Birahim Camara tire la sonnette d'alarme sur les "pratiques esclavagistes et leurs séquelles dans le monde soninké" qui approchaient les frontières du Sénégal

Afrique Connection | 31 / 10 / 2018 à 01:13

Tribune

Depuis quelques mois la communauté Soninké de Guidimakha , à cheval sur le Mali et La République Islamique de Mauritanie , traverse une violente crise sociale qui , peu à peu , gagne du terrain au Sénégal.

Elle porte sur les "pratiques esclavagistes et leurs séquelles dans le monde soninké" ou les traditions et la religion  sont interprétées dans un bazar intellectuel sans nom ni précédent.

Les chefferies traditionnalistes s'arrogeraient le droit de vie et de mort sur le reste des communautés villageoises qui n'aurait que l'obligation de se taire et de dire AMINE aux décisions prises par les maitres même si celles -ci sont en contradiction fondamentale avec les lois de ces deux républiques dont les administrations sont sourdes et muettes devant les plaintes déposées par les uns contre les autres.

Chaque jour passe avec son lot d'insanités déversées à travers les réseaux sociaux. Chaque jour arrose la terre de Guidimakha avec le sang de ses propres filles et fils pour un lopin à usage cultural  ou d'habitat.

Il est vrai que  dans cette région aride qui manque de l'essentiel vital tout est fonction d'héritage depuis la nuit des tempsLe mode d'organisation sociale est transposé dans les foyers où vivent dans des conditions déplorables les ressortissants  de cette région désertique dans les foyers en France où les descendants des castes inférieures qui faisaient la cuisine hier, exigent aujourd'hui l'égalité parfaite en droit et devoir.

Pour les uns organisés au sein de l'association Gambanaxu Fede, c'est le combat pour les libertés. Pour les autres, c'est une inadmissible révolte des esclaves contre le statut social et l'autorité des chefs coutumiers et religieux qui interdiraient l'accès des mosquées aux insoumis mêmes à jour de leurs cotisations gérées de façon oligarchique ayant  permis la construction des lieux de culte.

Ces soulèvements qui mettent à nu les autorités étatiques du Mali et de la Mauritanie incapables de prendre leurs responsabilités, rendent irrespirable l'air chaud et poussiéreux de Guidimakha encore et toujours hostile à l'école française.

Il est temps que ces deux "États appuyés par les historiens francophones et arabophones s'emparent du phénomène pour éviter des boucheries qui risqueraient d'effacer plusieurs hameaux et villages  de la carte de Guidimakha.

Pourtant le Mali est en droit de compter sur Dioncouda Traoré, ancien président par intérim,  Soumaila Cissé, ancien Premier ministre et Abdourahmane Sylla, de par leur appartenance à l'ethnie Soninké pour prendre  des initiatives en vue de stopper ce cancer qui consume des pans entiers du peuple malien. Et il y' a urgence vu que les cases, de toutes parts prennent feu dans cette partie du sahara où l'herbe est déficitaire.

En Mauritanie, Silman Soumaré de Wompou, Sydney Sokhna et  le cineaste Abdourahmane Sissakho sont capables de trouver des solutions idoines en s'appuyant sur les travaux de Khaoussou Diabira, émérite historien. Les avocats soninkés  doivent apporter leur pierre à l'édifice contrairement à ceux qui occupent le champ politique,  souvent impliqués dans ces drames dans l'unique but de préserver leurs mandats qui font d'eux les vassaux du baassisme légué par Maouya Ould Taya qui discrimine les négros mauritaniens depuis la nuit des temps.

Le Sénégal ne doit pas croiser les bras car le vent violent s'approche de ses frontières poreuses avec ces pays dont le laxisme est patent. Nos ressources humaines et intellectuelles peuvent et doivent contribuer à la construction d'une passerelle entre les antagonistes.

Nos pensées vont à Abdoulaye Ba de Diawara, Madiakho Tandjigora de Koungany, de Abdoulaye Bathily de Tuabou et de Souleymane Demba Ndiaye de Dembancané sachant qu'entre autres, les deux premiers sont écoutés pour leur savoir de la chose religieuse et les seconds pour leurs connaissances de l'histoire de ce bout de désert qui constitue le Guidimakha sur les ruines de l'empire du Ghana ou de Wagadu. Car en dépit  des distances qui séparent les villages sénégalais frontaliers à majorité peuplés par les soninkés, des liens de parenté existent entre les populations des trois frontières  héritées de la colonisation.

