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Elisabeth Tchoungui: "donner une vision positive de l'Afrique"

Afrique Connection | 30 / 04 / 2018 à 10:41

Journaliste franco-camerounaise, animatrice, écrivain et maman de deux enfants, ce visage bien connu du PAF français a fait de la promotion de l’Afrique et de la diversité ses fers de lance.

 

Si Elizabeth Tchoungui, 44 ans, anime depuis mai 2017 une émission consacrée aux faits divers sur Numéro 23, elle a longtemps défendu les programmes culturels et pédagogiques, notamment liés à l’Afrique. Sur France 0, avec le rendez-vous hebdomadaire « Revue de la culture », elle continue d’ailleurs à promouvoir le continent à travers un prisme positif, loin des sentiers misérabilistes qu’on veut bien lui attribuer.

Représenter l’Afrique autrement

Bien consciente qu’il existe un décalage abyssal entre les programmes proposés par les chaînes françaises et la réalité du continent, Elizabeth Tchoungui comble « son besoin d’Afrique » en participant à des manifestations qui mettent en avant la réussite de la diaspora, comme le mois dernier au Pavillon Lettres d’Afrique du salon du livre où elle animait une table ronde, ou encore lors de la 6e édition des Journées nationales des diasporas africaines qui s’est tenue ce mois-ci à Bordeaux, dans le cadre de la journée « femmes de La diaspora ». Un travail de valorisation qu’elle a mené tout au long de sa carrière, sur le service public.

En 2007, quand elle est nommée rédactrice en chef sur la nouvelle chaîne d’information internationale France 24, elle crée le service culture et couvre les 20 ans du festival panafricain du cinéma de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), devant 20 000 spectateurs. « Le public est très réceptif, le blocage a lieu du côté des élites et des dirigeants de chaînes », avoue celle qui sera à juste titre nommée, la même année, membre de la commission « Images de la diversité » du CNC où elle défendra des fictions comme Entre les murs (François Bégaudeau, 2008) ou encore la série Aïcha (Yamina Benguigui). Une fonction qu’elle n’occupe plus aujourd’hui, mais qui s’est avérée « complémentaire au combat qu'[elle] mène pour incarner l’Afrique sur les écrans français bien pales ».

Miser sur le métissage

Et la Franco-Camerounaise, née à Washington aux États-Unis d’un père diplomate camerounais et d’une mère française, sait de quoi elle parle. Si elle parvient à décrocher, une fois diplômée de l’ESJ, son premier contrat à TF1 – le géant du PAF hexagonal – l’expérience n’en est pas moins teintée de désenchantement. « Quand je suis arrivée dans l’open space, il n’y avait que des Blancs, tout le monde m’a regardée comme un OVNI », se souvient-elle.

La jeune journaliste d’alors prend conscience de sa couleur de peau pour la première fois. Et l’expérience noire se cristallise quand elle commence à passer des castings. « On me proposait la météo parce que j’étais une fille du soleil, ou encore d’animer des émissions musicales parce que les Noirs ont le rythme de la peau », déplore-t-elle. Dans les autres cas, elle représentait tout simplement « une prise de risque trop grande pour être embauchée ».

Elizabeth Tchoungui enfonce les portes. Une fois à l’antenne, elle réalise qu’elle tient un rôle d’ambassadrice. Les courriers d’encouragement de jeunes femmes issues de la diversité s’amoncellent. « C’est de là qu’est né mon engagement, lequel ne m’a pas plus jamais quitté», assure-t-elle.

Auteure de quatre livres, c’est également à travers la littérature que cette fervente défenseure de la francophonie trouvera matière à proposer une autre vision de l’Afrique. Et à s’emparer des thèmes qui lui sont chers, notamment avec son deuxième roman chorale, Bamako Climax (Plon, 2010), où elle appréhende les questions d’identité.

Bien consciente de vivre dans des sociétés mondialisées où la « circulation des personnes et des idées se fait sans trop d’encombres », elle refuse le repli identitaire, qu’elle juge anachronique. Cette métisse, fière de sa double-culture, ayant grandi à Yaoundé et suivi deux années de lycée à Rome, rejoint « le concept d’identités librement multipliées que développe Hamidou Sall dans son livre L’Occident ambigu.

Bouger les lignes pour les femmes

Si la diversité multiculturelle est l’un des chevaux de bataille de sa carrière, c’est sans compter celle du genre. C’est en présentant l’émission Les Maternelles sur France 5 (2009), et à la naissance de son premier enfant, qu’elle a vu monter en elle son engagement pour le droit des femmes. « Je voyais défiler des mères qui avaient toutes dû mettre entre parenthèses leur carrière, tandis qu’au même moment la charge mentale m’est tombée dessus », avoue cette ancienne éditorialiste qui publiera, trois ans plus tard, le recueil Les billets d’humeur auFeminin.com (Ed. Leo Scheer, 2012).

« Les femmes représentent tout de même la seule majorité à être considérées comme des minorités et à être assignées à résidence », s’insurge celle qui soutient la libération de la parole survenue en France grâce au mouvement Me too, lequel est – selon elle -, « très important dans l’histoire du féminisme. Mais le combat doit également se faire sur le terrain », juge cette admirative des luttes emmenées au quotidien par les femmes africaines du continent, à travers différents tissus associatifs. Un quotidien plus proche de la journaliste qu’on ne le pense…

A l’heure où nous écrivons, Elizabeth Tchoungui boucle ses valises chargées de livres, direction le Cameroun où elle a créé une bibliothèque dans l’ancien village de son école, pour encourager la jeunesse à la lecture. Autant de combats qu’elle porte à l’ombre des caméras. Intothechic

 

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Elisabeth Tchoungui: "donner une vision positive de l'Afrique"

Afrique Connection | 30 / 04 / 2018 à 10:41

Journaliste franco-camerounaise, animatrice, écrivain et maman de deux enfants, ce visage bien connu du PAF français a fait de la promotion de l’Afrique et de la diversité ses fers de lance.

