Le Burkina démontre qu’un peuple et son armée peuvent faire bon ménage

Afrique Connection | 04 / 10 / 2015 à 04:21

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image d'illustration: une manifestation à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso
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En Afrique, c’est généralement un cocktail explosif. Les uns, sous le dictat des Palais, réprimant dans le sang les autres, qui n’ont que leur courage, leur soif de démocratie, d’égalité et de justice comme arme.  Mais, en l’espace d’un an, le peuple et l’armée burkinabés ont démontré à la face du monde qu’ils ont un intérêt commun : la défense de la Nation. La première, en octobre 2014, le peuple s’est dressé comme un seul homme pour aller au charbon et défier l’inamovible Compaoré qui est déterminé à maintenir les siens sous son joug. La réponse de l’armée sera exemplaire : elle refuse de tirer. On connaît la suite. Et quand elle cherchera à « confisquer » la révolution du peuple, celui-ci, sous le casque des organisations de la société civile, dit niet. Même Isaac Zida de la puissante et désormais défunte RSP, sous la contrainte populaire, a dû revoir ses ambitions à la baisse, en cédant bon an mal an  le fauteuil présidentiel à un civil (Michel Kaafando) qui le bombardera Premier ministre dans la foulée.

Presqu’un an après, coup de théâtre : le RSP revient dans le jeu (pour se protéger ?) en déposant le gouvernement de transition, séquestrant le président, son PM et des ministres. Comme en 2014, le peuple ne se laisse pas faire. Il refuse une confiscation de la transition que sa bravoure avait enfentée l'année dernière. Il descend dans la rue, proteste, se fait blesser et tuer. Mais la démocratie  en vaut bien la chandelle. Il retourne dans les foyers, attendant les résultats de la médiation de la CEDEAO conduite par le Sénégalais Macky Sall. Une médiation qui s’avérera désastreuse, car accordant la part belle aux mutins du général Diendéré, crédité du règne le plus éphémère d’Afrique (peut-être du monde) et du coup d’Etat le plus idiot.

Là aussi, on connaît la suite. L’armée décide de (re)prendre les choses en main pour terminer le travail du peuple. Elle part des casernes de l’intérieur du pays, donne un ultimatum à Diendéré et sa bande.  Elle, comme le peuple, s’en fout de ce qui se passe à Abuja où la CEDEAO discute sur les propositions de sortie de crise de Macky Sall. Finalement, quand la délégation de la CEDEAO revient à Ouaga, ce n’était plus pour arrondir les angles, mais pour installer Michel Kafando sur son fauteuil usurpé par Diendéré. Le peuple et l’armée avaient fini le travail.

Les Burkinabé n’ont jamais aussi bien porté leur appellation d’hommes (mais aussi de femmes) intègres. Et si partout en Afrique le peuple et l’armée s’inspiraient de l’école de Ouaga ?

Thierno DIALLO

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