d’offre.  Ce dernier a été longtemps en charge de négocier la plupart des conventions minières depuis 2016 qui contiennent les engagements de l’Etat à surseoir à des revenus fiscaux futurs au seul bénéfice des investisseurs.
Alors, M. le ministre du budget, Ismaél Dioubaté, va-t-il encore rendre service à son ami Nimaga dans cette nébuleuse qui engage l’Etat vis-à-vis de la société financière SYCAMORE ? Comment va réagir l’exécutif guinéen en face de faits si accablants dans l’attribution biaisée de la mine de Kinéro à un ami jugé « intime » du ministre des mines et de la Géologie ? Que gagne en retour ce ministre dans ce deal occulte? 

M. Magassouba nourrirait-il des ambitions politiques nationales?

Comment vont réagir les sociétés soumissionnaires perdantes face à ces évidents conflits d’intérêts orchestrés qui les ont fait passer pour des faire-valoir. En tout cas, selon certains investisseurs, ce cabinet ministériel serait aussi impliqué dans d’autres cas de scandales miniers surtout dans l'attribution des permis miniers qui reste une activité lucrative pour ces jeunes fonctionnaires.
Dans le contexte politique actuel, d'autres questions peuvent se poser au vu de la manoeuvre du ministre Abdoulaye Magassouba: quel est l'objectif de son accumulation de capitaaux? M. Magassouba nourrirait-il des ambitions politiques nationales? Pourquoi certains caciques pensent-ils tout bas que ce jeune ministre guinéen joue au pompier pyromane dans son bastion de Siguiri ? Est-ce pour se maintenir à son poste ?

AFFAIRE A SUIVRE …..

Jean OLOHOU

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