fin de calvaire

L'opposant sénégalais et ancien maire de Dakar Khalifa Sall gracié et libéré

Afrique Connection | 30 / 09 / 2019 à 10:33

Le président sénégalais Macky Sall a gracié l'un de ses principaux rivaux politiques, Khalifa Sall, l'ancien maire de Dakar en détention depuis mars 2017, et condamné en août 2018 pour détournement de fonds publics et faux.

En prison depuis deux ans et demi, l'ex-maire de Dakar Khalifa Sall a été remis  liberté, dimanche 29 septembre, à la faveur d'une grâce présidentielle, et a été acclamé par une foule en liesse lors d'une traversée nocturne de la capitale sénégalaise.

Réclamée par les soutiens de ce rival du président sénégalais Macky Sall, la libération de Khalifa Sall, a surpris les Sénégalais, bien qu'elle intervienne dans un contexte de décrispation politique orchestrée par des chefs religieux musulmans.

Dès la nouvelle connue, ses partisans se sont massés devant la prison de Rebeuss à Dakar, d'où Khalifa Sall est sorti vers 20 h 00. Ils ont ensuite accompagné son convoi à travers plusieurs quartiers de la capitale, dont Grand Yoff, bastion électoral de ce socialiste de 63 ans, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Khalifa Sall, sans lien de parenté avec le président Macky Sall, a bénéficié d'une "remise totale des peines principales" pour lesquels il avait été définitivement condamné en août 2018, selon un décret publié dans l'après-midi de dimanche. Deux de ses anciens collaborateurs, condamnées en même temps que lui, ont également été graciés.

Khalifa Sall avait été condamné pour "faux en écriture et escroquerie portant sur les deniers publics" dans l'affaire dite de la "caisse d'avance", portant sur la gestion de la mairie de Dakar, qu'il avait remportée en 2009 et 2014.

Il a été reconnu coupable du détournement d'environ 2,5 millions d'euros, prélevés entre 2011 et 2015 sur les caisses de la ville. Il nie ces accusations, arguant que les maires de Dakar ont toujours eu à leur disposition une somme destinée à leur action politique.

Décrispation

Khalifa Sall, dont les ennuis judiciaires ont débuté lorsque qu'il s'est désolidarisé de la coalition bâtie autour du président Macky Sall, a toujours considéré que ces poursuites visaient à l'empêcher de se présenter à la présidentielle de février 2019, ce qu'avaient démenti les responsables de la majorité.

Interpellé en mars 2017, il avait fait campagne depuis sa cellule pour les législatives de juillet de la même année. Élu, il n'a pas pu siéger. Il a aussi été révoqué de ses fonctions de maire et n'a pu se présenter à la présidentielle de 2019, remportée dès le premier tour par Macky Sall, au pouvoir depuis 2012.

S'il bénéficie d'une grâce, Khalifa Sall n'est pas pour autant amnistié. L'amende à laquelle il a été condamné reste due et sa condamnation n'est pas effacée, ce qui ne lui permet en principe pas de recouvrer ses droits civils, notamment celui de se présenter à une élection.

L'Alliance Pour la République (APR), le parti présidentiel, s'est félicité de cette "décision courageuse et républicaine qui s'inscrit dans la volonté du président de décrispation et de consolidation de la paix sociale".

Le processus de main tendue à l'opposition s'est accéléré sous l'égide du chef spirituel de la puissante confrérie des mourides, qui a présidé à la spectaculaire réconciliation entre Macky Sall et son prédécesseur, Abdoulaye Wade, à l'occasion de l'inauguration de la nouvelle grande mosquée à Dakar.

Selon une source proche du dossier, il concerne également le dossier d'un autre opposant, fils et ex-ministre d'Abdoulaye Wade, Karim. Ce dernier avait été condamné en 2015 à six ans de prison et à plus de 210 millions d'euros d'amende pour "enrichissement illicite", ce qu'il a toujours nié.

Après trois ans de prison, il a bénéficié d'une grâce présidentielle et a été libéré le 24 juin 2016, mais il vit à l'étranger et reste sous la menace d'une nouvelle arrestation s'il rentre au Sénégal sans payer son amende.

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