Déjà la commune de Moudéry dans le département de Bakel est en ébullition. Dembancané est titillé et Waoundé tremble à cause des secousses venues de Toulély, village riverain de la Mauritanie. Si les  voix audibles de la sagesse et des maitres de la parole  soninké restent aphones, alors les mêmes causes produiront les mêmes effets qui n'épargneront ni le Gadiaga ni le Hayeré  pour atteindre le Fouta et partout  où la culture soninké fait foi.

Certes les mentalités des soninkés du Sénégal diffèrent de celles de leurs frères mauritaniens et maliens  mais le tronc social et sociologique repose sur le même et immuable socle :la persistance des castes.

Cette stratification de la société n'est cependant pas une propriété spécifique aux soninkés. On la retrouve dans la quasi-totalité de la sous région, mais avec moins de rigidité et de violence.

Elle est connue chez certaines populations urbaines et péri urbaines plus ouvertes aux vents modernes grâce surtout à l'éducation et à l'accès facile aux moyens de communication en vogue. D'où l'abandon de certaines pratiques ancestrales  qui font couler  larmes et sang : l'attachement aux principes esclavagistes aux séquelles ravageuses partout dans le Guidimakha devenue terre de ou en feu par la bénédiction de certains interprètes aux connaissances douteuses voire sans fondement vérifiable.

Le drame c'est que les enfants de ces chefferies qui sous d'autres cieux dénoncent les ségrégations , les injustices , les totalitarismes  ou exigent plus de démocratie, de libertés, de droits et moins de devoirs, sont les partisans les plus virulents de l'esclavage dans leurs enclos.

Aujourd'hui encore le maître  fait main basse sur tout l'héritage laissé par l'esclave décédé qui, de son vivant  cultivait, semait, pêchait, chassait et émigrait pour le compte du premier et sans aucune possibilité de s'affranchir.

Dans certaines localités les maîtres imposent des relations sexuelles aux épouses de leurs esclaves qui n'ont même pas le droit de se plaindre de peur de sanctions physiques et morales , selon une interprétation fallacieuse et mensongère  du Coran et des hadiths.

Est-il nécessaire de rappeler que le maître et son esclave sont  traités comme des sous-hommes par leurs concitoyens maures et par leurs voisins arabes du Maroc et de l'Algérie  et vendus comme du bétail dans ces pays ? .Comme en Tunisie et en Libye.

Les images diffusées par les chaines de télévision du monde prouvent que dans  ce Maghreb négrophobe  le maitre soninké et son esclave sont égaux dans l'humiliation du fait de la noirceur de leur peau.

Ils sont égaux dans la promiscuité des foyers , dans les centres de traitement des déchets urbains et dans les entrepôts logistiques où , du matin au soir , ils exécutent les travaux les plus durs pour un salaire égal.

Mais dès le retour au village ils redeviennent maitre et esclave du fait de leur naissance qui leur confère des statuts sociaux bien inégaaux et diamétralement opposés.

Je ne partage pas les formes de gestion de Gambanaxu Fede qui prône la violence verbale qui inévitablement conduit aux agressions physiques dans les villages de Guidimakha où les familles sont déchirées à jamais.

Il faut emprunter les voies et les voix du dialogue et du débat pour arriver à une résolution pacifique du problème .C'est par la paix et dans la paix que les soninkés de Guidimakha pourront accéder à l'égalité ( BANAXU) qui diffère de l'égalitarisme ( GAMBANAXU ).

Par ailleurs nous conseillons la retenue à ceux qui  se cachent derrière ce phénomène pour tenter de prendre une quelconque revanche sur l'histoire ou de pousser aux extrémismes parce que nourris par des ambitions politiques inavouées.

En effet parmi les cagoulés , ils sont nombreux à vouloir déstabiliser les hameaux et les villages qu'ils ont abandonnés depuis bien longtemps parce que contraints par la vie des castes . Aujourd'hui ils n'hésitent pas à ourdir des soulèvements ou des révoltes à partir de l'extérieur comme pour venger leurs ancêtres.

Ceux-ci sont aussi condamnables que les partisans des traditions ancestrales.

Birahim Camara 

Membre du parti socialiste du Sénégal en France 

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