Sur la route de la présidentielle sénégalaise

MACKY SALL : UN CONTRE-MODELE (PAR SEYBANI SOUGOU)

Afrique Connection | 30 / 01 / 2019 à 11:58

« Obsédés par le pouvoir, les tyrans versent souvent dans l’indignité et finissent toujours par commettre l’erreur fatale qui conduit à leur perte… »


En Afrique, berceau de la tradition orale, le respect de la parole donnée revêt un caractère sacré. Si une bonne partie de l’histoire de l’Afrique ancienne a pu, en grande partie être reconstituée, c’est grâce à la fiabilité et la crédibilité des sources orales, considérées comme des sources à part entière, au même titre que les sources écrites. Lorsque l’écrivain Amadou Hampaté Ba soutenait « En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle », il érigeait la parole au rang de valeur sacrée. Dans les sociétés africaines, il existe un code d’honneur fondé sur le serment, et le respect à la parole donnée. Le WAKH WAKHEET (non-respect de la parole donnée) constitue un sacrilège contraire à l’éthique, la morale, et à la tradition africaine. Or, le symbole de la gouvernance de Macky SALL, c’est le reniement.

Le 16 février 2016, le Président Macky SALL s’est adressé à 14 millions de sénégalais pour leur dire (sans aucune gêne), les yeux dans les yeux, que l’avis rendu par le Conseil Constitutionnel est une Décision. Une forfaiture d’une extrême gravité qui lui a permis de renoncer à son engagement solennel de réduire son mandat à 5 ans et de violer son serment tenu le 02 avril 2012 devant les membres du Conseil Constitutionnel, par lequel il jurait "d'observer et de faire observer les dispositions de la Constitution ». Un PARJURE commis en violation de l’article 37 de la Constitution qui aurait dû entraîner sa destitution et sa traduction devant la Haute Cour de Justice. Aux Etats-Unis, en France, Au Brésil, et en Corée du Sud, un Président coupable d’un tel parjure serait destitué depuis belles lurettes.
Le 31 décembre 2018, en marge de son discours de nouvel an, répondant à une question du journaliste Cheikh Yérim SECK qui lui demandait pourquoi il rechignait à confier l’organisation des élections à une personnalité neutre alors qu’il défendait ce principe lorsqu’il était opposant, le Président Macky SALL a soutenu mordicus devant des journalistes médusés, qu’il n’a jamais récusé le Ministre de l’Intérieur de l’époque (Ousmane NGOM). Après consultation des archives, il a été prouvé, avec une certitude absolue qu’il s’agit d’une fausse déclaration (la vidéo contredisant ses propos a enflammé la toile, fait le tour du monde, et fini de discréditer Macky SALL, dont les propos ne valent plus un kopeck).


Le 29 janvier 2019, lors de l’installation de son directoire de campagne, le candidat Macky SALL a récidivé, en faisant l’éloge des transhumants ; des transhumants qu’il qualifiait auparavant de « rats » dans une vidéo diffusée massivement au niveau des réseaux sociaux. L’analyse des déclarations de Macky SALL révèle chez l’homme, une forme d’irresponsabilité et un énorme fossé entre les discours et les actes : un homme dont les convictions fluctuent au gré du vent et des circonstances politiques.


La course effrénée aux transhumants contre espèces sonnantes et trébuchantes (des centaines de millions de F CFA sont décaissées), et les promesses de maroquins ministériels ou de postes juteux aux « rats » prouvent que Macky SALL ne croit ni à son parti (l’APR), ni à la coalition Benno Bok Yakaar, ni à son bilan élogieux (d’une médiocrité sans nom) pour briguer un second mandat. Malgré l’élimination de Khalifa SALL et Karim WADE des prochaines joutes présidentielles, par des procédés illégaux, et une sérénité de façade affichée devant les médias, Macky SALL est tétanisé par la crainte d’un second tour, synonyme de débandade. Les reniements successifs, les alliances contre nature, la promotion des « rats » (transhumants), et les achats massifs de conscience (son parti doit affréter des centaines de bus pour les meetings et payer cash pour espérer le vote de certains électeurs) traduisent une panique au plus haut sommet de l’Etat. Quand un Président en arrive à faire l’éloge des « rats », c’est la République entière qui est souillée.

Obsédé par un second mandat, Macky SALL est tourné en dérision par les sénégalais qui affirment que « l’homme est capable de passer devant un nouvel appartement livré et de l’inaugurer pour s’approprier la paternité de l’ouvrage ». Comme pour l’inauguration du pont de FARAFENNI en Gambie ! Certains sénégalais sont allés plus loin, vulgarisant une nouvelle expression populaire qui fait fureur « Les propos de Macky SALL ne valent pas qu’on réprimande son fils ». Traduction : la parole de Macky SALL n’est pas crédible. Le chantre de la gouvernance vertueuse en 2012 ignore-t-il que sa parole est dévaluée au point qu’il n’inspire plus aucune confiance à une catégorie de nos concitoyens ? Un homme qui dit ce qu’il ne fait jamais peut-il parler de jeunesse « malsaine », voire incarner un modèle pour la jeunesse ? Un homme dont la parole est aléatoire, voire instable doit-il solliciter les suffrages des sénégalais ? Comment croire à un homme obsédé par un second mandat qui peut le conduire à tous les reniements inimaginables ? On aurait donc tort, comme Machiavel de penser qu’en toutes circonstances « la fin justifie les moyens », et que l’action politique est dénuée de toute vertu. En ce sens, l’élection du 24 février 2019 doit être l’occasion de rétablir la dignité et le prestige de la fonction présidentielle considérablement abaissés sous le magistère de Macky SALL.


L’écrivain Emil CIORAN disait ceci « Les tyrans ont une grande connaissance des hommes. Ce ne sont pas des idiots. Ils savent exactement comment on manipule les peuples. Ils avancent jusqu’au bout. Jusqu’au moment où la situation leur échappe… ». Nicolas CEAUSESCU, Hosni MOUBARAK, Ben ALI, Blaise CAMPAORE, Yaya JAMMEH, Mobutu SESE SEKO, et Idi AMIN DADA l’ont appris à leurs dépens. C’est la loi de l’histoire : les peuples finissent toujours par prendre le dessus sur les tyrans !

Seybani SOUGOU – sougouparis@yahoo.fr

 

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