 

Si Elizabeth Tchoungui, 44 ans, anime depuis mai 2017 une émission consacrée aux faits divers sur Numéro 23, elle a longtemps défendu les programmes culturels et pédagogiques, notamment liés à l’Afrique. Sur France 0, avec le rendez-vous hebdomadaire « Revue de la culture », elle continue d’ailleurs à promouvoir le continent à travers un prisme positif, loin des sentiers misérabilistes qu’on veut bien lui attribuer.

Représenter l’Afrique autrement

Bien consciente qu’il existe un décalage abyssal entre les programmes proposés par les chaînes françaises et la réalité du continent, Elizabeth Tchoungui comble « son besoin d’Afrique » en participant à des manifestations qui mettent en avant la réussite de la diaspora, comme le mois dernier au Pavillon Lettres d’Afrique du salon du livre où elle animait une table ronde, ou encore lors de la 6e édition des Journées nationales des diasporas africaines qui s’est tenue ce mois-ci à Bordeaux, dans le cadre de la journée « femmes de La diaspora ». Un travail de valorisation qu’elle a mené tout au long de sa carrière, sur le service public.

En 2007, quand elle est nommée rédactrice en chef sur la nouvelle chaîne d’information internationale France 24, elle crée le service culture et couvre les 20 ans du festival panafricain du cinéma de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), devant 20 000 spectateurs. « Le public est très réceptif, le blocage a lieu du côté des élites et des dirigeants de chaînes », avoue celle qui sera à juste titre nommée, la même année, membre de la commission « Images de la diversité » du CNC où elle défendra des fictions comme Entre les murs (François Bégaudeau, 2008) ou encore la série Aïcha (Yamina Benguigui). Une fonction qu’elle n’occupe plus aujourd’hui, mais qui s’est avérée « complémentaire au combat qu'[elle] mène pour incarner l’Afrique sur les écrans français bien pales ».

Miser sur le métissage

Et la Franco-Camerounaise, née à Washington aux États-Unis d’un père diplomate camerounais et d’une mère française, sait de quoi elle parle. Si elle parvient à décrocher, une fois diplômée de l’ESJ, son premier contrat à TF1 – le géant du PAF hexagonal – l’expérience n’en est pas moins teintée de désenchantement. « Quand je suis arrivée dans l’open space, il n’y avait que des Blancs, tout le monde m’a regardée comme un OVNI », se souvient-elle.

La jeune journaliste d’alors prend conscience de sa couleur de peau pour la première fois. Et l’expérience noire se cristallise quand elle commence à passer des castings. « On me proposait la météo parce que j’étais une fille du soleil, ou encore d’animer des émissions musicales parce que les Noirs ont le rythme de la peau », déplore-t-elle. Dans les autres cas, elle représentait tout simplement « une prise de risque trop grande pour être embauchée ».

Elizabeth Tchoungui enfonce les portes. Une fois à l’antenne, elle réalise qu’elle tient un rôle d’ambassadrice. Les courriers d’encouragement de jeunes femmes issues de la diversité s’amoncellent. « C’est de là qu’est né mon engagement, lequel ne m’a pas plus jamais quitté», assure-t-elle.

Auteure de quatre livres, c’est également à travers la littérature que cette fervente défenseure de la francophonie trouvera matière à proposer une autre vision de l’Afrique. Et à s’emparer des thèmes qui lui sont chers, notamment avec son deuxième roman chorale, Bamako Climax (Plon, 2010), où elle appréhende les questions d’identité.

Bien consciente de vivre dans des sociétés mondialisées où la « circulation des personnes et des idées se fait sans trop d’encombres », elle refuse le repli identitaire, qu’elle juge anachronique. Cette métisse, fière de sa double-culture, ayant grandi à Yaoundé et suivi deux années de lycée à Rome, rejoint « le concept d’identités librement multipliées que développe Hamidou Sall dans son livre L’Occident ambigu.

Bouger les lignes pour les femmes

Si la diversité multiculturelle est l’un des chevaux de bataille de sa carrière, c’est sans compter celle du genre. C’est en présentant l’émission Les Maternelles sur France 5 (2009), et à la naissance de son premier enfant, qu’elle a vu monter en elle son engagement pour le droit des femmes. « Je voyais défiler des mères qui avaient toutes dû mettre entre parenthèses leur carrière, tandis qu’au même moment la charge mentale m’est tombée dessus », avoue cette ancienne éditorialiste qui publiera, trois ans plus tard, le recueil Les billets d’humeur auFeminin.com (Ed. Leo Scheer, 2012).

« Les femmes représentent tout de même la seule majorité à être considérées comme des minorités et à être assignées à résidence », s’insurge celle qui soutient la libération de la parole survenue en France grâce au mouvement Me too, lequel est – selon elle -, « très important dans l’histoire du féminisme. Mais le combat doit également se faire sur le terrain », juge cette admirative des luttes emmenées au quotidien par les femmes africaines du continent, à travers différents tissus associatifs. Un quotidien plus proche de la journaliste qu’on ne le pense…

A l’heure où nous écrivons, Elizabeth Tchoungui boucle ses valises chargées de livres, direction le Cameroun où elle a créé une bibliothèque dans l’ancien village de son école, pour encourager la jeunesse à la lecture. Autant de combats qu’elle porte à l’ombre des caméras. Intothechic

 

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